Une nouvelle étude démontre l’impact important du marché des nouvelles technologies, et les smartphones en particulier, sur l’environnement.

Le dérèglement climatique rime souvent avec l’industrie pétrolière et l’industrie du transport au sens large. Pourtant, les nouvelles technologies ont aussi leur part de responsabilité.

Lotfi Belkhir et Ahmed Elmeligi, deux chercheurs de l’université canadienne McMaster ont publié les résultats d’une étude portant sur l’impact des nouvelles technologies sur le dérèglement climatique.

D’après les deux chercheurs, la part des TIC (technologies de l’information et de la communication) pourrait atteindre 14 % du total des émissions de gaz à effet de serre d’ici 2040, une nette augmentation comparée aux 1 à 1,6% de 2007. Cela représenterait plus de la moitié des émissions causées par l’industrie du transport. Nos smartphones ne seraient pas innocents dans cette affaire.

Les smartphones : futur désastre environnemental

L’étude s’attaque plus précisément aux smartphones, devenus très populaires depuis la sortie de l’iPhone en 2007.  D’ici 2020, l’impact des smartphones devrait être supérieur à celui des ordinateurs de bureaux, des moniteurs, et des ordinateurs portables.

85 à 95 % des émissions en CO2 d’un smartphone sur 2 ans proviennent de sa fabrication

Tout commence avec la production du smartphone. Sur 24 mois, 85 à 95% des émissions en CO2 d’un smartphone sont dus à sa fabrication, et plus particulièrement à l’extraction des métaux rares. Or, la guerre que se livrent les fabricants, ainsi que les opérateurs, fait que le cycle de renouvellement est de l’ordre de 18 mois en moyenne.

Très concrètement, acheter un smartphone neuf produit autant de CO2 que recharger et utiliser un smartphone pendant une décennie.

Un grand smartphone implique de grandes émissions

Une partie de l’étude porte sur les différences d’impact entre les appareils, et notamment leurs tailles. Pour cela, l’étude s’appuie sur les chiffres publiés par Apple concernant la production d’iPhone.

La firme à la pomme indique que l’iPhone 7 Plus demande 10% d’émission de CO2 en plus, comparé avec l’iPhone 6S. De son côté, l’iPhone 7 demande 10% en moins que l’iPhone 6S. Cela permet d’en conclure que, au moins chez Apple, la production d’un grand iPhone est significativement plus consommatrice qu’un petit iPhone.

On imagine que cela s’explique surtout par la différence de batterie, plus volumineuse sur les grands modèles, et donc plus consommatrices en ressources pour leurs productions.

Le mobile va de pair avec le cloud

D’ici 2020, 45% des émissions des TIC seraient causés par les calculs effectués sur les serveurs des grandes entreprises, dans le cloud. Très concrètement, les réseaux de télécommunications et les data centers devraient émettre 764 mégatonnes de CO2 par an, soit plus du double des émissions de la France en 2017.

Un usage lui aussi en partie poussé par le smartphone, que ce soit les recherches effectuées avec un assistant intelligent, le partage de photos sur son réseau social préféré ou plus simplement un guidage par géolocalisation. Ces services demandent des serveurs actifs 24h/24 et 7 jours sur 7.

Les marques lancent de plus en plus de services dans le cloud, utilisés par de plus en plus de smartphones, renouvelés régulièrement pour avoir accès à ces services. Une situation qui pourrait encore s’aggraver avec l’émergence de l’IoT, Internet of Things, qui se repose justement sur la mise en réseau d’appareils dépendant aux calculs effectués dans le cloud.

Interrogé sur les investissements réalisés par les géants, notamment Apple et Google, pour s’alimenter en énergie renouvelable, Lotfi Belkhir répond que le geste est encourageant, mais qu’il serait insuffisant pour avoir un impact significatif.

Comme dans le cas des smartphones, on imagine que l’impact des serveurs provient aussi, et surtout, de leur production et de leur maintenance.

Recycler, donner ou revendre les appareils usagés

Si la production d’un smartphone est le principal responsable de ses émissions en CO2, alors on peut en limiter l’impact en prolongeant sa durée de vie au maximum.

Cela passe d’abord par des cycles de renouvellement plus long, ce qui demandera des efforts de la part des marques en termes de sécurité, mais aussi par une prise de responsabilité de chacun.

En 2013, seul 1% des téléphones mobiles étaient recyclés. Le recyclage n’est pas synonyme de l’envoi du smartphone à un organisme, il peut plus simplement se traduire par la revente d’un appareil ou son don, qui lui donnera une deuxième vie.