Motorola a enfin dévoilé le Moto X. Comme prévu par les nombreuses fuites qui ont précédé l’annonce d’aujourd’hui, le Moto X n’est pas un smartphone Android ultra haut de gamme destiné à aller concurrencer les meilleurs téléphones du marché : Samsung, HTC, LG et Sony. Au contraire, il s’agit d’un smartphone milieu de gamme. Pari risqué pour Google ?

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Quand Samsung a dévoilé le S4, la dernière star de la gamme Galaxy généralement considérée comme l’élite des smartphones Android, deux choses se détachaient. La première est que, comme d’habitude, il était le smartphone le plus puissant, avec un processeur similaire à ses concurrents principaux. La seconde est que le téléphone inclut de nombreuses fonctionnalités extrêmement personnalisables et, pour l’utilisateur moyen, presque certainement trop complexes. Apple a toujours adopté l’approche contraire, en favorisant la simplicité et la facilité d’utilisation au lieu de satisfaire les quelques personnes qui ont le temps et les connaissances pour affiner à fond l’utilisation de leur téléphone.

Avec le Moto X, le duo Google / Motorola semble adopter une approche beaucoup plus proche de celle d’Apple. En effet, je suis persuadé que Apple a depuis longtemps compris qu’il est inutile d’entrer dans une bataille pour savoir qui a plus de stockage ou le processeur le plus rapide. Tout ce qui importe à la plupart des gens est de savoir si les « choses fonctionnent ». Google a créé un smartphone « milieu de gamme » sous Android qui devrait satisfaire les besoins de tous.

Google et Motorola ont construit un téléphone qui devrait se différencier à travers l’expérience au jour le jour, alors que la plupart de ses concurrents se sont engagés dans une course de performance abstraites ou de caractéristiques exotiques – mais rarement utilisées – ou dans une course « qui est le moins cher ».

Quel intérêt pour Google ?

Depuis le rachat de Motorola, 12 milliards de dollars, les analyses et rumeurs se multipliaient. Même si Motorola représente, avec Nokia, l’un des plus beaux et plus valorisés porte-feuilles de brevet dans la téléphonie, la valeur de ses derniers étaient estimés à 6 milliards alors que Google a dépensé 12 milliards pour ce rachat. Les premières annonces de coupe budgétaire avec la fermeture d’usines, les plans sociaux… n’annonçaient pas les meilleurs jours pour l’entité américaine toute juste rachetée. L’intérêt principal de Google dans cet achat est clair : préserver l’écosystème Android des actions en justice. Toutefois, à 12 milliards la protection judiciaire, autant en faire autre chose, non ? Alors quelles sont les autres intérêts de Google pour Motorola ?

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Pour comprendre l’intérêt qui réside dans Motorola, il faut analyser les trois principaux métiers de Google. Search et YouTube, permettent à Google de dégager des milliards de dollars par an à partir de la publicité. Ensuite, les services comme Drive, Google+ et bien sûr Android, maintiennent les utilisateurs dans la galaxie Google et multiplient le nombre d’affichages de publicités en rendant les utilisateurs dépendant de services web. Et puis il y a des projets comme les voitures sans conducteur,  les Google Glass… qui sont des projets d’innovation. Ils ne rapportent pas d’argent et n’ont pas beaucoup d’utilisateurs réels.

Motorola est un nouveau métier pour Google. Motorola ne vend plus beaucoup de téléphones (surtout en dehors de l’Amérique du Nord) et perd de l’argent… De plus ce nouveau métier pourrait mettre mal à l’aise les constructeurs Android tels que Samsung, LG, HTC, Sony, Acer… Alors pourquoi Google se lance t-il dans ce nouveau métier ?

Voilà ma théorie. Google est une entreprise de médias, et non une société de technologie – 85% de leur chiffre d’affaires total, après tout, provient de la publicité. Et les entreprises de médias font face à une problématique majeur : la distribution. Il faut que Google fasse en sorte que ses publicités soient vues. Les obstacles sont nombreux : le Web, les services, les OS, les navigateurs, les réseaux telecom, le matériel… Autant d’obstacles et de risques à éliminer.

D’ailleurs, l’objectif stratégique de Google a été d’éliminer ces obstacles. Ils ont déjà commencé : les services (Google Drive, Google Maps, Google+, etc.), les OS (Chrome OS et Android) ou encore le navigateur (Chrome). Google doit faire en sorte qu’aucun acteur ne puisse lui étouffer l’accès aux utilisateurs.

C’est pour cela que Motorola intéresse Google. Les consommateurs n’associent pas Google avec « smartphones ». Alors que Motorola résonne aux oreilles des consommateurs. Un nouvel obstacle à lever.

Motorola fait de la recherche

Dans un article sur Wired, on apprend que Google a décidé d’investir massivement dans un groupe de recherche chez Motorola, Advanced Technology and Projects (ATAP).

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Pour ce faire, Motorola a embauché le chef du DARPA, Regina Dugan. DARPA pour Defense Advanced Research Projects Agency, un organisme gouvernemental qui doit faire en sorte que les Etats-Unis ne soient jamais largués sur le plan technologique (militaire). Une petite partie du travail de ce groupe apparaît déjà sur le Moto X à travers des technologies liées à la NFC, la technologie sans contact. Néanmoins les limites de « recherche » n’existent pas, des drones, en passant par les voitures, aucune limite n’a semble t-il été fixée.

Google veut « pousser la technologie »

Un casque aux couleurs assorties, une coque en bois véritable, des paramètres personnalisées… Motorola a trouvé un créneau porteur dans la personnalisation à outrance. En tout cas, cette annonce nous laisse présager que du bon pour Google. Avec Android, Motorola, Google Glass… Google veut pousser la technologie. D’ailleurs, Google a annoncé qu’ils n’étaient pas pressés que Motorola soit de nouveau « rentable ». Pour information, Motorola a perdu 342 millions de dollars au cours du second trimestre 2013. Toujours dans l’article de Wired, le groupe californien déclare déjà penser à des technologies avancées avec des écrans flexibles, incassables… mais aussi aux marchés en développement avec des produits à faibles coûts.

Le Moto X promet d’être un smartphone fantastique, mais le timing est juste. Les poches profondes de Google ne garantissent pas que le Moto X soit un succès. Même si je trouve que l’approche est rafraîchissante, Motorola revient de loin et le pari est risqué. Google n’a certes plus grand chose à perdre mais l’expérience à « 12 milliards de dollars » commence aujourd’hui avec le Moto X.

D’un point de vue très personnel (de technophile), je suis assez déçu « à chaud ». Je m’attendais que le Moto X soit accessible et qu’il intègre de grosses innovations technologiques. Malheureusement, je suis loin d’être satisfait – surtout lorsque l’on avait été surpris par la stratégie de distribution du Nexus 4  un an auparavant. Aucune des caractéristiques annoncées ne m’a convaincu. Surtout que Google Now ne fonctionne pas si bien hors de l’Amérique du Nord …