Étrange paradoxe que celui de l’industrie du téléphone portable. Tous les ans, tous les trimestres ou tous les mois, les constructeurs remettent en cause la technologie des appareils qu’ils viennent tout juste de commercialiser. Il faut systématiquement que le prochain téléphone soit plus puissant, plus performant, plus beau. Mais le concept même du téléphone en tant qu’objet n’est jamais remis en cause. Il s’agit d’un appareil constitué d’un seul bloc, recouvert d’une coque cachant tous les secrets de sa puissance. On achète alors un produit relativement coûteux et quand il ne fonctionne plus, il suffit d’en reprendre un autre, sans se poser plus de question sur ses défaillances. Nous sommes habitués à acheter, consommer puis jeter. Et c’est exactement ce système pernicieux que le Project ARA veut remettre en question. Mais sommes-nous réellement prêts pour ça ?

Project ARA

PhoneBlocks, Project ARA, une même idée trouvée en deux endroits différents

Pour ceux qui n’auraient pas suivi les quelques annonces de Google à propos de Project ARA, un petit rappel s’impose. On a souvent tendance à penser qu’il s’agit à l’origine d’une idée émise par Dave Hakkens, un Néerlandais qui en avait assez de jeter ses appareils électriques alors qu’un seul et minuscule composant ne fonctionnait plus. Ce dernier a alors lancé la campagne PhoneBlocks en septembre 2013 avec une vidéo fort bien réalisée, que l’on peut voir ci-dessous :

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La vidéo a été mise en ligne en septembre 2013 et a été vue plus de 20 millions de fois.

Dave Hakkens n’a pas pour ambition de construire lui-même un téléphone de ce genre-là. Il n’en a pas les moyens ni les connaissances. Mais il désirait faire comprendre aux grandes sociétés du mobile qu’il existe aujourd’hui un public réceptif à ce genre d’initiatives. Une initiative réussie si l’on en croit l’ampleur de la couverture médiatique et l’enthousiasme du grand public. Suite à ce premier appel aux téléphones modulaires, deux sociétés ont répondu présentes : ZTE via le très (très) discret projet Mobius et surtout Google par l’intermédiaire du très médiatisé Project ARA. Il semble toutefois que le Projet ARA ait démarré bien avant la campagne de Dave Hakkens. Google a en réalité repris un projet de téléphone modulaire commencé en 2011 en partenariat avec Motorola, qu’il avait alors racheté quelques mois auparavant. Les deux projets ont, semble-t-il, été pensés séparément et Google s’est ensuite rapproché du projet Phoneblocks lors de l’annonce du projet ARA fin 2013. Quoi qu’il en soit, ARA est actuellement le projet le plus avancé et le plus documenté, et c’est donc sur lui que nous allons nous pencher.

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Le téléphone modulaire en une image. Un châssis central peut acceuillir des modules standardisés que l’utilisateur peut changer à volonté.

Qu’est-ce que le Projet ARA et quelles sont ses promesses ?

Le Projet ARA a pour « simple » but de construire un téléphone modulaire et de le commercialiser au début de l’année prochaine. Autant dire que c’est un sacré objectif que s’est imposé là Google. Le principe de ce téléphone très spécial, c’est qu’il doit permettre à l’utilisateur de choisir et de remplacer lui-même tous les composants qu’il souhaite, quand il le souhaite et de la façon la plus simple possible. D’où le terme de modularité. Pour ce faire, le Projet ARA devrait être vendu « nu », c’est-à-dire qu’il sera constitué uniquement d’un châssis (nommé par les ingénieurs de Google endosquelette). Le dos de l’appareil, disposant d’une colonne verticale et de côtes, permettra alors d’accueillir des modules, des blocs que l’on attachera a ce châssis et qui feront office de composants au téléphone. Libre ensuite au propriétaire de ce téléphone de choisir ce qu’il veut mettre dedans : une batterie plus ou moins grosse, un appareil photo plus ou moins performant, un processeur plus ou moins puissant, un clavier en façade ou non, etc. Mieux, ces modules auront des tailles standardisées. Voulez une grosse batterie, mais un petit processeur ? C’est possible. L’idée est terriblement séduisante et dispose par-dessus tout d’un bon paquet d’arguments pour attirer les foules.

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Trois tailles de téléphones sont prévues. Elles partagent toutefois le même design général, à savoir une colonne vertébrale et des côtes destinées à séparer les modules.

 

Le premier téléphone réellement écologique

Le premier et certainement le plus important est l’écologie. Sur n’importe quel appareil électronique, lorsqu’une pièce lâche à un moment donné, il est souvent impossible pour monsieur tout le monde de la remplacer, par quelque moyen que ce soit. Faute de connaissances techniques suffisantes ou de matériel, il est impossible de remplacer la pièce défectueuse. Ou alors le constructeur propose de prendre en charge l’appareil défectueux. Et bien souvent, il est préférable et plus rentable pour ce constructeur de renvoyer un appareil neuf à l’utilisateur plutôt que de perdre du temps et de l’argent à remplacer ladite pièce. Les déchets électroniques qui en résultent sont considérables et grossissent tous les jours en même temps que l’accès aux nouvelles technologies se démocratise. Avec le Projet ARA, la question ne se posera même plus. Si une pièce lâche, il suffit de la remplacer et d’en racheter une autre. Les modules seront interchangeables entre eux et seront basés sur un standard sur lequel travaillent actuellement les équipes de Google.

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Différentes configuration du téléphone en façade. Il est possible de choisir la taille de son écran, de mettre un ou des haut-parleurs, d’ajouter un clavier, etc.

 

Un téléphone capable de tenir 5 à 6 ans

Le deuxième argument de taille concerne les économies possibles grâce à un téléphone modulaire. Actuellement, et du fait de l’état encore peu avancé du projet, aucun prix n’a été avancé par Google. La première conférence au sujet de Project ARA a tout de même permis de savoir que l’endosquelette en version mini (trois formats sont prévus : mini, medium et large) devrait coûter 50 dollars à concevoir. Ce qui ne signifie absolument pas qu’il sera vendu dans le commerce à ce prix. Ensuite, il faudra ajouter les modules de son choix, dont on ne connaît pas pour le moment le coût. Difficile d’estimer leur tarif actuellement, puisqu’on ne sait encore ni comment ni combien ils coûteraient à produire. Il faut bien préciser que les technologies présentes dans ces modules ne sont pas encore finalisées (on vous en reparle plus bas). Quoi qu’il en soit, Google annonce que le châssis devrait avoir une durée de vie de « 5 à 6 ans » et qu’il devrait donc être capable de recevoir régulièrement (en fonction du désir de l’utilisateur) quelques modules en plus ou en moins pour mettre son téléphone technologiquement à jour. L’idée est parfaitement cohérente, responsable et économique, mais n’est pas sans poser de nombreuses questions.

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Google ne monte d’ailleurs pas ce projet de façon purement désintéressée. Car l’autre aspect économique et crucial d’un téléphone modulaire, c’est de permettre à Google de proposer « l’Android du hardware ». Il faut comprendre par là que le géant du web espère mettre dans les mains des consommateurs un produit dont le ticket d’entrée n’est pas très élevé, mais qui leur laisse ensuite le choix dans ce qu’ils veulent mettre à l’intérieur. Et dans l’idée, Google compte mettre en vente les modules directement sur son Play Store. Une manière aussi pour Google de proposer un nouveau standard de téléphones et de s’émanciper partiellement des constructeurs traditionnels d’appareils mobiles. Enfin, faut-il le préciser ? Le Projet ARA est un téléphone Android. Quitte à établir un nouveau standard de téléphone, autant qu’il soit installé sur un OS que Google contrôle.

 

Où en est le Project ARA aujourd’hui ?

Google avait exposé en début d’année une roadmap aussi précise qu’ambitieuse. Afin de bien voir l’évolution du projet, trois conférences réparties tout au long de l’année ont été planifiées et une première commercialisation est idéalement prévue pour le début de l’année prochaine. Les conférences étaient initialement prévues en avril, juillet et septembre 2014. Si la première conférence a bien eu lieu, aucune information sur les deux autres n’a été communiquée. Tout juste sait-on qu’un rendez-vous autour du projet est désormais prévu pour l’automne.

On ne reviendra pas ou peu sur la première présentation, qui a été l’occasion pour Google d’introduire son projet auprès du grand public. Elle a surtout été l’occasion d’apprendre que le projet est mené en interne chez Google par une toute petite équipe de trois d’ingénieurs (menée par Paul Eremenko et élargie depuis) épaulée un grand nombre de sociétés prestataires. Il ne s’agit donc pas d’un gros budget, mais, nous dit Google, sans prestataires, le projet aurait nécessité des dizaines d’années pour être fonctionnel. Soit.

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Les modules ne seront pas uniquement des composants basiques du téléphone. Il sera également possible d’y attacher des caméras difficile à intégrer sur les smartphones actuels.

La seconde présentation du Project ARA a eu lieu lors de la dernière Google I/O qui s’est tenue à la fin du mois de juin dernier. Et pour être franc, elle n’a pas été très longue ni particulièrement impressionnante. Tout d’abord, elle était perdue au milieu de la conférence dédiée à ATAP (Advanced Technology and Projects), la branche R&D de Google, et présentée comme un projet comme les autres.

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Le Project ARA est présenté à partie de 20:30 et dure tout juste 15 minutes.

 

Ce qu’il faut retenir de cette conférence, c’est que les tous premiers prototypes sont à peine fonctionnels, mais qu’ils peuvent désormais booter sous Android. Ce n’est pas rien, puisque lors de la première présentation du téléphone en avril 2014, celui-ci était incapable de booter sur le moindre OS. Elle a aussi été l’occasion de présenter les avancées réalisées : miniaturisation des aimants et des composants des modules, problèmes posés par Android (qui, rappelons-le, ne supporte pas encore la modularité), design, etc. De fait, cette présentation a presque posé plus de questions qu’elle n’a apporté de réponse.

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Le premier prototype du Project ARA qui a pu booter sur Android.

Enfin, la dernière conférence devrait normalement se tenir à l’automne prochain, sûrement au mois de novembre. On sait que les premiers exemplaires de tests du projet ARA vont être envoyés à une poignée de testeurs dans le monde. Mais on ne sait actuellement pas grand-chose de ce dont sont capables ces premiers prototypes.

Un projet basé sur des technologies encore non finalisées

Si le projet avance donc à son rythme du côté de Google, on s’étonnera des délais extrêmement serrés de la roadmap mise en place. Car le projet ARA pose de nombreuses questions. La première et la plus importante reste bien entendu la faisabilité technique de la chose. Paul Eremenko insiste sur le sujet : Google s’en donne les moyens. Mais on a l’impression aujourd’hui qu’il débroussaille pratiquement seul le sujet de la modularité dans les téléphones. C’est en tout cas la sensation que laissait son exposé sur le sujet lors de la Google I/O.

Les modules reposent sur trois technologies en cours d’élaboration

D’un point de vue technique, le projet ARA repose sur trois technologies qui ne sont pas encore totalement mûres. La première est Unipro. Il s’agit d’un protocole d’interface très rapide qui permet au projet ARA de faire communiquer les modules entre eux à travers les circuits de l’endosquelette. Le Projet ARA se base sur la dernière version de ce standard, qui n’est pas encore parfaitement aboutie : il ne permet pas encore par exemple le hot plugging (le changement d’éléments à chaud).

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Les modules représentent un véritable défi technologique. Les broches encadrées permettent de faire circuler les informations et le courant dans le module. Elles sont encadrées à gauche et en bas par les aimants électro-permanents.

Deuxième technologie nécessaire à l’aboutissement du projet, pour que les modules puissent communiquer physiquement entre eux, ils utilisent des broches capacitives M-PHY (au nombre de 10 : 8 pour la data, un pour le courant et un dernier pour la terre) qui permettent de connecter le module à l’endosquelette afin de faire transiter des informations. L’avantage de ces broches – pensées pour fonctionner avec le protocole Unipro – c’est qu’elles ne nécessitent pas d’être enfoncées dans l’appareil pour faire passer les données. Ce qui évite de les user ou des abîmer lorsqu’on change le module de place.

Dernière technologie utilisée, les aimants électro-permanents, qui vont « coller » les modules à l’endosquelette. La particularité de ces aimants (qui sont à la fois des aimants permanents et des électro-aimants), c’est qu’il est possible de changer leur état (émettre un champ magnétique ou non) à la demande, simplement en faisant passer du courant. Si de tels aimants existent actuellement dans l’industrie lourde, leur miniaturisation au niveau des modules est encore à l’état expérimental.

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Android n’est pas prévu pour fonctionner sur des téléphones modulaires

On l’aura compris, le Projet ARA compte sur l’avancée rapide de technologies pas encore tout à fait au point pour offrir une meilleure modularité au téléphone. C’est très loin d’être gagné actuellement, mais l’équipe de Google y croit dur comme fer. Le deuxième défi technologique à relever – en plus de l’aspect électronique des modules – tient à Android. Car actuellement, Android n’est pas adapté aux différents modules qui viendront s’installer sur le téléphone. D’autant plus qu’il est inscrit dans le cahier des charges du Projet ARA que le hot swapping (ou hot plugging) des modules doit être possible. Autrement dit, le futur utilisateur doit être capable d’enlever un module et d’en mettre un autre sans avoir à rebooter le téléphone. Actuellement, Android n’est pas capable de reconnaître un nouveau composant sans que celui-ci soit préalablement installé via un driver spécifique. L’OS devra donc, sans redémarrer, être capable de charger les pilotes du module électronique qui vient d’être branché. Dans la réalité, il y a de bonnes chances que l’achat d’un nouveau module se traduise systématiquement par le téléchargement de drivers dédiés. Ce qui rend la chose beaucoup moins glamour…

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Android n’est actuellement pas capable d’installer des drivers de nouveau composants à la volée. Et le sujet n’a pas été abordé une seule fois durant la présentation d’Android L lors de la dernière Google I/O.

 

Bref, d’un point vu purement technologique, le Project ARA nécessite encore énormément de travail de la part de son équipe. Au point qu’il serait légitime aujourd’hui de douter d’un début de commercialisation au début lors du premier trimestre de l’année prochaine. Mais Google y met les moyens. Et son but n’est pas tant de commercialiser un téléphone modulaire parfaitement fonctionnel, en trois formats différents, et dotés d’un nombre incroyable de modules, que de montrer au grand public et aux constructeurs qu’il est réellement possible de le sortir et surtout de le commercialiser. Quand bien même les premiers téléphones ARA seraient des téléphones modestes aux possibilités de modulation limitée, le simple fait qu’ils existent serait un signe important pour le marché du téléphone.

Est-on vraiment prêt à acheter des téléphones modulaires ?

À ces nombreuses limitations technologiques, se pose également la question du marché. Sommes-nous réellement prêts à acheter des téléphones modulaires ? Un public de technophile aurait certainement tendance à dire oui. Pour le grand public, c’est beaucoup moins certain. Car les habitudes ont la vie dure. Il ne faut pas oublier que dans les principaux critères de décision de l’achat d’un téléphone le design, au sens pratique du terme, est un élément important. Et de ce point de vue, ARA aura la lourde tâche de convaincre que l’on peut se passer d’un téléphone tout-en-un.

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Les premiers modèles disposent d’un design assez séduisants.

Comment savoir quels composants mettre dans le téléphone ?

Le premier problème, évident, tient à sa nature modulaire. Demandez à une personne non-technophile de citer au moins trois composants majeurs nécessaires au bon fonctionnement d’un téléphone. Personnellement, je ne suis pas certain qu’elle parvienne à tous les citer. À l’instar des tours de PC que l’on peut monter soi-même, seul un public d’initié sait exactement ce qu’il peut mettre ou ne pas mettre dans un téléphone. Le châssis de base d’un téléphone ARA comprendra une petite batterie et un peut-être un écran. Mais comment choisir son processeur, son antenne WiFi, son appareil photo ou encore sa batterie lorsqu’on n’y connaît pas grand-chose ? De fait, il y a peu d’objets du quotidien qui disposent d’une technologie modulaire. Pire, à l’exception des voitures – et encore – peu de gens savent aujourd’hui quels sont les technologies, les pièces ou les composants qui sont présents à l’intérieur d’un appareil qu’ils utilisent au quotidien. Je doute, peut-être à tort, qu’ils parviennent à s’intéresser aux composants.

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Et puisqu’on parle du design, Google a très peu parlé de l’aspect et du poids du téléphone. Actuellement, Google a décidé de faire en sorte que les modules soient bien visibles parce que c’est ce qui représente le mieux aux yeux des consommateurs un téléphone modulaire. On sait également que les modules pourront être personnalisés. Il sera ainsi possible d’appliquer une couleur, un motif ou une image de son choix, et ce, de manière rapide et peu coûteuse grâce aux imprimantes 3D. En revanche, on ne connaît pas encore le poids exact de la bête surmonté de modules. Et Google n’a jamais vraiment communiqué à ce sujet. Un point pourtant important lors de l’achat d’un téléphone.

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Il sera également très difficile d’intéresser les constructeurs traditionnels de téléphone de fabriquer totalement ou partiellement des téléphones modulaires. Alors que Samsung, HTC ou encore Apple voient leurs ventes stagner ou décliner au fil des années, l’arrivée d’un nouveau standard dans le monde de la téléphonie n’est le genre de nouvelle qui va les réjouir. Proposer une durée de vie des téléphones plus longue et un unique châssis est une menace directe pour leurs ventes. Partant de ce constat, comment les convaincre de créer des composants ou d’apporter leurs idées au projet. Google est déjà assez envahissant en tant que simple éditeur d’un OS, alors en faire un concurrent direct dans le milieu du hardware est quelque chose de particulièrement risqué pour eux.

Le problème du besoin : qui voudra acheter un tel téléphone ?

Le constat est peut-être pessimiste, mais je pense actuellement que le grand public n’est pas encore mûr pour accepter le projet ARA. Les appareils connectés fonctionnent bien plus grâce au marketing que par les idées révolutionnaires qu’ils peuvent apporter. À vrai dire, je suis aujourd’hui persuadé qu’il y aurait une véritable demande pour les téléphones modulaires si il y avait une véritable nécessité économique ou une véritable prise de conscience écologique. Est-on réellement prêt à faire des efforts et à sacrifier de la puissance, de la beauté ou de l’autonomie pour des causes qui nous paraissent aussi futiles aujourd’hui ? Personnellement, non, et je pense que c’est le cas d’un grand nombre de personne.

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Alors, à qui s’adresse ce téléphone ? C’est indéniablement un marché compliqué à évaluer puisque la demande pour ce type de téléphone n’existe pas encore. On peut toutefois déjà y inclure des technophiles enthousiastes, des amateurs de nouvelles technologies et peut-être (pour la première fois dans un produit high-tech) des gens qui désirent consommer de manière responsable. Est-ce que cela fera de ce téléphone modulaire un succès commercial ? Rien n’est moins sûr. Mais s’il existe aujourd’hui une seule entreprise qui possède les moyens et la volonté de faire changer les choses (de façon intéressée, il ne faut pas s’y méprendre pour autant), c’est bien Google.

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À mon sens, l’autre point extrêmement important concerne l’aspect écologique, aujourd’hui totalement occultée par tous les constructeurs de produits high-tech. Dans le milieu des nouvelles technologies, nous avons tendance à être cyniques quand il s’agit de parler de l’environnement, alors que les appareils dont nous parlons tous les jours font partie de ses plus grosses menaces. Le sujet n’a encore jamais été abordé par le moindre constructeur de téléphone d’importance, si ce n’est pour vanter des coffrets en carton recyclé et des chargeurs intelligents. Il est tellement rare de voir les choses avancer dans ce domaine qu’on ne peut qu’espérer que ce projet permette simplement un début de prise de conscience.

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Pour autant, faut-il enterrer le Projet ARA avant même sa naissance ? Non, bien sûr que non. Le projet ARA va apporter énormément de fraîcheur dans l’industrie du téléphone. De fait, le Projet ARA semble pour le moment plus une exploration – un moon shot – destiné à secouer une industrie qui a tendance à innover de moins en moins. Il aura indéniablement des répercussions sur la façon dont nous utilisons nos téléphones, mais ce ne sera sûrement pas pour l’année prochaine… Et pour être un véritable fan de ce projet, j’espère sincèrement que ce ne sera pas le cas.