Dans la soirée d’hier, Bloomberg annonçait le possible rachat de Bouygues Telecom par Orange. Les bruits de couloir sont néanmoins stoppés nets dès ce matin par un Bouygues clair sur ses intentions.

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Après la mise en vente de SFR l’année dernière, remportée par Altice (Numericable) au nez et à la barbe de Martin Bouygues, les fantasmes les plus fous ont commencé à émerger autour d’un possible rachat de Bouygues Telecom. Il est vrai qu’après avoir englouti l’opérateur au carré rouge, Patrick Drahi a tenté de gober la branche télécom de l’expert en bâtiment, en vain. Cette nuit, l’agence de presse Bloomberg affirmait que des discussions préliminaires étaient en cours entre Orange et Bouygues SA dans le but d’un éventuel rachat par le premier des parties télécommunications et média du second. Une rumeur rapidement démentie par l’un des principaux intéressés.

Dans un communiqué de presse on ne peut plus concis, Bouygues a annoncé ce matin n’avoir « aucun projet de sortie des secteurs des télécoms et de la télévision et réaffirme son ancrage durable dans ces deux industries ». Une phrase qui balaye officiellement d’un seul coup toute possibilité de rachat, mais qui arrive après une hausse de plus de 3 % de l’action du groupe à l’ouverture de la bourse ce matin. De son côté, Orange s’est contenté de décliner toute demande de commentaire sur les rumeurs.

Un retour à trois opérateurs ?

Ce démenti, Bloomberg le citait déjà dans son article qui a lancé cette folle rumeur. La possibilité que les deux entreprises soient vraiment en pourparlers n’est donc pas à exclure, mais cela demanderait de revoir entièrement le paysage actuel des télécoms afin d’éviter tout blocage de la transaction par l’ARCEP pour des raisons évidentes de concurrence.

Si Orange venait à avaler Bouygues, il consoliderait encore et toujours sa position de leader, tant au niveau du nombre d’abonnés que de couverture réseau. Lors des derniers bilans trimestriels, à la fin de l’été, Orange réclamait une base de 27,5 millions de clients, à laquelle il faudrait rajouter les 11,4 millions déclarés à la même période par Bouygues Telecom.

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Crédit image : @visactu

Du côté du réseau, Orange possède actuellement la meilleure couverture, notamment en 4G, mais Bouygues Telecom met tout en œuvre également pour ne pas se laisser distancer. Et c’est sur ce point que l’ARCEP pourrait davantage critiquer cette transaction si elle avait lieu. En plus de revenir à trois opérateurs, une possibilité que le régulateur ne voie pas d’un très bon œil après avoir autorisé l’arrivée d’un quatrième concurrent sur le marché en 2012 (Free Mobile), cela ferait du réseau Orange-Bouygues le meilleur, et de loin, ne laissant aucune chance à ses deux adversaires et lui permettant d’augmenter ses prix au-delà du raisonnable. Un constat d’autant plus vrai qu’Orange et Bouygues ont obtenu les meilleures bandes de fréquences en 700 MHz.

Le salut auprès de Free

Comme lors de la tentative de rachat de Bouygues par Numericable-SFR l’année dernière, la solution à cette inquiétude pourrait se trouver du côté de Free Mobile. À l’époque, le groupe Altice évoquait la possibilité de céder une partie des antennes et des fréquences de Bouygues à Free, encore jeune et donc cherchant à étoffer son réseau au maximum. Le rachat permettrait alors à Orange de récupérer sous son giron les abonnés de Bouygues, et ainsi consolider sa place de numéro un, avec toujours le risque de voir une partie de ces nouveaux venus migrer vers Free pour retrouver leur réseau habituel à des prix les plus bas du marché.

Mais l’ARCEP ne serait pas la seule étape à franchir si ces négociations venaient à se concrétiser. Comme le rappellent très justement Les Echos, Manuel Valls, le Premier ministre, et Emmanuel Macron, ministre de l’Économie, s’étaient montrés frileux à l’idée que Numericable-SFR rachète Bouygues, pour des raisons de concurrence, mais aussi pour des raisons d’économie et de travail. Avec des boutiques souvent très proches, les points de vente Orange-Bouygues deviendraient alors redondants, et des fermetures seraient inéluctablement à prévoir.

Quoi qu’il en soit, la branche télécommunications de Bouygues n’est officiellement pas à vendre pour le moment.