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Test du Fairphone 4 : le plus normal des Fairphone

Fairphone a lancé au mois de septembre 2021 son 5e smartphone, un an après le Fairphone 3+ et deux ans après le Fairphone 3. Ça peut paraitre paradoxal de la part d'un fabricant militant pour un ralentissement du renouvellement des smartphones, mais on se répète, ça lui permet d'être plus pertinent afin de séduire davantage de consommateurs lorsqu'ils rachètent un smartphone.

Et jamais un Fairphone n'avait été plus pertinent. Le Fairphone 4 est effectivement le modèle le moins clivant de l'histoire de l'"entreprise sociale", le moins différent d'un smartphone conventionnel.

Fiche technique

Design

Sur le plan esthétique, pour commencer, le dernier Fairphone adopte un design relativement moderne. Il arbore un écran quasi bord à bord, avec une encoche en forme de goutte d'eau pour l'appareil photo frontal, et un cadre en aluminium.

Toutefois, la bordure en haut et en bas de l'écran demeure plus épaisse que sur ses contemporains, et on distingue une ombre dans les arrondis, probablement en raison du recours à un écran LCD plutôt qu'OLED.

Une ergonomie quasi sans compromis

Le téléphone est sensiblement plus lourd et plus encombrant qu'un téléphone conventionnel doté d'un écran de mêmes dimensions. On sent bien ses 162 mm de hauteur, ses 10,5 mm d'épaisseur et ses 225 grammes, en main comme dans une poche de pantalon. Nu, il donne en fait la sensation d'un téléphone conventionnel avec une coque de protection.

Avec sa largeur raisonnable de 75,5 mm et sa tranche arrondie néanmoins, la prise en main est bonne. Surtout, le bouton d'alimentation est savamment positionné quasi au milieu de la tranche de droite, ce qui permet d'y poser facilement l'index ou le pouce. C'est d'autant plus important qu'il intègre désormais le capteur d'empreinte digitale, qui fonctionne parfaitement. Si ce n'est qu'il faut réveiller et déverrouiller le téléphone en deux temps : il faut relever et poser à nouveau son doigt après avoir appuyé sur le bouton.

L'écran et le capot épousent et prolongent parfaitement l'arrondi du cadre métallique, alors que la moindre imperfection dans l'une ou l'autre jonction aurait rendu le téléphone râpeux dans le creux de la main. Le niveau de finition a progressé par rapport au Fairphone 3, au point qu'il est désormais digne d'un smartphone conventionnel, ce qui n'est probablement pas anodin pour un smartphone aussi réparable.

À moins de choisir le capot vert ou vert moucheté, le Fairphone 4 perd donc son design différenciant, qui séduisait sans doute certains utilisateurs. Le Fairphone 3 en particulier ne passait pas inaperçu avec son capot translucide, ce qui en faisait un déclencheur de conversations, et autant d'occasions de militer pour les causes défendues par Fairphone.

Réparabilité

Pour autant, le Fairphone 4 ne fait pas de concessions, par rapport à ses prédécesseurs, sur le plan de la réparabilité et de l'évolutivité. À vrai dire, il en fait une petite : Fairphone a remplacé certains connecteurs à broches "Pogo" par des nappes et des connecteurs, plus fragiles. Mais à moins de passer son temps à faire des démonstrations de démontage, le risque de casse est limité, d'autant que si on démonte une pièce, c'est soit parce qu'elle est déjà défectueuse, soit parce qu'elle est obsolète.

Le démontage d'un Fairphone 4 est donc à la portée du premier venu. Afin de maximiser sa durée de vie, l'utilisateur peut réparer facilement la majorité des composants, et il pourra certainement mettre à jour des composants comme les appareils photo, ou qui sait l'écran. L'entreprise a déjà proposé une mise à jour des appareils photo des Fairphone 2 et Fairphone 3. Elle vend les pièces détachées, appelées modules, en direct sur son site internet. Elle vend encore toutes celles du Fairphone 2, son premier smartphone évolutif et réparable, lancé il y a 7 ans.

Ainsi on peut remplacer la batterie sans aucun outil : une encoche facilite le retrait du capot en plastique, maintenu par quelques clips. Puis la batterie est immédiatement accessible, comme du temps des premiers téléphones portables. L'autonomie est bonne, comme nous le verrons plus loin, mais on peut acheter une seconde batterie pour prolonger l'autonomie, ou bien remplacer la première lorsqu'elle est usée, pour seulement 30 euros.

Il faut dévisser seulement 6 des 20 vis pour remplacer le port USB-C et seulement 8 pour l'écran, les deux pièces qu'on casse le plus. Les pièces de rechange coûtent respectivement 15 et 80 euros. C'est si facile qu'on peut faire sans, mais Fairphone propose sur YouTube ses propres tutoriels en vidéo, avec les précautions à prendre, concernant les nappes notamment.

Le module d'appareils photo dorsal est vendu 80 euros, l'appareil photo frontal 30 euros, le capot 20 euros, tout comme le haut-parleur, tandis que l'écouteur est vendu 15 euros. Il n'y a plus de prise 3,5 mm. Les deux seules pièces qui ne sont pas vendues directement à l'utilisateur et qui ne sont pas évolutives sont le châssis et la carte-mère. En cas de problème avec ces derniers, il faudra envoyer le téléphone au service après-vente de Fairphone, sachant que le téléphone est garanti 5 ans.

Probablement avec la logique selon laquelle il ne fournit ni chargeur, ni même câble, Fairphone ne fournit plus le tournevis cruciforme Phillips no00. C'était symbolique, mais vous en avez sans doute déjà un, ou bien il est très facile de s'en procurer. C'est peut-être l'occasion d'acheter un kit iFixit, tel que l'Essential Electronics Toolkit à 25 euros, qui vous permettra de réparer toutes sortes d'appareils électroniques.

Environnement et social

Ces spécificités valent au Fairphone 4 un score de réparabilité iFixit de 10/10. Ce n'est que le 3e smartphone de l'histoire d'iFixit, entreprise militant pour le "droit à la réparation", à obtenir la note maximale. Et il succède à ce titre… aux Fairphone 3 et Fairphone 2 ! L'appareil affiche par ailleurs un score record de 9,3/10 pour l'indice de réparabilité français.

Mais Fairphone va encore plus loin, puisqu'elle a d'autres revendications, écologiques et sociales. L'entreprise met en place progressivement des chaînes d'approvisionnement et de production plus transparentes et plus responsables. Elle porte une attention particulière aux conditions sociales, environnementales et sanitaires dans lesquelles sont extraits 14 des minéraux et matériaux clés contenus dans un smartphone. Elle recourt par exemple à de l'or certifié Fairtrade, de l'aluminium certifié ASI ou du tungstène équitable, et d'une manière générale à des matériaux recyclés.

Elle a développé un programme de salaire de subsistance, afin de combler l'écart entre un salaire de subsistance et le salaire minimum habituellement versé dans les mines et les usines. Enfin, Fairphone reconditionne ou recycle l'équivalent d'un smartphone pour chaque Fairphone 4 vendu, ce qui en fait un téléphone neutre en termes de déchets électroniques.

Écran bien calibré

Sans doute le meilleur sur le plan sociétal, le dernier Fairphone fait encore quelques concessions sur le plan technique, en contrepartie. À commencer par son écran, qui s'en tient à l'essentiel.

C'est effectivement un écran LCD, et non OLED, d'une diagonale de 6,3 pouces (16,0 cm) et d'une définition "Full HD+" de 2340 x 1080 pixels, avec un taux de rafraichissement de 60 Hz. Il a le mérite d'être un bon écran LCD, avec une température des couleurs parfaite de 6500 K, un taux de contraste (honorable pour du LCD) de 1400:1 et une luminosité maximale faiblarde de 500 cd/m2. Il n'est pas aussi vif qu'un écran OLED et sa luminosité est handicapante en plein soleil, mais il fait parfaitement l'affaire dans la majorité des situations.

Performances

Même principe sur le plan des performances : le Fairphone 4 embarque un Snapdragon 750G, une puce de dernière génération adoptée par des ténors du milieu de gamme tels que le Samsung Galaxy A52 5G ou le OnePlus Nord CE. Cette puce embarque entre autres un modem Snapdragon X52 compatible 5G sub-6GHz, un plus pour la longévité. Fairphone a toutefois fait l'impasse sur le sous-système Qualcomm FastConnect 6200, si bien que l'appareil se contente du Wi-Fi 5. S'il n'offre qu'un seul logement nano SIM, en plus d'un logement microSD, il est néanmoins multi SIM puisqu'il prend en charge une eSIM.

Cette puce rend le Fairphone 4 tout à fait exploitable pour la plupart des usages. Il ne montre de limites que dans les jeux vidéo et les applications multimédia les plus gourmands. Autrement le téléphone est vif lorsqu'on lance ou lorsqu'on bascule entre les applications les plus courantes (navigateur web, client email, messageries instantanées, réseaux sociaux…). La mémoire UFS du dernier modèle n'entraine plus les délais et ralentissements qu'on pouvait attribuer à la mémoire eMMC sur le Fairphone 3, par exemple lors de l'affichage du clavier virtuel ou de l'écran d'accueil.

Une bonne puce, mal optimisée

Les tests de performances révèlent néanmoins le défaut principal des Fairphone en général et du Fairphone 4 en particulier : la mauvaise optimisation du logiciel. Sur PCMark Work 3.0, qui teste les performances dans les activités quotidiennes, le Fairphone 4 obtient effectivement un score inférieur de 20 % au Samsung Galaxy A52 5G, qui embarque pourtant la même puce.

On ressent ce manque d'optimisation de nouveau par un retard tactile assez perceptible et un poling rate insuffisant, qui donnent une sensation de lourdeur lorsqu'on fait défiler l'écran dans toutes sortes d'applications.

Photo

La meilleure preuve de l'importance du logiciel est la photo. Google a démontré ce qu'on pouvait tirer de capteurs banals avec ses Pixel. Mais il avait pour cela embauché pour Google Research une pointure de la photo algorithmique, Marc Levoy, ainsi qu'une équipe entière de chercheurs et d'ingénieurs.

Sur le plan du logiciel, Fairphone réalise pour sa part des prouesses en termes de longévité. Lancé avec Android 5, le Fairphone 2 aura ainsi été mis à jour vers Android 10, plus de 6 ans après son lancement. Mais Fairphone est une startup aux ressources limitées (75 effectifs aux dernières nouvelles), dont la qualité photo n'est pas la priorité.

Pour les Fairphone 3 et 3+, le fabricant avait collaboré avec ArcSoft, éditeur de logiciels multimédia (TotalMedia Theater) reconverti dans le traitement d'image.

La photo en attente d'un correctif salutaire

On ignore si Fairphone a reconduit cette collaboration (l'icône et l'interface différentes laissent penser que non), mais le résultat n'est pas meilleur, malheureusement.

Contrairement aux apparences, le Fairphone 4 ne comporte pas 3 modules, mais 2 :

L'appareil photo frontal repose sur un capteur Sony IMX576 de 24,84 mégapixels avec un objectif f/2,2.

Les photos sont au mieux convenables, de jour avec des scènes peu contrastées, plus souvent médiocres, dès que le moindre défi se présente. Parfois, trop souvent, elles sont même inexploitables. Pour commencer, la sensibilité parait insuffisante : le bruit est toujours prononcé et les couleurs sont parfois anormalement désaturées, probablement pour camoufler localement un bruit chromatique excessif. L'appareil cumule souvent maladroitement le lissage du bruit et le renforcement de la netteté, ce qui produit de nouveau un rendu pictural, et génère parfois des artefacts tels que du moiré. La plage dynamique est insuffisante : il suffit que la scène soit un peu contrastée pour que les zones claires soient totalement blanches, ou bien les zones sombres totalement noires, parfois les deux à la fois. Et pour peu qu'on ajuste le cadrage ou la valeur de plan entre deux déclenchements, la balance des blancs varie anormalement d'une photo à l'autre d'une même scène. Les vidéos sont inexploitables : même en 1920 x 1080 pixels à 30 i/s, le réglage par défaut (il y a aussi l'Ultra HD à 30 i/s), elles sont saccadées.

Surtout, le délai de déclenchement est souvent anormalement long. Il s'écoule parfois plus d'une seconde entre le moment où on appuie sur le déclencheur et le moment où l'appareil déclenche. Il arrive même que l'appareil ne déclenche pas et qu'il faille insister sur le déclencheur.

On sait que la pandémie de Covid a poussé Fairphone à reporter de quelques semaines le lancement du Fairphone 4. En plus des pénuries, l'entreprise a peut-être rencontré des difficultés dans le développement du produit, par exemple dans des échanges avec des partenaires. Ça pourrait expliquer la piètre qualité de l'application Appareil photo, mal traduite ("Les gens"), qui propose des modes farfelus (action, Bougie, PLAGE…), mais plus de mode portrait !

La bonne nouvelle, c'est que Fairphone a pris acte au mois de novembre 2021, sur la page d'aide consacrée à l'appareil photo du Fairphone 4, de certains de ces problèmes. L'entreprise assure que le matériel peut produire de super photos et vidéos, et s'est engagée à optimiser le logiciel. Elle invite ses clients à surveiller les mises à jour, sans toutefois communiquer de délai.

Logiciel

À propos de logiciel, on retrouve de nouveau un Android 11 presque totalement "stock". Ça vaut mieux, quand on voit la piètre qualité de l'application Appareil photo ainsi que celle de l'autre application maison, My Fairphone. La traduction indigne ("Next" traduit "Prochain", "Communauté" traduit "Les gens"…) et le "traqueur de CO2", dont le formulaire n'a pas été traduit, qui compte les mêmes émissions pour un cordon d'alimentation et un ordinateur, rappellent s'il le fallait les ressources limitées de la PME. Outre ces deux applications, la seule intervention de Fairphone est un jeu de deux fonds d'écran, moins inspirés que les précédents.

En outre, certains (petits) défauts que nous avions déjà relevés précédemment n'ont toujours pas été corrigés, ou, pire, sont de retour : on retrouve ainsi les sons de notification datés d'Android 2.x, dont l'irritant "Pixie Dust" configuré par défaut. Le sélecteur de fond d'écran animé ne proposant aucun fond d'écran animé, qui avait pourtant été retiré du Fairphone 3+, est de retour. Et l'insertion d'une carte SIM Sosh ou Prixtel déclenche toujours l'installation automatique de toute une panoplie d'applications Orange, d'autant plus inutiles pour les clients de ces deux opérateurs.

On pardonnera néanmoins à Fairphone ces petits problèmes de finition, compte tenu des investissements passés et des engagements futurs de l'entreprise pour la longévité du support logiciel. Pour le Fairphone 4, elle garantit en effet un suivi logiciel jusqu'en 2025, comprenant les mises à jour vers Android 12 et 13, avec pour objectif de l'étendre jusqu'à fin 2027, avec Android 14 et 15, ceci malgré l'expiration du support du fournisseur de la puce, Qualcomm. Et Fairphone fait preuve d'ouverture, en proposant des firmwares open source et "dégooglisés" pour ses smartphones : Fairphone Open OS et LineageOS pour le Fairphone 2, /e/ pour les Fairphone 3.

Batterie

Parlons enfin de l'autonomie du Fairphone 4. Avec sa batterie de 15 Wh, l'appareil tient 11 h 30 sur notre protocole de test SmartViser, ce qui le place dans la bonne moyenne. En pratique, il assure une journée entière d'utilisation entre deux recharges nocturnes.

Il n'offre pas la recharge sans fil, mais il offre une recharge rapide à 20 W en pointe. Il passe ainsi de 0 à 50 % en 35 minutes, de 0 à 80 % en 65 minutes, et de 0 à 100 % en 120 minutes.

Surtout, en cas d'utilisation très intensive, c'est le seul smartphone du marché dont on peut échanger la batterie en une minute, pour doubler facilement son autonomie. Une batterie supplémentaire coûte 30 euros.

Prix et disponibilité

Le Fairphone 4 est disponible depuis le 25 octobre 2021. Il est décliné en deux versions :

Il est vendu exclusivement sur le site de Fairphone et chez Orange ou chez Sosh (débloqué). Contrairement au Fairphone 3, il n'est pas (encore) disponible chez SFR ou chez certains revendeurs comme Boulanger, Darty ou Fnac. On vous déconseille en tout cas de l'acheter plus cher sur Amazon.

Rappelons qu'il est livré sans chargeur. Si vous n'avez pas déjà de chargeur USB-C, Fairphone vend un chargeur en plastique recyclé avec un port USB-C 30 W et un port USB-A 18 W pour 25 euros, et un câble renforcé USB-C vers USB-C avec adaptateur USB-A pour 20 euros.