Avec l’annonce d’une nouvelle offre Free Mobile concernant l’itinérance, Xavier Niel a-t-il vraiment annoncé quelque chose qui ne « plairait pas à ses concurrents », comme il l’avait promis ?

Lors de l’annonce des résultats du groupe Iliad, Xavier Niel avait promis aux investisseurs la présentation d’une nouvelle offre qui ne « plairait pas à ses concurrents ». Le trublion est un habitué de ce genre d’annonces, déjà avant son arrivée sur le marché mobile en 2012, il avait promis de diviser au moins par deux les factures des abonnés.

Comme prévu, l’offre a donc été proposée et le choc ne sera probablement pas aussi important que l’arrivée de la Freebox ou de Free Mobile, il semblerait que l’opérateur ait encore réussi à prendre de court ses concurrents. Free Mobile a annoncé ce mardi que son offre de roaming permettant d’utiliser son forfait dans certains pays serait désormais illimitée alors qu’elle était jusqu’à maintenant bloquée à 35 jours par an. De plus, l’opérateur porte à 5 Go / mois l’enveloppe de data utilisable à l’étranger et clarifie son offre, cette enveloppe n’étant plus partagé avec les 50 Go de data mensuels d’un abonné en France.

 

Pourquoi Free n’a pas lancé un troisième forfait

À la suite de cette annonce, de nombreuses personnes ont été déçues par Free. Certains pensaient en effet que l’opérateur allait proposer un nouveau forfait à un tarif encore plus accessible, ou qu’il allait améliorer ses forfaits à 2 et 20 euros pour les utilisateurs en France.

Ce serait cependant mal connaitre le modèle économique de Free et la façon de penser de Xavier Niel. La simplicité de l’offre fait partie de l’ADN de la marque et l’opérateur préférera toujours améliorer étape par étape certains points de son forfait plutôt que d’en lancer un nouveau.

Xavier Niel avait d’ailleurs déclaré qu’à l’origine, seul le forfait à 20 euros était prévu pour faire un parallèle avec l’unique forfait Freebox, mais qu’il avait été scandalisé par le tarif des forfaits « RSA » des concurrents vendus à 10 euros par mois.

 

Une offre décevante ?

Certains ont également été déçus par l’offre en elle-même. Il est vrai que, comme trop souvent, Free ajoute des mentions à son offre qui peuvent la rendre moins généreuse qu’elle n’y parait.

D’abord, si Free Mobile propose bien 5 Go / mois de données à l’étranger, cette consommation se fera sur le réseau 3G des opérateurs partenaires. Chez la concurrence, l’abonné peut accéder au réseau 4G, même à l’étranger ce qui apporte une différence notable à l’usage. Autre problème, une fois les 5 Go utilisés, le débit n’est pas réduit comme ce dont on a l’habitude en France, mais facturé en hors forfait à au moins 0,057 euro/mois le Mo, soit au moins 57 euros le Go supplémentaire.

Enfin, les Français qui vivent à l’étranger sur le long terme seront déçus d’apprendre que ce forfait ne sera pas leur eldorado permettant de profiter des tarifs de Free Mobile. L’opérateur indique que l’accès au roaming est « illimités sous réserve d’une utilisation raisonnable des services ».

Voici ce que Free Mobile considère comme une utilisation anormale de son service :

  • une consommation ou une présence en itinérance internationale majoritaire par rapport à une consommation ou une présence nationale pendant une période d’observation de 4 mois
  • inactivité prolongée d’une SIM donnée, associée à une utilisation en itinérance internationale très fréquente, voire exclusive.

Les frontaliers devront donc faire attention à utiliser majoritairement leur forfait en France, pas facile lorsque l’on passe sa semaine de travail dans le pays voisin. Les Français résidant à l’étranger ne devraient visiblement pas avoir le droit d’utiliser le forfait Free Mobile.

 

Prendre de court la réglementation européenne

Surtout, les utilisateurs et en particulier les commentateurs actifs sur le web ne sont pas dupes. La fin des frais d’itinérance en Europe a fait plusieurs fois la une de la presse au cours des derniers mois et on sent bien que Free Mobile ne fait que se mettre en conformité avec un peu d’avance sur le calendrier.

En effet, à partir du 15 juin 2017, les opérateurs étrangers ne pourront facturer « aucuns frais en plus du prix de détail national pour les appels vocaux passés ou reçus, les SMS envoyés ou les services de données utilisés, y compris les MMS ». Pour la data mobile, c’est un peu plus compliqué et les opérateurs vont pouvoir mettre en place des gardes fous. Ils seront du même ordre que les limitations de la nouvelle offre de Free Mobile, à savoir :

  • un volume de trafic national insignifiant par rapport au trafic en itinérance
  • une inactivité prolongée d’une carte SIM donnée, associée à une utilisation en itinérance très fréquente, voire exclusive
  • l’activation et l’utilisation en série de multiples cartes SIM par le même client en itinérance

Sous des airs d’innovateur, Free Mobile ne va donc faire que suivre la réglementation européenne, avec trois mois d’avance.

Notons toutefois que parmi les pays éligibles à l’offre d’itinérance de Free Mobile, tous ne sont pas dans l’Union européenne. Le forfait inclut notamment les États-Unis et le Canada, connus pour leurs forfaits à prix d’or.

 

Un coup réussi : la concurrence va suivre

Que l’on soit enthousiaste ou non concernant les changements du forfait Free Mobile, force est de constater que l’opérateur a une nouvelle fois réussi avec brio son coup de communication.

En prenant ses concurrents de court, Free Mobile se place comme le premier opérateur a avoir fait de l’itinérance en illimité dans 35 pays et les forcent à le suivre, alors que tout était prévu pour le mois de juin. SFR en est la première victime et a annoncé quelques heures plus tard seulement un changement sur son forfait RED. L’opérateur au carré rouge propose d’ailleurs une meilleure offre puisqu’il est question d’une enveloppe de 15 Go par mois d’internet en 4G à l’étranger dans 60 pays.

On imagine que les forfaits SOSH et B&You évolueront également dans les semaines à venir pour répliquer au trublion. C’est une chance pour les consommateurs qui ne trouveraient pas leur compte chez Free Mobile, souvent épinglé pour la qualité de son réseau mobile, et qui pourront profiter de ses avancés chez leurs opérateurs.