Après avoir réussi à faire bouger plusieurs millions de joueurs avec Ingress, Niantic Inc, une ancienne filiale de Google aujourd’hui devenue autonome, revient sur le devant de la scène avec Pokémon GO, un jeu de réalité augmentée en partenariat avec The Pokémon Company. Un smartphone suffit désormais à réaliser le rêve de gosse de bien des joueurs : devenir un véritable maître Pokémon après avoir chassé et collectionné chacun des 151 monstres de poche.


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« Ça tente quelqu’un d’aller jusqu’au parc pour essayer d’attraper du Caninos et de l’Evoli ? ». « Il y a un Rondoudou à la Porte Saint-Martin ! ». Ces phrases à l’apparence si incongrue sont devenues depuis peu des exemples de dialogues qu’il est possible d’entendre au détour d’une conversation. Le coupable ? Pokémon GO, le nouveau jeu de Niantic et The Pokémon Company qui est devenu avant même sa sortie en France un véritable phénomène. Il a déjà conquis des millions de joueurs dans le monde et compte déjà parmi les applications les plus téléchargées de tous les stores où il se trouve. Mais cela en fait-il un bon jeu pour autant ? Essayons de le décrypter ensemble.

Le choix le plus difficile de votre vie

Comme beaucoup de jeux, Pokémon GO débute par une personnalisation sommaire de son avatar et son baptême. Coupe de cheveux, couleur des vêtements et du sac à dos… les possibilités ne sont pas bien nombreuses et on regrette dans un premier temps que le choix ne soit pas plus varié. Mais le véritable héros du jeu n’est pas réellement ce personnage, qui pourrait très bien n’être qu’un Pegman de Google Street View. Outre le joueur, qui va devoir donner de sa personne pour arriver à ses fins, les véritables protagonistes de ce jeu sont les Pokémon, et l’on se retrouve vite confronté à un choix cornélien, à savoir qui de Carapuce, Salamèche ou Bulbizarre (ou Pikachu) sera votre premier compagnon de route.

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Ce choix s’avère néanmoins bien moins douloureux que sur les jeux d’origine de la licence puisque les autres se retrouvent plus ou moins facilement dans la nature et peuvent donc être capturés par la suite. Notez d’ailleurs que seule la première génération est représentée ici – pour le moment, ce qui limite le roster final à 151 bestioles seulement.

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Les Pokémon de départ.

Je parcourrai la Terre entière

Une fois ces quelques formalités remplies, il est l’heure de se mettre en route pour attraper des Pokémon en réalité virtuelle. Démarre alors un voyage qui demande parfois bien du courage. Application ouverte, on se met à arpenter « in real life » les environs sur ce qui ressemble à un Google Maps proprement et sobrement cartoonisé. Ces balades ont trois avantages : rencontrer des Pokémon pour élargir son Pokédex, se rendre aux Pokéstop (correspondant à des points d’intérêt réels) afin d’obtenir des objets bonus, et les bienfaits de la marche à pied sur l’organisme. À condition bien sûr de faire partie de ces joueurs qui n’hésiteront pas à faire des détours ou à sortir dans le seul but d’attraper des Pokémon.

Et c’est peut-être là l’une des plus grosses restrictions de Pokémon GO. Ceux qui se contentent de lancer Pokémon GO sur leur trajet quotidien verront leur catalogue de Pokémon rapidement plafonner. Après avoir capturé une vingtaine de Roucool, de Nosferapti et de Rattata sans croiser un monstre de poche un peu plus rare, certains risquent de rapidement se lasser et d’abandonner la chasse plutôt que de se motiver à se rendre dans des endroits peut-être mieux garnis.

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Il vous faudra « transférer » vos doublons pour récolter des bonbons servant à améliorer l’un de vos Pokémon.

Il y a la ville, la montagne et la mer…

Chaque localisation est d’ailleurs censée disposer de ses propres Pokémon plus ou moins en rapport avec le lieu. En centre-ville, il n’est donc pas anormal de rencontrer beaucoup d’oiseaux et de rongeurs, tandis que les Pokémon aquatiques sont plus faciles à trouver près des étendues d’eau. Leur densité est cependant assez inégale et il peut être difficile pour ceux qui habitent à la campagne de rencontrer assez de créatures pour réellement s’amuser sans parcourir des centaines de kilomètres.

Des kilomètres, il est de toute façon nécessaire d’en sillonner afin de faire incuber les œufs trouvés en cours de route. Ce point est d’ailleurs assez frustrant puisque la comptabilisation des km est plus qu’approximative, et il n’est pas rare de parcourir un long trajet sans que le compteur n’augmente en conséquence. A contrario, le GPS est très instable, au point que le personnage se déplace parfois tout seul, augmentant le nombre de bornes parcourues.

Pokémon de type plantage

Le bug du GPS n’est d’ailleurs pas le seul du jeu. Si la saturation des serveurs est facilement acceptable au vu de la jeunesse du jeu et du nombre de personnes se connectant en passant par des moyens officieux (en installant un APK sur Android ou en changeant la nationalité de son compte sur iOS), les freezes lors de la capture d’un Pokémon rare sont aussi fréquents que particulièrement frustrants. Dans le même registre, il arrive que l’application semble parfaitement fonctionnelle, mais ne se mette plus à jour, nécessitant un redémarrage pour faire apparaître de nouveaux Pokémon ou changer la liste des créatures proches.

Et lorsqu’il ne plante pas, Pokémon GO est très gourmand. Si vous souhaitez partir à la chasse toute la journée, il est plus que grandement conseillé de vous munir d’une batterie externe, et de couper l’application de temps à autre afin de laisser votre smartphone refroidir.

Je me battrai sans répit

Outre le concept de « tous les attraper », la licence Pokémon repose également sur des affrontements. Pokémon GO ne pouvait donc pas passer à côté de cette dimension et propose de se rendre dans des arènes afin d’affronter le champion local. Le tour par tour n’est cependant pas d’actualité ici, remplacé par un système en temps réel alternant attaques, esquives et coups spéciaux. C’est un noble art, où l’animal et son dresseur ne font plus qu’un.

Pour le comprendre, il faut cependant s’être renseigné auparavant, aucun tutoriel ne nous préparant aux combats. Le jeu au complet manque d’ailleurs cruellement d’indications et mériterait d’être davantage documenté pour éviter d’avoir à se rendre sur des forums spécialisés afin de connaître toutes les finesses de son gameplay.

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Le système de combat dans les arènes reste assez basique.

Un modèle économique acceptable

Devenir maître de l’arène permet non seulement de flatter son égo, mais également de gagner des pièces qui serviront également à acheter des objets dans la boutique in-game. Potions pour soigner ses Pokémon blessés au combat, leurres pour attirer plus de bestioles sur les Pokéstop, Encens pour en découvrir davantage, extension de place dans son sac… Le choix est là, mais rien ne semble obligatoire dans un premier temps. Avec le temps et la montée de niveaux, l’achat d’œufs chance pour accélérer la prise d’expérience pourrait s’avérer plus indispensable, de même que les gadgets permettant de trouver plus de Pokémon afin de faciliter leur évolution.

Parce que si vous souhaitez faire évoluer vos Pokémon, il faudra capturer d’autres membres de l’espèce. Ainsi, votre Carapuce/Salamèche/Bulbizarre choisi en début du jeu risque fort de rester à ce stade un long moment avant de pouvoir un jour devenir un Tortank/Dracaufeu/Florizarre…

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Pour avancer plus vite, il vous faudra des Poképièces… financées en monnaie sonnante et trébuchante.

Des possibilités quasi infinies

L’avenir de Pokémon GO est tout tracé. Au vu du succès de cette première version, il ne fait aucun doute que Niantic va continuer de capitaliser sur sa nouvelle application phare afin d’apporter de nombreuses nouveautés. On peut déjà citer les échanges de Pokémon qui arriveront dans une prochaine mise à jour, et on peut éventuellement s’attendre à ce que les dresseurs puissent se défier, ou encore que les générations suivantes de Pokémon fassent leur apparition petit à petit dans le jeu.

La véritable question est de savoir si ce n’est qu’un buzz temporaire ou si les mises à jour suffiront à faire perdurer la Pokémania encore longtemps.

Note finale du test 7/10
En soi, Pokémon GO n'est pas réellement un bon jeu. Entre ses différents bugs, l'absence de tutoriel efficace, son côté répétitif, son obligation de se déplacer constamment pour espérer avancer ou encore l'inégalité de la répartition des Pokémon en fonction des endroits, il se positionne très loin d'Ingress, qui lui a pourtant servi de base.

Et pourtant, au-delà de cet aspect purement technique, Niantic a réussi une véritable prouesse en capitalisant sur une licence à fort potentiel et en réalisant le rêve d'enfant de nombreux joueurs. Plus qu'un jeu, Pokémon GO est un véritable prodige sociétal, qui arrive à faire sortir de chez eux les plus casaniers, à ressembler les joueurs, et à transformer un simple square en véritable terrain de chasse pour quiconque possède un smartphone. Ce constat est d'autant plus impressionnant que le jeu n'est pas encore officiellement disponible au moment de l'écriture de ces lignes, et que beaucoup attendent encore avant de se lancer dans l'aventure.

Il ne fait aucun doute qu'il y aura un avant et un après Pokémon GO, et peut-être même que cela démocratisera enfin la réalité augmentée à une époque où tout le monde ne jure que par la réalité virtuelle. On peut même espérer que certains constructeurs mobiles feront désormais davantage attention à l'autonomie et au GPS de leurs terminaux afin de faciliter l'accès à cette technologie, ce qui ne serait pas du luxe.

Il est également certain que beaucoup vont rapidement se lasser et ne reviendront peut-être plus jamais sur l'application, mais Pokémon GO parvient à recréer l'addiction des autres jeux de la franchise en misant sur la corde sensible des collectionneurs, mais aussi à faire vibrer la fibre nostalgique de tous les enfants de la fin des années 90/2000. Autant dire qu'il a encore de beaux jours devant lui, d'autant que sa marge de progression est encore énorme avec les échanges de Pokémon qui arrivent, mais aussi l'ajout potentiel de nouveaux Pokémon et d'autres fonctionnalités comme les combats entre amis.

Dans l'idée, Pokémon GO mériterait aisément son 8/10, voire peut-être plus, mais en l'état, ses imperfections sont encore bien trop nombreuses. Aussi, nous garderons un œil sur ce jeu prometteur et ferons peut-être évoluer la note de ce test en conséquence.
  • Points positifs
    • Un concept qui rassemble
    • Une licence marquante
    • De très bonnes idées
    • Bon pour la santé (sauf au volant)
    • Évolutif
    • Un modèle économique équilibré (pour le moment)
  • Points négatifs
    • Beaucoup de bugs
    • Manque cruellement d'indications
    • Vide en campagne
    • Rapidement redondant
    • Beaucoup de choses à ajouter pour arriver au niveau d'Ingress
    • Des évolutions difficiles nécessitant beaucoup d'investissement