Google veut révolutionner l’industrie de l’électronique avec son projet Ara. L’idée est folle : faire en sorte que le matériel soit aussi modulaire que le logiciel. Un fantasme de gadget modulaire qui fait débat dans l’industrie. Certains y croient, en rêvent, et d’autres doutent fortement de la capacité de Google de gagner son pari.

Projet Ara

Qu’est-ce que le Project Ara ?

Nous en profitons pour inaugurer « 2 mots sur », un nouveau rendez-vous sur YouTube où vous retrouverez une analyse et quelques explications sur une tendance et produit. Cette semaine, Ara.

La vision

Dans un avenir idéal, Google imagine que des modules et des composants matériels seraient vendus comme des applications. Tout ça serait disponible depuis une place de marché où plusieurs milliers de développeurs -du développeur indépendant au grand groupe, en passant par les startups- seraient référencés. Vous pourrez ainsi acquérir des endosquelettes, plusieurs tailles seront disponibles, et il suffira d’acquérir les composants souhaités pour créer un produit sur mesure. Les artistes et designers pourront proposer des produits aux designs uniques.

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À partir d’un pack à 50 dollars basique, vous serez en mesure de créer un produit à travers des milliers… voir des millions de combinaisons. Et cela ne sera pas seulement prévu pour les smartphones, mais pour tous les appareils électroniques. Oui, il sera évidemment possible de créer un objet connecté. Voilà ce qu’est le Projet Ara.

 

La réalité

Ce mois-ci, le projet vient de passer une nouvelle étape très attendue, un premier smartphone sera vendu aux développeurs cette année, puis auprès du grand public en 2017. Le projet s’est émancipé de l’équipe ATAP, et Google a semble-t-il décidé d’investir dans ce projet.

Dans son état actuel, le smartphone Google Ara ne résout pas tous les problèmes posés. Le Project Ara Developer Preview ainsi que le modèle prévu l’année prochaine se sont éloignés du modèle Spiral 2, que nous avions pu découvrir dans le Sud de la France. Google a décidé de figer les principaux composants dans le cadre du smartphone, comme l’architecture (SoC), l’écran, les capteurs principaux et ainsi de suite. L’idée derrière cette décision : de la simplification. Il s’agit évidemment de compromis. Il ne sera donc pas possible de faire évoluer ce premier modèle, ce qui était une des promesses essentielles du projet Ara.

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Il est encore très épais, ce prototype

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Un système de crochet que l’on peut déclencher depuis une app dédiée

Le modèle présenté à TheVerge est intéressant à plus d’un titre. Il s’agit d’un prototype encore éloigné du modèle attendu. Comme prévu, il sera évidemment possible de personnaliser le produit, à travers six modules accessibles à l’arrière. Notez que Google a abandonné son système magnétique, il sera tout de même possible de changer à chaud les modules. D’ailleurs, Google nous a précisé que la batterie pourra être changée sans avoir à redémarrer le smartphone, ce que l’on peut appeler des condensateurs prendra le relais pendant quelques secondes.

Les doutes

Il est évident que l’on peut douter de la réussite de ce projet. Entre les Google Glass, le Nexus Q, Google Reader, Android @ Home, Google TV, Gtalk… Google ne nous rassure pas. N’oublions pas également les soucis rencontrés pour commercialiser leurs propres produits physiques (oui, le Chromecast a été banni de chez Amazon).

Google Nexus Q

Google Nexus Q

Mon scepticisme va bien plus loin que les quelques échecs de Google. C’est une idée folle qui soulève de nombreuses problématiques techniques, sociétales et économiques.

Comment réunir d’un côté les mastodontes du secteur et de l’autre de petites entreprises et startups ? C’est loin d’être évident dans un secteur où quelques dizaines de gros acteurs font la loi. Sans oublier la nécessité de faire évoluer Android, où tout le système a été conçu pour que chaque composant soit figé.

Enfin, quel sera l’accueil du public ? Il est assez évident d’imaginer les bénéfices apportés au monde professionnel, comme celui de la recherche ou encore de la santé. Pour le grand public, mise à part les technophiles et autres early adopters, c’est moins évident. Surtout que le système de personnalisation implique, évidemment, que le smartphone soit plus lourd et plus épais que les appareils figés. 

Oui, tout cela me rend sceptique.

Mais il y a deux manières de l’être. La première est à mon sens la mauvaise manière. Vous écoutez un argument qui va à contre-courant des idées reçues et qui défie vos croyances. Et vous pensez « C’est impossible ». Vous passez donc à autre chose. Mais si c’était possible ?

Vous pouvez aussi être sceptique de la bonne manière et dire « Cela semble impossible, mais quelles seraient les conséquences pour nous si c’était possible ? Peut-être que cela vaut la peine d’y aller. ». C’est pour cela que j’y crois et que je n’ai jamais trouvé ce projet aussi excitant.