Depuis l’arrivée du très haut débit mobile, de plus en plus d’utilisateurs se sentent renfermés par les quotas de données disponibles sur leurs forfaits. Avec le passage à 20 Go pour le forfait de Free Mobile, les quelques gigas disponibles chez les concurrents font pâle figure. On finit par se poser la question : pourquoi les opérateurs nous limitent-ils tant ? Une limitation à 3 Go a-t-elle toujours du sens en 2014 ? Essayons de comprendre tout le sens de la notion de « fair-use ».

Bouygues Telecom Les quotas de données sont souvent la source de vrais débats passionnés sur le net. À l’origine de frustration, ces limites de téléchargements ne sont pas comprises par le consommateur ; ne voyant qu’une manière de faire payer davantage. Certains opérateurs étrangers ont déjà annoncé le retour des quotas pour les abonnements fixes DSL et fibre ; la question du fair-use se pose donc, plus que jamais… Mais, pourquoi avons-nous besoin de ces quotas ? Que peut-on faire avec ces quotas ? Les opérateurs sont-ils vraiment méchants ?

Le problème des « net-goinfres »

L’idée derrière le « fair-use » (l’usage « raisonnable » en quelque sorte) est que l’on n’ait à payer que selon son utilisation. Ce discours est très frustrant pour la plupart d’entre nous, ce qui est logique : les débats les plus vifs sur ce sujet ont lieu dans les communautés les plus consommatrices qui sont la cible de ces quotas. Nous aimons tous pouvoir regarder des films en 1080p, télécharger (légalement) des musiques ou des jeux, ou encore regarder tous les weekends le nouvel épisode d’AndroTEC. Mais, ce que l’on n’imagine pas derrière, c’est que nous faisons partie des 5 % des internautes qui engendrent plus de 80 % du trafic Internet. Forcément, ça fait mal.

Malheureusement, ce genre de comportement peut être particulièrement pénalisant pour les petits consommateurs. Comme nous le rappelons souvent, le marché des télécoms est un marché à forts coûts fixes (il faut considérer l’ensemble des investissements). Pour supporter toute la charge du trafic, il faut que l’infrastructure de l’opérateur puisse suivre. Pour des contenus comme les vidéos, cela peut représenter une grosse partie du trafic ; ceci explique d’ailleurs les « vraies » raisons derrière le faux débat concernant un éventuel bridage de Free sur YouTube, son infrastructure n’ayant simplement pas suivi (problème d’engorgement présent chez d’autres opérateurs également).

Face à ces lourds investissements, il existe plusieurs stratégies de tarifications que l’on retrouve d’ailleurs dans les systèmes d’imposition : soit on paye tous de la même manière (flat-tax ou proportionnelle, et sans considération des revenus cela revient à faire payer la même somme à tout le monde) soit on paye selon notre utilisation ou nos ressources (progressif). Si le premier modèle fonctionne dans beaucoup de cas, le second aura l’avantage de prendre en compte les différences de comportement ou de revenus.

Neutralité du Net

Pour la consommation de données, nous sommes exactement dans la situation d’excès : un petit nombre d’usagers, que certains appellent les « net-goinfres », consomment une très grosse majorité des ressources au détriment des autres usagers. Le problème est qu’avec l’arrivée de contenus de plus en plus lourds, la qualité de service se détériore pour tout le monde (même les petits consommateurs) et les investissements des opérateurs ne sont plus suffisants.

La mise en place de quotas doit alors permettre de rendre un peu de justice, tout comme dans le transport où l’on paye selon la distance parcourue (ou la zone de voyage). Le surplus payé par les plus gros consommateurs permettra alors de financer le surcoût d’une infrastructure plus conséquente.

Pourquoi mettre des quotas sur le mobile ?

L’existence de quotas est encore plus importante en téléphonie mobile dans la mesure où les ressources spectrales à partager entre usagers sont beaucoup plus rares. Par exemple, les quotas dans le fixe sont (à l’étranger) d’au moins 75 Go pour l’ADSL et 400 Go pour la fibre, ce qui est loin d’être comparable au 3 Go des forfaits mobile actuels.

Ces quotas sur le fixe doivent permettre de contenir le trafic dans le réseau de collecte de l’opérateur, alors que pour la téléphonie mobile, ce sont surtout les cellules elles-mêmes qui sont limitées. On rappellera pour les nouveaux arrivants que les 75 à 150 Mbits/s max théoriques de la LTE (selon la largeur de bande de fréquences) sont à partager à l’intérieur d’une cellule qui peut contenir plusieurs centaines d’usagers.

Ce que les opérateurs cherchent donc à éviter avant tout, ce sont les téléchargements lourds qui mettent en péril la qualité de service en consommant beaucoup de bande passante sur une longue période, et empêchant les autres usagers de la même cellule de bénéficier d’un débit suffisant. En fait, les bons usages en téléphonie mobile seront ceux les plus courts : navigation web, flux de tweets, téléchargement d’application mobile, de musique, qui ne provoquent qu’un pic de chargement (le réseau peut alors supporter plus d’usagers en même temps).

consommation data mobile france

De ce point de vue, la différenciation des offres est un bon point pour le consommateur – en moyenne… L’idée est que l’usager ne dépassant pas une certaine limite raisonnable n’ait pas à payer les dérives de certains gros consommateurs, tout en bénéficiant d’un bon réseau. Pour le moment, la moyenne de consommation mobile serait de 1,5 Go par mois pour les nouveaux forfaits 4G (une moyenne déjà bien supérieure à l’ensemble des forfaits 3G), soit moitié moins que le quota des forfaits de base chez les trois opérateurs historiques ; il est donc, pour le moment, tout à fait logique de trouver des forfaits limités à 3 Go, cela étant suffisant pour beaucoup (on ne discutera pas ici de la position tarifaire).

À quand l’augmentation des quotas sur le mobile ?

Difficile de dire pour qui n’a pas accès aux données opérateurs quels sont les quotas qui se justifient ou non. Le raccourci qui consiste à croire que parce que Free Mobile propose 20 Go, les autres devraient pouvoir le faire, est tellement simple que beaucoup feront le choix de l’emprunter ; les choses ne sont malheureusement pas si simples. D’ailleurs, le fait que les concurrents aient suivi en grande partie la baisse des prix mais pas l’augmentation des quotas devrait nous mettre la puce à l’oreille.

Déjà, les problèmes de « ralentissement » dont les freenautes ont pu faire part ces dernières années laissent à penser que la priorité d’lliad n’est pas la qualité de service, mais plutôt de laisser la possibilité aux abonnés de faire ce qu’ils veulent. C’est un choix tout à fait défendable et beaucoup s’en contentent ; les ralentissements de la navigation à certaines heures sont « acceptables » et beaucoup feront le compromis pour une facture moins salée. 

Par ailleurs, une grande majorité des abonnées Free Mobile seraient au forfait à 2 euros, selon beaucoup d’analystes. Ce qui laisse plus de liberté à Free Mobile d’augmenter les quotas, avec des conséquences bien moindres que pour les autres opérateurs, c’est évident. Si l’on prend le cas de Orange par exemple, ce sont 27 millions de clients sur le territoire ; l’augmentation des quotas pourraient avoir des conséquences bien plus importantes. De plus, il faut rappeler que la plupart des abonnées utilisent toujours le réseau 3G pour la data et que ce réseau (beaucoup plus étendu de surcroît) a un fair-use beaucoup plus coûteux qu’avec la 4G.

C’est pourquoi tant que la 4G ne se sera pas démocratisée, il est difficile d’imaginer que les quotas explosent, sauf si les opérateurs font le choix de n’augmenter les quotas que pour les abonnés utilisant la 4G. C’est le cas de Free Mobile par exemple (encore qu’il n’exige qu’un téléphone compatible), ou encore SFR avec son forfait RED proposant YouTube en illimité uniquement sous couverture 4G. Pour le moment, donc, le réseau 3G semble être la cause de cette avarie.

Que peut-on faire avec aussi peu de gigas ?

Quoi qu’il en soit, la question du quota est primordiale, mais finalement assez simple : c’est le principe des ressources rares, plus la demande est grande et plus il faut payer. Les quotas sont là pour limiter la consommation de contenus gourmands en bande passante.

Avec le déploiement de la 4G et la démocratisation des smartphones compatibles, les opérateurs auront très vite la possibilité de libérer un peu la consommation de données ; l’important étant que le surplus de consommation se fasse principalement sur le réseau 4G, et non 3G.

En revanche, la question des quotas est assez difficile dans la mesure où bien souvent nous ne voyons pas ce que cela signifie en pratique. Il semblerait que la moyenne de consommation en Europe, pour une connexion fixe DSL, soit de 30 Go par mois, seulement… Et que la moyenne par personne  devrait  atteindre les 40Go en France (fixe+mobile) d’ici l’année prochaine, ce qui paraît peu finalement (la moyenne mobile se situerait aux alentours de 2 Go).

Conso internet 2015

Afin de vérifier l’information et de vous éclairer sur l’utilisation « raisonnable », nous nous lançons dans une expérimentation qui devrait répondre à une question simple : de combien avons-nous besoin ? Est-ce que ces 30 Go de moyenne européenne suffiront ? Pour cela, nous allons remplacer notre connexion VDSL à domicile par un hotspot 4G accompagné d’un forfait de 32 Go, le forfait le plus généreux.

On vous informera au fil des jours sur Twitter, puis on fera un point à la fin de l’expérience.