La tant attendue solution Google Wifi est enfin disponible en France. Mais présente-t-elle un réel intérêt au pays de la box ? Rien n’est moins sûr !

Google a lancé cette semaine sa solution Google Wifi en France. Il s’agit pour rappel d’une « solution Wi-Fi pour la maison » made by Google, constituée d’un ou de plusieurs points d’accès Wi-Fi, et destinée à améliorer la couverture et/ou les performances de votre Wi-Fi.

Par rapport au Wi-Fi intégré à la box fournie par votre FAI, aux répéteurs Wi-Fi ou aux adaptateurs CPL Wi-Fi commercialisés en magasins spécialisés, la solution Google Wifi associe une grande efficacité, en recourant aux toutes dernières technologies Wi-Fi, à une (trop) grande simplicité, avec une application mobile qui met des fonctions plus ou moins avancées à la portée du premier venu.

Autrement dit, Google Wifi c’est le Wi-Fi dernier cri pour les nuls.

Combien d’utilisateurs ont renoncé à une configuration aussi élémentaire que renommer leur réseau Wi-Fi et choisir un mot de passe mémorisable, parce qu’ils ne savaient pas qu’ils pouvaient accéder à une interface de configuration via un navigateur internet, ou qu’ils ne savaient pas comment en déterminer l’adresse, les identifiants de connexion, ou s’ils franchissaient ces premiers obstacles, renonçaient devant un tel jargon (SSID, WPA2, AES…) ?

Avec Google Wifi, l’application guide le profane pas à pas, de la mise en route aux réglages les plus avancés.

Vérifions ensemble si le produit tient ses promesses.

L’application guide le profane pas à pas, de la mise en route aux réglages les plus avancés

Mise en route

La solution Google Wifi est commercialisée en kit d’un, deux ou trois points d’accès, respectivement pour les logements de moins de 85 m2, de 85 à 170 m2 ou de plus de 170 m2. Bien que mon appartement ne fasse « que » 50 m2, j’ai testé le kit de deux points d’accès, pour expérimenter la technologie mesh (maillage), avec laquelle plusieurs points d’accès forment un seul réseau Wi-Fi commun. (Tandis qu’avec une installation constituée d’une box et d’un extender, il y a deux réseaux distincts, ce qui demande souvent de se connecter manuellement au point d’accès le plus proche.)

 

La configuration initiale est un jeu d’enfant : on branche le point d’accès au courant et on le relie à un port Ethernet de sa box, à l’aide de l’adaptateur USB-C et du câble Ethernet extra-plat fournis. Pendant que l’appareil s’initialise, on installe et lance l’application Google Wifi sur son téléphone Android ou son iPhone. Celle-ci détecte le point d’accès via Bluetooth Smart, se connecte à son réseau Wi-Fi temporaire à l’aide d’un code QR à photographier sous l’appareil, puis vous invite à choisir un emplacement (Salon, Chambre…), un « Nom Wi-Fi » (et non un « SSID »), un « Mot de passe Wi-Fi » (et non une « clé WPA ») et… c’est tout ! Si vous avez des points d’accès supplémentaires, il suffit d’indiquer leur emplacement.

Il faut moins de 5 minutes pour mettre en service un réseau maillé de deux points d’accès.

Fonctions de base

Une fois votre téléphone connecté au nouveau réseau Wi-Fi, l’écran d’accueil de l’application Google Wifi affiche un flux, sous forme de cartes, vous invitant à configurer quelques unes des fonctions de base de la solution.

Vérification du réseau

La première vous invite à « Vérifier le réseau ». La fonction « Vérification du réseau » permet de tester le débit internet en « téléchargement » et en « importation », dans la limite de 200 Mb/s, un débit « généralement assez rapide pour lire en streaming des vidéos 4K » (Netflix diffuse la 4K avec un débit de 16 Mb/s). Elle teste aussi la qualité du maillage, c’est-à-dire la qualité de la liaison entre les différents points d’accès. Elle teste enfin la force du signal entre votre appareil et le réseau.

Wi-Fi familial

Une autre carte vous permet de configurer un « Wi-Fi familial ». Cette fonction permet de regrouper des appareils avec des libellés (par exemple « Enfants ») afin de « suspendre » leur connexion à internet ou de configurer des plages horaires (par exemple « heures des devoirs » et « veilles d’école »). Et nous avons eu accès par erreur à une fonction de blocage de sites Web (filtrage Google SafeSearch et liste de blocage personnalisée), qui sera probablement proposée après une mise à jour.

Vous pouvez ainsi bloquer l’accès à internet via le Wi-Fi, mais si vos enfants disposent d’un forfait 3G ou 4G sur leur téléphone, ils n’auront qu’à couper le Wi-Fi pour contourner le blocage.

Wi-Fi invité

C’est un classique des points d’accès Wi-Fi haut de gamme : la création d’un réseau Wi-Fi invité. Vous lui attribuez un nom et un mot de passe différents.

Contrairement à beaucoup d’autres points d’accès, Google Wifi oblige à protéger ce réseau par un mot de passe. On aurait aimé pouvoir créer un réseau sans mot de passe à activer ponctuellement en présence d’invités (depuis l’application ou même d’une pression sur le bouton de réinitialisation des points d’accès), ou activé en permanence mais avec un bridage du débit et/ou un filtrage des sites et services sensibles.

Autrement quel est l’intérêt du réseau invité, s’il ne dispense pas de dicter le mot de passe aux invités ? Il permet de donner accès à internet à vos invités, mais pas aux données personnelles stockées sur votre NAS par exemple.

Et Google a pensé à une fonction très pratique : vous pouvez choisir des appareils auxquels les invités ont accès, tels qu’une Apple TV, un Chromecast ou une enceinte sans fil, afin qu’ils puissent malgré tout diffuser de la musique, des photos et des vidéos. Cette fonction souffre malheureusement d’une limitation handicapante de la solution Google Wifi, à laquelle nous consacrons l’avant-dernier chapitre de ce test.

Fonctions avancées

La solution Google Wifi se veut accessible à tous, mais elle propose néanmoins certaines fonctions avancées, auxquelles on accède par le biais des deuxième et troisième onglets de l’application.

La liste des appareils permet par exemple de renommer un appareil, de lui donner la priorité (avant une séance de jeu en ligne par exemple), de lui réserver une adresse IP (bail DHCP fixe) ou de configurer un transfert de port.

La rubrique « Paramètres » permet quant à elle d’ajuster la luminosité du voyant des points d’accès, de redémarrer le réseau en cas de défaillance, d’activer ou de désactiver l’IPv6, de choisir les serveurs DNS du FAI, etc. Google Wifi propose malgré tout l’essentiel pour s’adapter à certains besoins spécifiques.

Performances

Caractéristiques techniques

Google Wifi promet « une connexion Wi-Fi rapide et optimisée dans votre maison ». Il combine pour ce faire les dernières technologies Wi-Fi : chaque point d’accès est « AC1200 2×2 Wave 2 Wifi », c’est-à-dire qu’il exploite la norme IEEE 802.11ac Wave 2 et la technologie MIMO 2×2. Ils prennent aussi en charge les technologie mesh (maillage), band steering et beam forming.

Les points d’accès de Google utilisent ainsi automatiquement les canaux les moins encombrés (comme beaucoup d’autres points d’accès, dont ceux intégrés à la plupart des box), mais ils sont en plus capables de basculer automatiquement et à la volée un appareil connecté du 2,4 au 5 GHz en fonction des besoins (portée ou débit) (technologie band steering), et d’émettre les ondes vers les appareils connectés (technologie beam forming, mais il appartient aux appareils de diriger en retour leurs ondes vers le point d’accès).

Précisons que dans AC1200, 1200 est la bande passante maximale cumulée, exprimée en megabits par seconde, que chaque point d’accès peut délivrer simultanément vers plusieurs appareils. Mais le débit maximal théorique pour un appareil est de 867 Mb/s sur la bande des 5 GHz ou de 300 Mb/s sur celle des 2,4 GHz.

Tests de débits

En pratique, même si ma Bbox est assez réputée en tant que point d’accès Wi-Fi fourni par un FAI, la solution Google Wifi fait beaucoup mieux. Mon MacBook Air début 2015 dispose justement d’un contrôleur Wi-Fi AC MIMO 2×2, en mesure d’exploiter pleinement les capacités de Google Wifi. J’ai utilisé l’utilitaire iperf3 pour mesurer les débits Wi-Fi sans mesurer en même temps la connexion à internet.

À 1 mètre de la Bbox Ubee TVW620.I, qui intègre un point d’accès 802.11n MIMO 3×3 délivrant au mieux 450 Mb/s, j’obtiens un débit d’un peu plus de 200 Mb/s.

Alors qu’à 1 mètre du point d’accès Google Wifi principal, après quelques secondes de stabilisation (probablement le temps que le beam forming soit efficace), j’obtiens environ 500 Mb/s !

L’écart entre la Bbox et le Google Wifi se réduit à mesure que la distance augmente

Mais l’écart entre la Bbox et le Google Wifi se réduit à mesure que la distance augmente.

À 1 mètre du second point d’accès Google Wifi, le MacBook Air ne bascule pas automatiquement sur celui-ci, mais reste connecté au premier. Et pour cause, il maintient 250 Mb/s avec le premier, situé à quelques mètres, alors qu’il plafonne à 200 Mb/s après reconnexion forcée au second.

C’est que contrairement à la solution Netgear Orbi, Google Wifi ne dispose pas d’un canal Wi-Fi dédié au backhaul. La bande passante totale du canal 5 GHz du second Google Wifi est donc utilisée à moitié par la liaison avec le MacBook Air, à moitié par la liaison avec le premier Google Wifi : le débit est mécaniquement divisé par deux.

Et du même emplacement, donc à quelques mètres de la Bbox, son signal Wi-Fi N plus robuste ne s’est qu’un peu affaibli, j’obtiens donc un peu moins que 200 Mb/s, pas beaucoup moins qu’à proximité immédiate.

En somme, par rapport à une box convenable, Google Wifi améliore significativement les débits à proximité immédiate, mais le gain est plus négligeable au-delà de deux mètres. Surtout, un second point d’accès Google Wifi n’est absolument d’aucune utilité dans un appartement de 50 m2.

À lire sur FrAndroid : Google Wifi, Linksys Velop, Netgear Orbi : comparatif de solutions Wi-Fi mesh

Si simple qu’il en devient compliqué

Diagnostic

Pour qu’on puisse le relier à n’importe quelle box sans connaissance technique, le premier des deux points Google Wifi ne fait pas seulement point d’accès Wi-Fi, il fait aussi routeur. Il crée ainsi un second réseau, en partie isolé de celui de la box. On parle de double NAT. En termes plus technique, il crée un sous-réseau 192.168.86.0/24, distinct du sous-réseau 192.168.1.0/24 de votre box, avec le point Google Wifi pour routeur et serveur DNS (sauf configuration avancée).

Concrètement, un appareil connecté au sous-réseau Google Wifi peut accéder à un appareil connecté au sous-réseau de la box, mais seulement via la saisie manuelle de son adresse IP. En revanche les appareils des deux sous-réseaux ne peuvent plus se « découvrir » et on ne peut plus les joindre via leur nom d’hôte facilement mémorisables (par exemple http://gestionbbox.lan ou \\Synology).

Solutions

Il existe quatre manières de contourner ce problème, mais chacune présente des inconvénients.

La plus évidente est de connecter tous ses appareils au Wi-Fi du Google Wifi, sachant qu’il assure jusqu’à la diffusion de vidéo 4K. Mais certains préfèrent l’Ethernet pour sa fiabilité et ses performances inégalées, ou par précaution, pour limiter l’exposition aux ondes électromagnétiques.

Autrement les points Google Wifi disposent d’un second port Gigabit Ethernet, permettant de relier un ou plusieurs (via un switch) appareils filaires. Mais les appareils connectés par ce biais rejoignent le sous-réseau Google Wifi : le décodeur TV fourni avec la box de votre FAI par exemple ne fonctionne pas sur ce sous-réseau, ou en partie seulement. En effet, si vous avez une Bbox Miami ou une Freebox mini 4K par exemple (Android TV), il faudra choisir entre le bouquet de télévision IPTV de votre FAI et la fonction Chromecast. Et si vous avez un NAS, il faudra choisir entre un accès facilité à domicile et un accès via internet.

La troisième solution est de renoncer à tous les services fonctionnant exclusivement en réseau local et de ne recourir qu’à des services fonctionnant via internet (cloud). Vous pouvez par exemple diffuser de la musique via Spotify Connect sur un décodeur Android TV depuis un smartphone connecté en 3G ou 4G, donc vous pouvez tout aussi bien le faire depuis un sous-réseau différent. Idem pour synchroniser des fichiers entre son ordinateur et son NAS. Même si c’est le comble de faire un détour de 100 km par internet pour accéder à un appareil se trouvant à 1 m. Malheureusement, ça ne fonctionne pas avec tous les appareils ni avec tous les usages. Par exemple, les fonctions AirPlay et Spotify Connect de mon amplificateur AV ne fonctionnent que depuis un appareil connecté au même sous-réseau.

La quatrième et dernière solution est de basculer le Google Wifi en mode pont, ce qui le transforme en banal point d’accès Wi-Fi. Mais on perd alors la fonction mesh (chaque point d’accès devient indépendant) et la quasi totalité des fonctions, telles que le réseau Wi-Fi invité, le test de débits, etc.

En somme, à vouloir faire si simple, Google impose de se poser beaucoup de questions sur la conception de son réseau, des questions auxquelles il est difficile de répondre sans une bonne dose de connaissances techniques.

À vouloir faire si simple, Google impose de se poser beaucoup de questions sur la conception de son réseau

Confidentialité

Enfin, avant de conclure, évoquons brièvement la question de la confidentialité, qui se pose toujours avec Google, dont les principaux clients sont pour rappel des annonceurs, auxquels il promet de cibler les publicités auprès des internautes, c’est-à-dire vous.

Mais en l’occurrence Google s’engage à ce que Google Wifi « ne surveille pas les sites Web que vous consultez et ne recueille aucun contenu ou trafic de votre réseau ». Les données les plus intrusives collectées par Google sont la localisation de votre point d’accès et les mesures de signaux Wi-Fi qu’il effectue, afin d’améliorer la cohabitation avec d’éventuels Google Wifi voisins. Il collecte autrement des statistiques anonymes.

On peut désactiver ces collectes, mais la désactivation des « Services cloud de Google Wifi », qui permettent par exemple à l’application de déterminer la marque des appareils connectés (selon leur adresse MAC), entraine la désactivation de nombreuses fonctions, et font du Google Wifi un banal point d’accès.

Note finale du test 6/10
Google Wifi tient la plupart de ses promesses, tout en étant contradictoire.

En effet, la solution est d'une simplicité enfantine, mais au point que les choses se compliquent excessivement dès qu'on utilise certains équipements Ethernet tels qu'un décodeur Android TV ou un NAS.

La solution convient donc parfaitement à ceux qui n'utilisent qu'internet (Web, services cloud), mais ils n'ont que faire de porter le débit de leur Wi-Fi de 200 à 500 Mb/s. Les services les plus exigeants, tels que la diffusion de vidéos 4K sur Netflix, réclament tout au plus 20 Mb/s. Quant à la sauvegarde en ligne de quelques gigaoctets de photos et vidéos, qu'importe qu'elle dure 1 ou 10 minutes, puisqu'elle s'opère de toute manière en arrière-plan. Encore faut-il être fibré.

En définitive, Google Wifi n'est vraiment utile qu'à une cible spécifique : à ceux qui ont besoin de plusieurs points d'accès pour couvrir leur logement (grand appartement, maison), auquel cas ils auraient tort de se priver du Wi-Fi maillé.

Autrement, ceux qui veulent simplement remplacer le Wi-Fi défaillant de la box de leur FAI pour leur appartement de moins de 80 m2 peuvent aussi bien se tourner vers un routeur Wi-Fi conventionnel, tel qu'un TP-Link Archer C5, certes moins joli, mais presque aussi facile à configurer avec l'application TP-Link Tether, et tout aussi performant, pour deux fois moins cher. Les clients d'Orange peuvent quant à eux se tourner vers l'Extender Wi-Fi Plus, qui fonctionne de concert avec la Livebox, pour 90 euros.
  • Points positifs
    • Simple
    • Performant
    • Joli
  • Points négatifs
    • Excessivement simple
    • Excessivement performant pour la cible

Prix et disponibilité

La solution Google Wifi est disponible depuis le 26 juin 2017 en France. Trois kits sont proposés :

L’alternative TP-Link Archer C5 est soldé par Materiel.net pour 70 euros au lieu de 90. Et l’Extender Wi-Fi Plus d’Orange est vendu 90 euros.