Il y a quelques semaines, un cabinet d’étude affirmait que les vidéos sur Facebook étaient désormais plus vues que celles sur YouTube. Une popularité que le Youtuber Hank Green dénonce en expliquant qu’elle s’appuie sur des mensonges, de la triche et surtout du vol de vidéos. Explications.

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Et si l’on vous reparle de cela, c’est parce qu’un YouTuber américain Hank Green, a publié un long article sur la plateforme de blog @Medium où il accuse Facebook de tricher, mentir et voler à propos des vidéos hébergées sur son réseau social. Dans cet article bien écrit et très argumenté, Hank Green explique que Facebook profite de sa taille et de son poids pour piétiner les droits d’auteur et faire des « vues » sur le dos des créateurs de vidéos sur YouTube.

Une vidéo vue équivaut à trois secondes de consultation

Hank Green explique donc pourquoi, selon lui, Facebook peut se targuer de faire plus de vidéos vues que YouTube. La première raison, c’est que Facebook triche en favorisant les vidéos qui sont hébergées nativement sur Facebook plutôt que celles qui sont hébergées sur d’autres plateformes, sur YouTube par exemple. Hank Green constate ainsi qu’une vidéo hébergée directement sur Facebook sera mise automatiquement plus en avant sur le réseau social qu’une intégration de vidéo YouTube.

Le second reproche fait à Facebook concerne la façon dont le réseau social comptabilise le nombre de vue sur sa plateforme. Sur Facebook, on considère qu’une vidéo est vue dès qu’elle a été consultée plus de 3 secondes, alors que YouTube considère qu’une vidéo a été vue aux alentours de 30 secondes. Si l’on ajoute à cela le fait que les vidéos sont lancées automatiquement lorsqu’elles sont affichées, cela gonfle fortement le nombre de vues, cette sacro-sainte statistique qui permet de juger de la popularité d’une vidéo et qui décidé surtout les annonceurs à mettre de la publicité sur lesdites vidéos.

Le freebooting à l’origine de la colère des Youtubeurs

Le dernier reproche adressé à Facebook par Hank Green est de loin le plus préoccupant pour les youtubers, puisqu’il concerne la copie, ce que l’on appelle dans le milieu le « freebooting ». Il s’agit d’une pratique consistant à télécharger une vidéo ou un contenu média d’un site pour le publier ensuite sur un autre site de façon à générer de l’audience, sans avertir ni demander l’autorisation à l’auteur original de la vidéo. Selon Hank Green, qui s’appuie sur une étude du groupe Ogilvy, sur les 1000 vidéos les plus populaires de Facebook lors du premier trimestre de 2015, 725 sont en fait du freebooting, des vidéos que des compte Facebook ou des médias peu scrupuleux ont téléchargées sur YouTube ou ailleurs pour générer de l’audience sur leur propre compte. Ces 725 vidéos auraient ainsi généré 17 milliards de vues au premier trimestre de cette année, sans que les auteurs ne puissent profiter de cette audience.

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Et c’est bien le pire, puisque Facebook tarderait systématiquement à retirer ces vidéos et, quand elles sont retirées, ont déjà passé depuis bien longtemps leur pic d’audience. Alors que YouTube applique avec sévérité son « Content ID », son algorithme permettant de repérer dans des vidéos du contenu soumis au droit d’auteur afin de ne léser personne, Facebook fait mine de les ignorer et profite de la popularité de ses vidéos sur sa plateforme pour attirer les annonceurs.

Facebook avoue à demi-mot son impuissance

L’article a été largement repris par les médias américains dans les heures qui ont suivi et Facebook s’est fendu d’une réponse quelques heures après. Dans les commentaires de l’article, Matt Pakes, le responsable produit des vidéos sur Facebook, explique que sa société prend très au sérieux les griefs de producteurs de contenu. S’il ne nie pas que Facebook comptabilise bien une vidéo comme vue passé trois secondes (« si vous êtes restés plus de trois secondes devant une vidéo, cela signifie pour nous que vous n’êtes pas simplement en train de scroller dans votre fil d’actualité et que vous montrez votre intention de regarder cette vidéo »), il explique que, contrairement à ce que laisse entendre Hank Green, le réseau social dispose bien d’un outil de détection des vidéos frauduleuses. Ce logiciel, nommé Audible Magic, est utilisé depuis plusieurs années maintenant et est utilisé en association avec des formulaires de contacts destinés à signaler le freebooting.

Facebook avoue toutefois à demi-mot que son système est encore loin d’être efficace et que la société américaine travaille à mieux aider les créateurs de contenu à faire valoir leurs droits. « C’est un challenge technique de taille à notre niveau, mais nous avons une équipe qui travaille sur le sujet et nous espérons en dévoiler plus d’ici la fin de l’été ». La moindre des choses si Facebook désire inciter les youtubers à publier des vidéos sur sa plateforme et ne plus être perçu comme une zone de non-droit.