Christian Budde Christensen, développeur et habitué des voyages, a pu visiter la Corée du Nord et raconte sa découverte d’un smartphone nord-coréen.

À quelques dizaines de kilomètres de Séoul, où l’on s’arrache les dernières nouveautés de LG et Samsung (les champions nationaux), Christian Budde Christensen a pu découvrir un smartphone d’un tout autre genre. Le programmeur et voyageur raconte sur Medium son voyage en Corée du Nord où il a pu, entre autres, prendre en main l’Arirang 151, un smartphone développé sur mesure pour le régime.

Arirang 151 : un smartphone sans Wi-Fi

À vue de nez, l’Arirang 151 se présente comme un petit smartphone d’entrée de gamme chinois comme pouvait en produire Xiaomi il y a quelques années (il ressemble un peu au Redmi 3). Il a d’ailleurs probablement été fabriqué en Chine, même si la Corée du Nord prétend le fabriquer sur son sol. On retrouve les composants de base d’un smartphone de cette époque : caméra, Bluetooth, 3G, 4 Go de stockage, un lecteur de micro SD et un lecteur de micro-SIM.

Crédit photo : Christian Budde Christensen

Première curiosité, Christian Budde explique que le smartphone n’est pas compatible avec le Wi-Fi et qu’il n’a d’ailleurs trouvé aucun réseau Wi-Fi lors de son voyage.

Android 4.4 avec l’interface nord-coréenne

L’intérêt de cet appareil n’est pas à chercher sur le plan matériel, mais bien du côté du logiciel. L’Arirang 151 tourne sous une version largement modifiée d’Android 4.4.2 Kitkat. Christian raconte que l’écran de chargement et le thème du téléphone ont été modifiés, mais surtout que l’on trouve une vidéo promotionnelle du téléphone de 60 Mo, qui en profite pour mettre en avant la beauté de la Corée du Nord.

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L’exploration du téléphone continue avec la découverte des applications préinstallées. De nombreux jeux sont installés comme Angry Birds, Cut The Rope, Fieldrunners ou Tetris. On trouve également une application Huawei de suivi de santé installée. Christian précise avoir croisé plusieurs habitants avec des bracelets d’activité chinois, l’utilisation de produits étrangers étant très anodine en Corée du Nord.

Crédit photo : Christian Budde Christensen

On peut également remarquer l’installation d’une application appelée « AppLock » et qui doit permettre de verrouiller l’usage de certaines applications, contacts et messages derrière un code à quatre chiffres. Christian met toutefois en doute le chiffrement d’une telle application et suggère que l’application est probablement là pour donner un faux sentiment de vie privée et de sécurité.

Crédit photo : Christian Budde Christensen

Limiter au maximum les transferts d’information

Alors que la fonction de base d’un smartphone, et n’importe quel téléphone mobile est de pouvoir communiquer par la voix ou par le texte des informations, le gouvernement a semble-t-il fait son possible pour limiter cet usage du Arirang 151.

Christian explique en effet que le smartphone s’est éteint en insérant une carte SIM (il ne précise pas si c’était une carte SIM étrangère ou non). Par ailleurs, une fois branché en USB à un ordinateur, il n’était possible que de transférer des fichiers vers l’ordinateur. Un transfert de fichiers vers le smartphone se traduit par la disparition pure et simple des fichiers à leurs ouvertures. Enfin, une connexion entre l’ordinateur et le smartphone par Bluetooth rendait impossible tout transfert d’informations, de contacts ou de fichiers.

Un smartphone hors de prix

D’après Christian Budde Christensen, le smartphone en question n’est pas accessible au grand public en Corée du Nord, en raison de son prix de vente. Seuls les citoyens ayant accès à une monnaie étrangère, comme ceux travaillant dans le tourisme, peuvent s’offrir cette technologie. L’objectif est probablement pour le régime de prouver qu’ils sont capables de produire des smartphones, et donc qu’ils ne sont pas en retard par rapport au reste du globe et en particulier leurs voisins sud-coréens.