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Test du Nokia 1 : un OS de 2018 dans un corps de 2013

HMD, sous la marque Nokia, veut pénétrer le marché des smartphones d'entrée de gamme avec un produit à 100 euros. Une initiative louable mais, comme souvent sur ce segment, qui vient avec son lot de compromis. Quels sont-ils et empêchent-ils de faire du Nokia 1 un téléphone intéressant ? Continuez de lire pour quelques éléments de réponse.

Ce test est réalisé à partir d'un smartphone que nous avons acheté.

Une fiche technique qui défie le temps

Comme nous pouvons le voir, le Nokia 1 n'a pas vraiment l'ambition de briser des records sur des benchmarks ou éblouir par ses performances audiovisuelles. Nous laisserons à la discrétion du lecteur de juger si ces caractéristiques sont justifiables à ce prix. On se permettra en revanche de lui rappeler l'existence du Wiko Cink Five, sorti en juin 2013, qui proposait déjà une expérience utilisateur assez similaire.

Le plastique a ses limites

Quand on choisit un téléphone à moins d'une centaine d'euros, le design est un critère qui ne doit pas peser bien lourd dans le choix du modèle. Mais il n'empêche que le design est la première chose que l'on voit d'un appareil et surtout l'aspect avec lequel on interagit le plus. Au-delà des considérations esthétiques que je laisserai au lecteur, je vais tenter de parler de la prise en main du Nokia 1.

Comme l'on peut s'en douter, tout type de métal ou autre matériau dit "noble" sont aux abonnés absents. La robe est entièrement composée de plastique, d'une qualité qui ne fera pas l'unanimité. En revanche, Nokia a fait le bon choix de s'éloigner d'un aspect glossy et a opté pour un traitement poreux qui masquera les traces de graisses laissées par les doigts.

Cependant, en à peine moins d'une semaine d'utilisation que je qualifierais de normale, de nombreuses éraflures sont apparues. Ce défaut est contrebalancé par la possibilité de changer la coque arrière, mais on aurait aimé que ce défaut n'existe pas en premier lieu.

Le téléphone tient bien en main grâce à son format lilliputien, mais le chanfrein qui caractérise tout le pourtour de la surface avant n'est pas agréable. Il faut également composer avec des bordures qui défient la mode du borderless.

Le résultat est un téléphone qui n'a pas d'autre ambition que de ne pas jurer avec le langage esthétique de la gamme HMD/Nokia tout en gardant un budget serré. Nul doute que certains y trouveront leur compte et que d'autre s'enamoureront de son esthétique, mais je serais bien surpris d'apprendre que le Nokia 1 fasse l'unanimité sur la question de son aspect.

L'absence de détail est problématique

Ici, il n'est pas question de mesurer les capacités de l'écran avec une sonde, mais plutôt de parler de ce que cet écran est capable d'accomplir au quotidien.

Regarder Netflix dessus est possible, de même pour YouTube, mais pour ce dernier, certaines chaînes comme Digital Foundry ne font pas sens à cause d'une définition qui ne permet pas de profiter des détails. Avec seulement 480p, il faut renoncer à l'idée de binge watcher quoi que ce soit. Et il faut compter sur un rendu de l'image assez approximatif, probablement à cause d'un réglage du contraste trop imprécis.

Au-delà de la qualité de l'écran, on peut reprocher sa remarquable latence, bien que cela ne soit pas rédhibitoire au quotidien. Quant à la luminosité, elle n'est pas suffisamment puissante pour une utilisation en plein soleil. Les couleurs changent rapidement en fonction de l'angle de vision, un problème qui nous fait revenir quelques années en arrière.

La version d'Android la plus dépouillée à ce jour

Si vous vous trouvez sur ce site, il y a une grande chance que vous soyez un tant soit peu familier avec Android, le système d'exploitation de Google. Sinon, vous êtes sur le site qu'il vous faut pour réparer cette erreur.

 

Le Nokia 1 est équipé d'Android 8.1 Oreo donc, mais pas une version classique. Il est équipé d'Android Go Edition, une version très allégée du système, à l'image des applications de Google estampillées "Go".

Qu'est-ce que cela implique pour l'utilisateur ? Pas grand-chose à vrai dire, les différences esthétiques entre les deux versions étant quasi inexistantes. Pour les applications, il y a une différence majeure : la mise en avant des versions Lite et des progressive web apps, bien moins gourmandes et capables de tourner, sur le papier, sur de très petites configurations. Pour en savoir plus, on ne peut que vous conseiller de lire notre article dédié aux PWA, afin de mieux comprendre pourquoi Google se repose dessus pour son OS dédié à l'entrée de gamme.

À la fois légères et performantes pour la plupart des tâches, les PWA sont toutes indiquées pour fonctionner sur des appareils à la mémoire limitée. C'est pourquoi Maps Go et Google Go fonctionnent grâce à Chrome, le navigateur intégré à Android.

Et quand l'on se rend sur un site comme Twitter à plusieurs reprises, celui-ci va nous proposer de télécharger une WebAPK très légère appelée Twitter Lite. L'interface ne change pas de l'application Twitter, mais la gestion des ressources oui. Ainsi, les vidéos et les GIFs ne se lanceront pas automatiquement et il faudra accepter de pouvoir recevoir des notifications du site depuis Chrome.

Question sécurité, à l'heure d'écrire ces lignes, le 8 juin, le patch de sécurité date du 5 mai.

À part cela, Android Go Edition ne va pas dépayser les utilisateurs et utilisatrices réguliers d'Android. Nous verrons dans la partie suivante si l'initiative de proposer une version d'Android porte ses fruits au quotidien.

Le talon d'Achille du Nokia 1

Je ne vais pas tourner autour du pot : je ne sais pas comment il est envisageable d'utiliser ce téléphone au quotidien sans connaitre une frustration quasiment chronique. Entendons-nous bien, je ne cherche pas à comparer cet appareil à des concurrents qui coûtent deux ou trois fois plus cher pour le ridiculiser.

J'utilise le Nokia 1 depuis maintenant 2 semaines. En tout, j'aurai installé 4 applications à savoir Facebook Lite et Messenger Lite, Twitter Lite et Netflix, ce dernier étant la seule application n'étant pas optimisée pour Android édition Go.

Comme expliqué plus tôt, le téléphone provoque de la frustration trop souvent pour que je m'amuse à tout rapporter ici. Je vais me contenter de mentionner deux problèmes non seulement récurrents, mais également gênants.

J'écoutais de la musique en étant sur Facebook Lite dans les transports. La musique se coupe alors pour laisser la sonnerie m'avertir d'un appel. Le problème, c'est que le téléphone a été trop lent pour m'afficher la notification de l'appel avec la possibilité de répondre. J'ai donc manqué l'appel parce que Nokia 1 était trop lent.

Le second exemple se concentre sur la gestion de la mémoire vive. Sur une application normale, le téléphone arrive à se débrouiller pour suivre le rythme d'une utilisation modérée. Chaque fois que l'on retourne vers l'écran d'accueil, il faut attendre une à trois secondes pour que celui-ci s'affiche. Si l'on utilise une application qui gère de la vidéo, comme Netflix ou YouTube, alors le délai avant que la page d'accueil s'affiche peut atteindre neuf secondes.

En règle générale, le téléphone ne garde pas plus de deux ou trois applications en multitâche et toute manipulation est d'une lenteur repoussante.

Peut (largement) mieux faire

Avec 5 mégapixels à l'arrière et deux mégapixels à l'avant, le Nokia 1 n'est pas le photophone qui rivalisera avec HTC, Samsung, Huawei et consorts. Qu'il s'agisse de l'appareil avant ou arrière, le Nokia 1 n'est pas équipé pour produire des photos précises et riches en détails.

Il fera l'affaire pour montrer une scène bien éclairée, et encore, il y a de la place pour des améliorations au niveau de l'exposition et de la définition. On se retrouve souvent avec une grosse bouillie de pixels.

J'aimerais dire qu'il est suffisant pour un selfie, mais on n'arrive pas à distinguer mes cils par exemple. Et pour la vidéoconférence, ce n'est pas mieux, le Nokia 1 n'arrête pas de saccader sur Duo. On peut aussi ajouter que l'absence de mise au point empêche les clichés de type Macro, n'espérez donc pas poster vos foodies sur Instagram.

Si vous êtes intéressé par le Nokia 1, il faut au préalable s'assurer que l'on prend le moins de photos avec, sous peine de se retrouver frustré par ses limites dans le domaine.

Internet ne répond plus trop

Les quelques appels que j'ai passés avec le Nokia 1 se sont révélés en majorité problématiques. J'ai souvent eu du mal à comprendre mon interlocuteur et ce dernier est en général équipé d'un iPhone ou d'un OnePlus.

Quant à l'accroche réseau, il n'y a ici encore rien d'époustouflant, même à ce prix. Si l'on pardonne l'absence de 4G+ de Free Mobile, il est plus difficile d'en faire autant avec la 4G rarissime, à Paris ou en banlieue. Et la 3G+ de Free est beaucoup trop lente pour regarder des vidéos ou bien assurer une navigation fluide sur internet.

Comme l'on pouvait s'en douter, le Nokia 1 n'est pas sauvé par ses capacités de communication. Peu adapté au réseau de Free Mobile et avec une qualité d'appel médiocre, cet appareil ne semble pas avoir vocation d'être un appareil fiable.

Autonomie

En voyant la fiche technique de l'appareil, il est plutôt légitime de penser qu'il soit assez économe en énergie. Il s'avère plutôt que le téléphone peine à atteindre les cinq heures d'écran allumé. Alors oui, cette mesure n'est pas très fiable, mais je rappelle encore une fois que mon utilisation se limitait aux vidéos, à Chrome et aux version Lite et Go des applications comme Facebook ou YouTube.

Et si comme moi, l'envie vous prend d'écouter de la musique avec cet appareil (ce que je déconseille à quiconque cherchant un minimum de qualité), alors apprêtez-vous à voir votre batterie fondre.

Prix et date de sortie

Le Nokia 1 a été présenté lors du MWC 2018 et a été commercialisé quelques semaines plus tard. Son prix de base est fixé à une centaine d'euros, mais il est possible de le trouver un peu moins cher lors de certaines promotions.