Trop limité, Google Maps ? C’est l’avis des créateurs des applications telles que CityMapper ou Moovit, qui recensent tous les moyens de transport en commun afin de permettre d’aller le plus rapidement possible d’un point A à un point B. Nous avons posé quelques questions à Alex Mackenzie Torres, le responsable Marketing de Moovit, pour nous expliquer comment fonctionnait une telle application.

moovit

Pourquoi installer des applications de transports supplémentaires alors que l’on dispose déjà de Google Maps ou de l’application de transport en commun de sa ville sur son téléphone ? Les applications comme CityMapper ou Moovit, on en entend de plus en plus parler sans forcément oser les installer. Par paresse, mais aussi et surtout par peur de sortir de sa zone de confort. C’est d’ailleurs dans cet état d’esprit que je suis parti à la rencontre d’un responsable de Moovit.

Le Waze des transports en commun

Moovit, qu’est-ce que c’est ? Selon le communiqué de presse de la firme, il s’agit d’une application capable de « planifier des trajets multimodaux, d’afficher les horaires, les plans, l’info trafic ou encore la  Navigation live étape par étape ». Concrètement, il suffit de rentrer une adresse ou sa position actuelle et dire à l’application où l’on se rend. Elle va alors calculer automatiquement le chemin le plus rapide, le plus pratique ou le moins onéreux en prenant en compte tous les types de transports en commun alentour : bus, train, tram, mais aussi taxis ou VTC.

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Il est possible de se laisser guider, comme avec un GPS classique.

Moovit ajoute a cet aspect pratique une dimension communautaire. À tout moment, les utilisateurs de l’application peuvent signaler dans l’application s’il y a du retard, un détournement ou un problème particulier sur leur ligne afin de permettre aux utilisateurs de prendre en compte un retard éventuel. Alex Mackenzie Torres m’a d’ailleurs expliqué que les utilisateurs de Moovit se décomposaient en trois groupes.

Le plus important, qui représente 80 % des utilisateurs sont de simples consommateurs de l’application. Ils la lancent et regardent le trajet qui les intéresse le plus. Environ 15 % des autres utilisateurs sont aussi des consommateurs de l’application, mais n’hésitent pas à signaler, à « aider » les autres en signalant les divers problèmes. Moovit reste d’ailleurs flou sur l’open-data, et s’est bien gardé de répondre à nos questions, lorsque nous avons cherché à savoir si son app a bien accès aux données en temps réel d’un service tel que la RATP.

Enfin, il y les derniers 5 % des utilisateurs (voire même moins de 5 %), qui prennent carrément le temps de cartographier entièrement un réseau de transport en commun d’une ville qui n’est pas encore référencée par Moovit. Et tout cela gratuitement, sans la moindre rémunération ou rétribution de la part de Mooviste. Des utilisateurs purement altruistes, m’a expliqué Alex Mackenzie Torres et qui ont permis, par exemple de cartographier intégralement le réseau de transport de ville de taille petite ou moyenne, comme Saint-Etienne ou Briançon.

 

Si l’application de transport est gratuite, c’est le voyageur le produit ?

L’argent, d’ailleurs, ne semble pas être encore une inquiétude pour la start-up américaine. Elle annonce ainsi avoir levé 81,5 millions de dollars depuis sa création en 2012, dont 50 millions en début d’année. Aux levées de fonds s’ajoutent deux sources de revenus supplémentaires : le ticketing et les partenariats.

Pour le premier, il s’agit en fait de toucher une commission sur chaque ticket de transport en commun vendu. Pour le second, il s’agit de toucher une commission sur les services de VTC, comme Uber, utilisé par les usagers de Moovit dans le cadre d’une planification d’itinéraire.

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Uber fait partie des moyens de transports référencés par Moovit.

Moovit insiste sur le fait que ces partenariats ne restent qu’une possibilité de plus de se déplacer rapidement pour ses utilisateurs. Alex Mackenzie Torres m’a ainsi promis, la main sur le cœur, que jamais Moovit ne mettrait plus en avant une société partenaire qu’un système de transport en commun parce qu’elle peut leur faire gagner plus d’argent.

Pour lui, c’est avant tout l’expérience de l’utilisateur qui prime, bien avant les potentiels bénéfices de sa société. Des bénéfices, qui, pour l’instant, ne doivent pas vraiment exister du fait de la jeunesse du concept et de ses faibles possibilités de monétisation, pour l’instant. À terme, on imagine que les données des utilisateurs — leurs précieuses habitudes de transport — vaudront de l’or. C’est d’ailleurs ce qui a provoqué une bisbille entre CityMapper, le concurrent de Moovit, et la RATP récemment.

 

Mieux vaut convaincre que contraindre

La concurrence enfin ne semble pas vraiment inquiéter Alex Mackenzie Torres. Lorsque je lui ai demandé s’il voyait d’un bon œil la récente accusation d’abus de position dominante de Google concernant les applications préinstallées sur Android, il n’a pas vraiment semblé s’en réjouir. « Je préfère avoir un utilisateur convaincu qui installe Moovit plutôt qu’un utilisateur forcé d’en trouver une », m’explique-t-il, me précisant que Google Maps, puisque c’est bien de lui qu’on parle ,est un concurrent comme les autres à surpasser. Il faut dire que Alex Mackenzie Torres a travaillé 10 ans chez Google (Maps) et qu’il reste un Googler convaincu.

Est-ce pour autant que je vais me mettre à utiliser Moovit au quotidien ? Pas vraiment. J’avoue que l’application est très convaincante quand on se déplace dans une ville que l’on ne connaît pas ou mal, par exemple en vacances. Mais en bon parisien – et c’est aussi le cas de mes collègues- je ne vois pas pourquoi je changerais d’application aujourd’hui alors que la SNCF, la RATP ou Uber lui-même propose des applications très pratiques (pas toujours depuis très longtemps, certes), fiables et relativement légères. D’autant plus que j’ai l’impression que l’application sous-estime un peu la marche à pied, toujours utilisée comme un ultime recours.

Moovit est une application très pratique, c’est indéniable. Mais elle s’adresse essentiellement à un public « nomade », dont le trajet change très régulièrement et qui y trouvera son compte. Mais est-ce bien là le public que veut toucher Moovit ?

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