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Prise en main du Yotaphone 2, prêt à remplacer votre Kindle ?

Yota nous a toujours étonnés. Ce constructeur installé à Moscou a parié qu'il pourrait se différencier à travers l'intégration d'un écran e-Ink (ePaper) dans un smartphone. La première itération cachait malheureusement de nombreux défauts, la seconde vient d'être présentée officiellement, avec une disponibilité immédiate en Europe. Que vaut ce Yotaphone 2 ? Nous avons eu la chance de passer plus de 2 heures en sa compagnie, voici nos premières impressions.

Le Yotaphone 2, nous avions pu découvrir un prototype avancé lors du Mobile World Congress, en février dernier. À l'époque, nous avions largement salué l'évolution de ce smartphone russe si particulier. L'objectif ? Concevoir un smartphone Android "premium" et y fondre un écran e-Ink dans la coque arrière. Pour le coup, c'est vraiment impressionnant aux premiers abords, bien plus que le premier modèle Yotaphone.

Des caractéristiques en retraits

Comme on s'y attendait, les caractéristiques du Yotaphone 2 n'ont pas bougé d'un poil, c'est une première demi-déception. Ce Yotaphone 2 est propulsé par du Qualcomm Snapdragon 800, jumelé avec 2 Go de RAM, de la 4G LTE (catégorie 4) et 32 ??Go de stockage interne. C'est évidemment des caractéristiques que l'on retrouvait sur les smartphones haut de gamme de 2013 - à l'image du Samsung Galaxy S4 ou du LG Nexus 5.

L'écran principal n'a également aucune particularité, il s'agit d'un écran de 4,7 pouces en définition 1080p et en technologie Super AMOLED. Le Yotaphone 2 tourne sous Android 4.4.3 alias KitKat, avec une apparence pure d'Android AOSP - Android Open Source Project - et quatre applications Yota pré-installées.

Les deux capteurs photo sont de 8 et 2 mégapixels, avec un flash LED à l'arrière. Contrairement au premier modèle, l'emplacement des connectiques et des capteurs photo sont plutôt classiques. Avant de passer à la partie la plus intéressante, vous trouverez quelques photos supplémentaires dans la galerie ci-dessous.

 

Un écran EPD à l'arrière, pourquoi ?

Sans aucun doute, l'élément qui nous intéresse, c'est l'écran de 4,7 pouces collé à l'arrière du smartphone. Plus précisément, c'est un écran EPD (Electronic Paper Display), une technologie e-Ink que l'on retrouve sur les livres électroniques de type Kindle. Ce papier électronique imite l'apparence d'un rendu de feuille de papier - il est purement réflectif et utilise la lumière ambiante de la même manière que le papier classique. Composé d'un verre traité avec Gorilla Glass 3, vous ne devriez pas craindre de rayer l'écran arrière du Yotaphone 2. Au toucher, j'ai vraiment eu l'impression d'avoir une coque classique (mais de qualité) de plastique en main.

Contrairement à l'écran principal (FullHD 1080p), l'écran e-ink possède une définition de 960 x 540 pixels (qHD). Bien entendu, il n'est pas là pour regarder des films ou jouer à des jeux, à quoi peut-il servir ?

Yota a mené une vraie réflexion sur les fonctionnalités clés de cette technologie d'écran. Aujourd'hui, c'est une technologie que l'on retrouve principalement sur les livres électroniques et certains bracelets connectés. Elle a déjà deux qualités indéniables, la première est liée à la consommation d'énergie. En effet, l'écran e-ink ne consomme de l'énergie uniquement lorsque le contenu affiché est modifié. Les pixels qui composent l'écran possèdent plusieurs états distincts stables, de manière à garder intact le contenu affiché en l'absence de source d'énergie. En d'autres mots, vous pouvez laisser afficher n'importe quel contenu, une photo par exemple, même lorsque la batterie du téléphone est à plat.

La deuxième qualité indéniable est la lisibilité de cet écran. Sur des écrans classiques, IPS ou AMOLED par exemple, le rétro-éclairage est plutôt agressif pour l'œil humain, a contrario le papier électronique reflète la lumière tout comme une feuille de papier classique le ferait. Ce type d'écran est donc parfaitement visible en plein soleil, et il est très reposant pour les yeux.

 

Le mode "capture d'écran"

Yota a semble-t-il réussi à profiter des qualités de cette technologie d'écran. Même si Android reste peu modifié, le Yotaphone 2 intègre plusieurs applications qui profitent intelligemment des capacités de l'écran e-ink. Comme sur le premier modèle, il est possible de l'utiliser comme livre électronique, en ouvrant des fichiers ePub ou PDF - comme n'importe quel Kindle. Avec cette fonctionnalité simple, Yota promet 100 heures de lecture - impressionnant pour un smartphone avec une connexion active.

Bien entendu, vous pouvez afficher ce que vous voulez. Une fonctionnalité bien pratique permet de capturer l'écran principal d'un simple geste (appui long sur le bouton de retour à l'accueil), cette capture d'écran est ensuite affichée sur l'écran e-ink. Vous pouvez donc décider de capturer une photo, un plan ou encore une note. Notez que la capture reste affichée, même si votre smartphone s'éteint.

 

Un mode recopie avec du tactile

Une grosse évolution, par rapport au premier modèle, est la possibilité d'afficher exactement ce qu'il se passe sur l'écran principal, l'écran e-ink devient alors tactile. Certes, ce n'est pas évident à l'utiliser, néanmoins c'est suffisant pour naviguer dans ta timeline Twitter ou changer une musique sur Spotify. Yota n'a pas communiqué sur le taux de rafraîchissement de cet écran e-ink, néanmoins j'estime qu'il doit y avoir 2 à 3 images par seconde. L'expérience n'est donc pas fluide, néanmoins cela permet de réaliser quelques actions simples, comme lancer un appel ou ouvrir une application.

Il est également possible de taper du texte grâce au clavier virtuel, néanmoins le taux de rafraîchissement entraîne une latence d'affichage très handicapante. Le tactile est fidèle et enregistre fidèlement la frappe, néanmoins l'affichage est lent à afficher les lettres. Si vous avez l'habitude de taper vite, vous pourrez aisément vous habituer à utiliser votre clavier virtuel sur cet écran.

 

Enfin, le mode "panneaux"

En plus de ces deux modes, Yota a également développé un système de panneaux personnalisables. Ces panneaux (panels en anglais) peuvent donc être modifiés à loisir, ils utilisent des widgets maison, et vous passez d'un panneau à l'autre avec un simple swype. Agenda, horloge, météo, tweets, SMS, articles, lecteur de musique... vous affichez ce que vous voulez.

 

YotaEnergy, jusqu'à 5 jours d'autonomie ?

Yota a également profité des qualités de cet écran e-ink pour développer un mode d'économie d'énergie très avancé. Vous pourrez paramétrer d'une manière assez importante le mode d'économie d'énergie, pour améliore efficacement votre autonomie. D'après Yota, il serait possible d'atteindre 5 jours d'autonomie sans avoir à couper les fonctions essentielles du smartphone. Évidemment, on attendra de le tester en conditions réelles pour savoir ce qu'il en est réellement.

 

L'heureux mariage d'un Kindle et d'un smartphone Android, la bonne affaire ?

Le meilleur des deux mondes avec le Yotaphone 2 ? C'est la première chose à laquelle j'ai pensé. Utilisateur d'un Nook Touch (une liseuse sous Android) depuis quelques années, j'ai souvent rêvé d'avoir un smartphone autonome avec un écran reposant (pour les yeux). En somme... un livre électronique. Évidemment, ce Yotaphone 2 a des atouts non négligeables comme vous avez pu le lire plus haut. Peut-il remplacer un Kindle ? On peut l'imaginer. Il s'agit de la même technologie d'écran, avec la possibilité d'utiliser l'application Kindle ou d'ouvrir n'importe quel fichier (PDF, ePub, etc.). On peut donc remplacer un Kindle. Néanmoins, cela reste un écran de 4,7 pouces, moins confortable que les écrans de livres électroniques qui dépassent les 6 pouces en diagonale. C'est un élément important, surtout pour afficher des pages de livres, ou encore des pages de magazines.

Je pense que le Yotaphone 2 peut être considéré comme un produit de substitution. J'en serai persuadé après avoir passé quelques jours à l'utiliser en smartphone principal, et en laissant ma liseuse à la maison. En tout cas, Yota a réalisé un énorme travail d'intégration, que cela soit technique ou logiciel.

On sent une vraie intelligence de conception, et un bon niveau de finitions à première vue. Les ambitions du constructeur russe sont importantes, l'entreprise entraîne dans son sillage de nombreuses startups installées à Moscou qui développent des applications dédiées au Yotaphone.

Un Yotaphone 2 convaincant, mais hors de prix !

Le Yotaphone 2 est convaincant. Ce second modèle russe ne possède pas de gros défauts, contrairement à la première itération. Néanmoins, comme vous l'avez lu, ses caractéristiques sont en retraits par rapport à la génération actuelle de smartphones, mais il reste un téléphone performant.

Il n'est pas le smartphone le plus rapide, il n'a pas le meilleur capteur photo, ni le meilleur écran, néanmoins il possède un élément différenciant et unique : ce fameux écran e-Ink. Et Yota a semble-t-il réussi à exploiter les capacités de cette technologie d'affichage. Je ne peux pas m'avancer plus avant de réaliser un test complet, il faudra vérifier si l'écran e-ink ne possède pas de défaut rédhibitoire et si la partie logicielle est suffisamment stable.

Enfin, terminons par ce qui me fâche. Le Yotaphone 2 doit-il rester dans un marché de niche ? Probablement. En France, le Yotaphone 2 est commercialisé (dans un premier temps) à la Fnac, sur Fnac.com et dans deux boutiques parisiennes, ainsi que dans les boutiques Lick. Il est d'ailleurs déjà disponible en précommande sur le site de la FnacLà, où ça coince, c'est évidemment le prix : 700 euros, « sans subvention ». C'est bien trop élevé, pour des caractéristiques de 2013.

Comme le dernier Panasonic Lumix DMC-CM1, c'est un téléphone que j'aimerai utiliser au quotidien. Pourquoi ? Il est évidemment onéreux, mais il est unique en son genre. Malgré tout, j'ai bien peur que les ambitions de Yota soient un peu trop élevées pour le moment, il faudrait redescendre un peu sur Terre.