Depuis l’arrivée de Free mobile, une véritable guerre a pris place dans un marché auparavant atone. Les consommateurs sont devenus davantage sensibles à la variable prix, d’une manière telle que la 4G si belle et prometteuse a perdu de son panache. Les opérateurs ont choisi de miser sur la concurrence qualitative, à travers notamment une montée en débit, afin de justifier un passé peu glorieux. Pour faire cela, l’ancien trublion des années 90 a misé sur le refarming des fréquences 2G pour obtenir rapidement une couverture nationale de la population. Incompris ou peu apprécié, ce refarming a permis de stimuler une concurrence sur les débits, plutôt que sur les prix. 

Bouygues Telecom

Il est vrai qu’après des années de concurrence atone et une courbe des prix étale, les consommateurs sont devenus plutôt méfiants. L’équilibre de marché à trois n’était pas aussi intéressant pour l’usager qu’il ne l’est actuellement. Aujourd’hui que le marché se stabilise, le consommateur peut (enfin) commencer à choisir son opérateur pour les services fournis et non pour le prix. Sur le combat de la 4G, Bouygues Telecom a beaucoup misé depuis le début. Cependant, certains aiment à dire que cette 4G ne serait pas de qualité… Des raccourcis qui nous semblent facilement manipulables par les concurrents ou les usagers les plus partiaux.

Nous avons donc essayé de distinguer le vrai et le faux en mettant à l’épreuve le réseau, afin de vérifier la légitimité et la pertinence de ces remarques. Aujourd’hui nous discutons de la stratégie de refarming des fréquences 2G utilisée par Bouygues Telecom, c’est-à-dire la réallocation de fréquences 2G pour émettre en 4G. Puis, comme nous vous l’annoncions dans notre dossier sur la stratégie de déploiement Orange, nous poserons à Bouygues Telecom toutes nos questions sur leur réseau (notamment sur la collecte) lors de notre visite du technopole.

Une autorisation de refarming décriée

La possibilité de refarming des fréquences 2G accordée à Bouygues Telecom par l’ARCEP n’est pas vue d’un bon œil par l’ensemble de ses concurrents. L’un d’eux ne possède pas les fréquences adéquates ni le réseau pour en profiter (Free Mobile), les autres ont trop de trafic à absorber avant de pouvoir envisager ce refarming. Difficile alors d’accepter qu’un concurrent puisse avoir de l’avance dans un déploiement grâce à un refarming dont il n’a pas été question lors des précédentes enchères concernant l’attribution des fréquences 4G. De plus, Bouygues Telecom est particulièrement bien équipé en 1800 MHz : ce sont les premières fréquences avec lesquelles il a pu couvrir le territoire en 2G.

Bouygues Telecom

Économiquement parlant, c’est aussi une excellente affaire pour Bouygues Telecom. Comme nous l’expliquions dans notre précédent dossier, en réutilisant les fréquences 2G pour la LTE, Bouygues Telecom a pu faire des économies d’investissements et des économies « administratives ». Grâce à du matériel convergent (multistandard), ByTel a pu émettre en LTE 1800 en réutilisant les amplis de fréquences 1800MHz et les antennes déjà en place, n’ayant donc qu’à ajouter une carte compatible avec le protocole LTE (la partie baseband unit). Evidemment, face à tant de facilité, les détracteurs sont nombreux. Il n’empêche qu’il eut été bien idiot de la part de Bouygues Telecom de ne pas profiter de cette opportunité (neutralité technologique). On rappellera qu’au Royaume-Uni, Orange (à travers sa filiale EE) a usé du même procédé.

Selon les concurrents, cet avantage serait néanmoins la source d’un déséquilibre concurrentiel, notamment parce qu’ils n’ont pas la possibilité de faire de même. Mais il ne faut pas oublier que, même si l’utilisation des fréquences 1800 pour la LTE n’a pas donné lieu à de nouvelles enchères, les conditions financières sont assez rudes (redevance à payer, une part fixe et une part variable) et l’origine de cet avantage provient d’un nombre de clients bien moindre, le rendant aussi plus vulnérable à l’arrivée du quatrième opérateur. Cette réutilisation des fréquences 1800 nous semble donc pas vraiment être de nature à déstabiliser fortement la concurrence, sinon à la stimuler.

Une réaction des autres opérateurs

L’autorisation de refarming 2G semble donc particulièrement pertinente : ByTel a pu avoir un atout pour continuer et résister à la guerre qui fait rage dans les télécoms. De plus, face à la puissance financière d’un opérateur international comme Orange, le refarming est une bonne alternative à court terme, comme pourraient l’être les technologies telles que le VDSL2 ou le G.Fast aux regards des investissements de la fibre. On le voit d’ailleurs très bien avec SFR qui n’a pas mis en place ce refarming : 40 % de couverture depuis le début de l’année, 600 nouveaux supports mis en service quand Orange en ajoute plus de 2500 pendant la même période…

carte 4G bouygues octobre 2013

Les résultats sont là : dès octobre dernier, plus de 63 % de la population pouvait accéder à des débits mobiles à 20-30Mbits/s (supérieurs en moyenne à la 3G et à l’ADSL). Orange a mis les bouchées doubles dans le déploiement pour rattraper son retard, le poussant à déployer des centaines d’antennes chaque mois. Free Mobile a anticipé les périodes de Noël en incluant la 4G sans frais, allant à l’encontre de son principe consistant à ne vendre que ce que l’on peut offrir (sous-entendu, avoir une couverture suffisante). La concurrence sur les prix se déplace ainsi sur une concurrence qualitative sur les réseaux 4G, un excellent point pour le consommateur de data.

Une montée en débit progressive grâce au refarming

Pour contrer l’avance en couverture du réseau 4G de ByTel, les adversaires semblent mettre en avant les moindres débits proposés ; un point que l’on peut mettre sur le compte d’une certaine partialité. Après avoir testé le réseau de Bouygues Telecom, il nous a semblé important de remettre les choses à leur place : le réseau est plutôt performant pour la data, qu’on se le dise.

Ne l’oublions pas, lors du refarming, Bouygues n’a pu mettre que 10MHz dans le pot (car l’autre partie est utilisée par la 2G). C’est deux fois moins que la meilleure bande utilisée par Orange et par Free Mobile ; d’où des débits deux fois moindres. Alors, les arguments mis en avant par les adversaires remettant en question la qualité du réseau de collecte sont pour le moins fallacieux. Au final, ce fameux réseau de collecte ne semble pas mettre en défaut les débits ; à largeur de bande équivalente, les performances semblent parfaitement comparables à celles des concurrents.

Les récents résultats publiés par l’ARCEP récompensent d’ailleurs les efforts que Bouygues Telecom a fournis depuis quelques années en investissant dans la modernisation de son réseau. Le résultat est que le réseau de Bouygues Telecom a bien évolué et que même s’il n’égale pas (en qualité) celui de l’opérateur historique, il peut se targuer d’avoir des scores bien meilleurs que ses deux autres concurrents sur l’usage data. Il est une vraie alternative au réseau d’Orange, n’en déplaise à ses détracteurs.

Synthèse ARCEP

Au final, le seul point regrettable tient à l’utilisation d’une bande de fréquence de 10MHz seulement, ce qui limite forcément les débits. Mais, on retrouve ce même compromis, c’est-à-dire la couverture avant le débit, chez SFR qui mise sur les 10MHz de bande 800MHz ainsi que chez Orange dans les zones moins denses. En faisant le choix de la couverture, Bouygues Telecom a proposé 20-30Mbits/s en moyenne pour 63 % de la population en octobre dernier, 70 % aujourd’hui.

Un vrai clivage

Maintenant que la première phase de déploiement est finie (priorité couverture), la seconde phase de montée en débit peut commencer. Cela se traduit par le déploiement de la norme 4G+, mais surtout par l’augmentation de la largeur de bande 1800, à 15MHz. En pratique, cela va revenir, pour les terminaux 4G actuels, à une montée en débit de 50 %, ce qui est loin d’être négligeable (ci-dessous, une augmentation de 50 % donne des débits talonnant ceux de Free Mobile et Orange).

résultat 4GMark mai 4G

En passant à 15MHz de largeur de bande, Bouygues Telecom pourrait très rapidement rattraper les débits de ses concurrents, sans changement de terminal pour l’usager

Cette nouvelle montée en débit ne va pas inquiéter Orange qui propose des débits supérieurs et une couverture 4G similaire. Ceux qui devraient s’inquiéter sont de l’autre côté de la rive. Aujourd’hui, le problème est bien là. Les propos de certains laissent penser que Bouygues Telecom n’est pas à prendre au sérieux. Mais sur le sujet du clivage technologique, Bouygues Telecom semble du bon côté : d’une part Orange-ByTel qui couvriront chacun 70 % de la population en 4G cet été (dont une partie en 4G+), d’autre part SFR-Free Mobile qui peinent à déployer leurs antennes. Le dernier entrant a cependant beaucoup de raisons de ne pas avoir une excellente couverture : à nouvel arrivant, nouveau réseau. Rien d’ailleurs ne peut nous laisser penser que le réseau Free Mobile ne sera pas performant à l’avenir.

Le plus décevant finalement est le réseau de SFR qui en plus d’obtenir de mauvais résultats en 3G (dus à des pannes, paraît-il), semble proposer une expérience et une couverture limitées en 4G. Ce qui n’est pas vraiment acceptable pour une réseau de cet âge… Les « soi-disant » travaux de modernisation qui sont la cause des récents résultats auraient pu avoir lieu bien plus tôt.

Le procès que certains font à Bouygues Telecom ne semblent pas vraiment justifiés. L’opérateur a certes proposé des débits moindres, mais il a le mérite de l’avoir fait pour 63 % de la population dès octobre dernier… et 70 % aujourd’hui. Certains discours ont alors de quoi faire rire quand ils comparent les débits sans évoquer la couverture, comme si celle-ci n’avait pas d’importance. Avec une augmentation prochaine des débits de l’ordre de 50 %, la stratégie de déploiement de Bouygues Telecom le situe au coude à coude avec Orange, ce qui n’est pas peu dire.