Google a lancé Project Stream en septembre 2018. Pour prouver que sa solution de cloud-gaming fonctionne, la firme a collaboré avec Ubisoft autour du jeu Assassin’s Creed Odyssey. Nous avons eu l’opportunité de tester le tout.

L’idée de jouer à des jeux en cloud-gaming semble être un défi impossible dans la tête de beaucoup de joueurs. Avec des graphismes en haute qualité et le besoin de contrôles précis et réactifs, faire tourner un jeu avec une simple connexion Internet amène beaucoup de questions techniques.

Le dernier-né sur le marché du cloud-gaming est Google, avec le Project Stream annoncé en septembre 2018. Le projet est entré dans sa première première phase de test public, Project Stream est actuellement exclusif à quelques invités et fonctionne uniquement avec le nouvel Assassin’s Creed Odyssey. En effet, Google a travaillé main dans la main avec Ubisoft pour cette démonstration technologique.

Participer à ce projet nécessite à la fois des comptes Google et Ubisoft. Il faut également être aux États-Unis, mais nous vous expliquons notre astuce un peu plus loin dans l’article. Une fois que votre participation est validée, il ne vous reste plus qu’à ouvrir Chrome.

Un dernier test vérifie la qualité, la latence et la vitesse de votre connexion Internet. Cette vérification a lieu chaque fois que vous chargez le jeu – mais cela prend moins de 5 secondes.

Finalement, le jeu Odyssey se lance exactement comme si vous utilisiez UPlay, le client PC officiel d’Ubisoft, et vous pouvez y jouer directement depuis votre navigateur. Aucun téléchargement supplémentaire n’est requis, ni aucune installation de programme dédiée.

La première chose, et la plus surprenante, que vous remarquerez probablement lorsque le jeu se charge, c’est que… ça fonctionne. Assassin’s Creed Odyssey fonctionne aussi bien dans le cloud que si vous veniez d’installer le jeu normalement. Les mouvements sont réactifs et les combats sont fluides. Même esquiver les attaques ennemies est simple. Le jeu tourne à 60 images par seconde en Full HD, sans aucun souci apparent. Il a sûrement été optimisé par rapport à la version classique du jeu, mais impossible de s’en rendre compte.

Nous avons fait un live sur Numerama de notre session de jeu

Les options du jeu ont par contre été simplifiées, même davantage que sur une console de jeu, la plate-forme Project Stream gérant de manière dynamique tout l’aspect technique. Vous pouvez changer vos configurations de clavier et de souris, brancher une manette de jeu, modifier la langue du jeu… mais c’est tout. Le jeu fonctionne dans une configuration en qualité moyenne, l’équivalent de ce que peut faire une GeForce GTX 1060 à vue d’œil. Tous les effets visuels avancés sont activés dans le jeu et le niveau de détail est acceptable. Par contre, la compression audio semble un poil agressive, on s’en rend compte particulièrement avec la musique du jeu.

De ce que j’ai pu lire sur des forums, il arrive parfois que Project Stream affiche une notification en bas de l’écran, vous indiquant que votre connexion est trop lente. Lorsque cela se produit, la qualité vidéo baisse d’un cran et devient un peu floue. Lors de notre session de jeu, ça n’est jamais arrivé.

Contrairement à ce que j’ai pu lire, c’est la version complète de Assassin’s Creed: Odyssey avec les fonctionnalités en ligne d’Ubisoft et (malheureusement) également les microtransactions. Cette version contient tout de même 1 000 crédits Helix, ce qui est suffisant pour acheter l’extension XP boost.

C’est juste un test de Project Stream, mais ce test est déjà étonnamment solide. Nous ne connaissons ni le modèle économique ni le modèle de distribution du Stream Project à l’avenir, mais ce projet est encourageant. Project Stream n’est pas non plus si impressionnant : Blade Shadow et Nvidia GeForce Now sont encore plus impressionnants, pouvant faire tourner de la 4K ou encore du Full HD en 144 Hz. La prouesse de Google est de ne pas nécessiter de client dédié, Project Stream s’exécute simplement dans Chrome.

Google utilise probablement Project Stream comme test pour Project Yeti, qui fonctionnera avec des appareils tels que Chromecast. Ce projet reste très mystérieux malgré quelques indiscrétions.

Comment a-t-on pu jouer à Project Stream depuis Paris ?

Bonne question ! Première chose, nous avons triché sur notre localisation lors de l’inscription. Nous nous sommes inscrits à travers un VPN en entrant une adresse américaine. Quand notre compte a été activé, après plusieurs jours d’attente, nous avons tenté une connexion derrière le même VPN. Problème… la qualité de connexion était médiocre et insuffisante pour faire tourner Project Stream.

Nous avons trouvé une autre solution pour ne pas avoir à voyager aux États-Unis (quoique ça aurait été sympathique comme ̶v̶a̶c̶a̶n̶c̶e̶s̶… voyage professionnel). Nous avons pu utiliser la version américaine de Shadow sur leurs serveurs de la côte est, grâce à nos contacts avec la marque.

Si vous n’avez pas suivi : nous avons fait du cloud-gaming sur du cloud-gaming. C’est un peu l’inception du cloud-gaming.

Le premier avantage de cette configuration est que les serveurs de la côte est américaine de Shadow ont une très bonne connexion comme vous pouvez le voir ci-dessus. D’ailleurs, bien que Project Stream suggère 25 Mbps, un débit de 15 Mbits suffit selon les premiers testeurs. Avec notre connexion à 760 Mbits, aucun souci. Nous avions également besoin d’un ping inférieur à 40 ms et d’une perte de paquet inférieure à 5 %. Notre ping était de 1 ms.

À Paris, nous étions équipés d’un MacBook Pro sous macOS connecté en WiFi à une box fibrée. C’est loin d’être la meilleure configuration pour ce type de test. Notre connexion avec les serveurs de Shadow était tout de même relativement bonne malgré la distance (l’océan Atlantique) qui nous sépare. Cela s’explique par le fait que la connexion entre Paris et New York est directe. Une fois Shadow lancé sur notre MacBook, tout était fluide. Nous avons mesuré 57 ms de latence entre les locaux d’Humanoid et les serveurs de Shadow aux États-Unis. Nous étions prêts pour lancer Project Stream… qui a parfaitement démarré. Évidemment, notre configuration a altéré l’expérience de jeu, mais finalement bien moins que ce que nous avions prévu.

Test d’Assassin’s Creed Odyssey : Ubisoft poursuit son ambitieuse épopée

 

Ulrich Rozier, co-fondateur d’Humanoid, est actionnaire du groupe Blade (Shadow)