En voilà une rencontre enrichissante, celle de Geoffrey Dorne, designer et créateur de Design & human, une agence design « plutôt radicale ». Nous avons pu l’interroger sur tous les sujets que l’on a à cœur : Material Design, Flat design, Android Wear mais aussi au sujet de sa conférence « Petit design, pour grande humanité ».

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Sa conférence « Petit design, pour grande humanité », à la Droidcon Paris, était une conférence assez atypique, en regard des autres conférences de l’événement. Avec seulement cinq designers dans la salle, Geoffrey Dorne s’adressait surtout aux développeurs : « Qu’est-ce que n’est plus le design aujourd’hui ? Design d’objectif, produit, mobilité... A quoi sert le design ? Et comment avec de petites choses bien pensées, pour lesquelles on a pris soin de penser à l’utiliser, comment ça change le quotidien des gens ? le confort mais aussi leurs ambitions ?« .

 

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Jugaad, l’innovation frugale

Comme exemple, il aime évoquer le concept indien de jugaad, ce que l’on appelle également l’innovation frugale. C’est un modèle de recherche alternatif ;  les Indiens ont appris à développer des solutions frugales et économes – ces solutions sont faibles en coûts et en ressources naturelles – mais elles sont également flexibles. Un modèle qui commence à arriver aux portes des grandes entreprises occidentales, trop habituées à dépenser des milliards de dollars en Recherche & Développement.

 

Le contexte humain

Un de mes sujets préférés est la sensibilisation au contexte, c’est également un sujet important pour Geoffrey. « L’humain, l’utilisateur, la société… il ne faut pas créer quelque chose de déconnecté, en dehors des usages, il faut se poser d’abord la question de l’humain, sociologique, celle des usages… il faut observer. Quand on observe, on commence à prototyper – quand on voit quelqu’un coincer sur une application, on se dit : il y a peut-être quelque chose à faire, à changer à son quotidien« . Théoriquement, sa vision est simple : on observe les usages, on prototype, puis on met à l’échelle et on regarde si ça change le quotidien.

 

Pourquoi le flat design ?

Pourquoi le flat design est-il adopté à ce point ? C’est la question que nous avons posée. Sa réponse est limpide : c’est lié aux écrans tactiles. « A l’époque où l’on découvrait les écrans tactiles, il fallait sur-signifier les boutons, montrer qu’ils sont cliquables… Aujourd’hui un bouton avec un rectangle avec un pictogramme, on sait que c’est cliquable. Aujourd’hui, il suffit de signifier seulement. »

Côté développement, « (…) c’est un design que l’on peut faire en code. Cela se déploie facilement, ça rentre dans les templates… (…) Mais le flat design, c’est plat : pas de grande valeur, ce n’est pas péotique, ni immersif, ni narratif« .

Geoffrey Dorne salue les avancées de Google avec le Material Design, « le design animé, avec des interactions, cela se met doucement en place, les objets plus vivants, plus animistes ; avec le flat desing les interfaces sont parfois trop mortes, trop inertes.« .

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Son application favorite, c’est l’application Path : « (…) une sensation intime, on aide des gens, quelque chose d’émotionnel assez fort. Cest confortable, ils ont trouvé l’ingrédient ».

 

Les gens communiquent avec des émotions

Il a évoqué également l’Apple Watch, Geoffrey Dorne trouve intéressant la possibilité d’échanger des dessins, des battements de cœur à distance : « la communication passe par l’image. Les jeunes utilisent que les stickers sur Whasapp, sans texte, juste des smiley, ils communiquent avec des émotions« .

 

Avec la montre connectée, tout est réimaginé

Les montres : « tout est réimaginé, les usages sont différents au poignet, ces montres sont tournées vers l’extérieur, tournées vers le monde, l’usage est sportif (…). Les usages vont commencer à arriver, avec une expérience nouvelle et différente. Aujourd’hui, on mime encore le smartphone, ce n’est pas le comportement à avoir. On va pouvoir aller loin, au-delà de la santé et du bien-être. »

Geoffrey Donre y croit-il ? « J’y crois, dans les faits les gens vont l’acheter, ils vont l’utiliser pour le sport et la santé – les capteurs – mais je suis encore curieux. ». Pour lui, un bon produit : c’est un produit détourné, « des gens vont se l’approprier« .

 

Le smartphone, obsolète ?

Le smartphone, c’est pour lui un ensemble de capteurs, il est déjà remplacé, il finit dans la poche ou le sac, les usages sont installés, l’objet devient moins intéressant. Aujourd’hui, « on parle d’objet connecté, de villes connectées, de mondes connectés… Créer un objet dédié à la connexion, c’est comme créer aujourd’hui un objet dédié à l’électricité… on ne dit pas qu’un objet est électrifié aujourd’hui« .

 

Et le rapport du développeur vis-à-vis du design ?

La valeur du développeur n’est pas seulement dans la ligne de code, « elle est dans l’intelligence derrière. C’est une question d’usages en amont, l’intelligence que l’on met. Les développeurs prennent conscience que le métier évolue, ils veulent faire du design, ils pensent aux fonctionnalités, ils veulent tester, et produire eux même. Pas seulement faire du code.« .

Les problématiques se rejoignent : « (…) faire du design utile, faire du code utile, faire du design, agréable, fluide, simplifié, que cela fasse rêver… on est capable de créer pour changer le quotidien.« .

Retrouvez Geoffrey Dorne sur Twitter et sur son blog.