Il y a deux semaines, Samsung invitait une partie de la presse au Samsung European Forum 2015. Le constructeur présentait alors à ceux qui n’avaient pas eu la chance de se rendre au CES les produits présent sur place. C’était surtout l’occasion pour la marque coréenne de répéter un message original déjà entendu au début du mois de janvier : en 2020, tous nos objets seront connectés à Internet.

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Le monde connecté et un peu effrayant de Samsung

Il ne fallait pas s’attendre à de véritables nouveautés durant le Samsung European Forum qui se tenait il y a deux semaines à Monaco. Samsung n’a presque rien montré de nouveau, en tout cas, en ce qui concernait la partie smartphones. Le Coréen s’est contenté de montrer une nouvelle fois ses Galaxy A5 et A7, en plus des Galaxy Note Edge que l’on connaît maintenant très bien. Et pas question de parler du Galaxy S6 ou de la cohérence des gammes de smartphones de Samsung, les représentants de la marque se contentant de grimacer et de soupirer en répétant inlassablement qu’il fallait attendre les annonces du début du mois.

Nous ne sommes pas allés à Monaco dans l’unique but de taquiner les représentants presse de Samsung. Nous y étions parce que Samsung a tenu une communication qui nous avait beaucoup intrigués lors du CES 2015 et que BK Yoon, le PDG de Samsung, a répétée encore une fois lors de l’évènement. BK Yoon a en effet eu une vision en ce début d’année. Une vision d’avenir. Pour le patron de Samsung, il ne fait aucun doute que d’ici cinq ans, peut-être moins, nous vivrons dans un monde entièrement connecté, un monde dans lequel tous les objets seront connectés à Internet et pourront communiquer entre eux. C’est ce que les anglophones appellent l’Internet of Things et que Samsung a longuement décrit dans sa conférence.

bk Yoon samsung

Le moins qu’on puisse dire, c’est que ce monde s’annonce à la fois confortable et assisté. Samsung a pris plusieurs exemples. En rentrant le soir chez soi, un hub placé au centre de la maison détectera l’entrée de l’utilisateur et lorsqu’il enlèvera son casque, la musique se coupera dans ses écouteurs et se déplacera automatiquement sur les haut-parleurs de la maison. On a beau être en hiver, il n’e sera pas nécessaire de monter soi-même le chauffage puisque le connexion 4G de sa voiture aura envoyé un signal à ce même hub afin de savoir à quelle heure il rentrerait chez lui pour augmenter la température au bon moment. Et quand bien même il trouverait qu’il fait un peu frisquet, le tracker d’activité placé à son poignet enverra l’information au fauteuil du salon afin de le préchauffer. Pour Samsung, monsieur tout le monde disposera de ces équipements en 2015.

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Le petit speech sur les objets connectés de BK Yoon commence à 3:15.

Samsung voit encore plus loin. La maison connectée n’est qu’une première étape. À terme, Samsung espère qu’il sera possible de connecter les maisons, les quartiers, les villes, les régions et pourquoi pas les États. Le but ? Rendre nos vies plus cohérentes, logiques, organisées et pratiques. En connaissant les habitudes des utilisateurs, il sera ainsi plus facile d’organiser les réseaux de transport en commun, la répartition de l’énergie, la gestion des déchets voire de prévoir très en amont les risques de santé qui pourraient subvenir à ces utilisateurs. Et tant pis pour la vie privée et la liberté d’une manière générale, ce que veulent les consommateurs avant tout, c’est le confort. Sur le sujet, on ne peut que vous conseiller de lire le coup de gueule de Korben, qui fait bien le tour de la question.

 

Des objets qui communiquent déjà beaucoup mais s’entendent peu

Tout cela est bien beau (ou très effrayant, au choix). Mais où en est Samsung aujourd’hui ? Le Coréen semble très réaliste sur le sujet et est bien conscient qu’avant de tout connecter, il faut d’abord faire en sorte que les objets puissent être connectés. À ce titre, Samsung pense qu’il est nécessaire que la communication entre les appareils soit issue d’un protocole ouvert. C’est une assertion assez surprenante de la part de la marque coréenne, surtout quand on sait qu’il y a encore six mois elle obligeait les acheteurs d’une smartwatch Galaxy à posséder un téléphone Samsung pour fonctionner. Cette volonté de s’ouvrir aux autres marques est toutefois encourageante, surtout quand on sait que Samsung fait des télévisions, des lave-linges, des fours ou de l’électroménager très grand public et dans l’ensemble très bonne qualité par ailleurs.

Les premiers produits connectés de Samsung étaient montrés lors du CES 2015

En attendant de tout connecter, Samsung s’est imposé l’objectif de rendre ses propres appareils connectés entre eux d’ici 2017. Cela a commencé dès l’année dernière avec le rachat (pour 200 millions de dollars) de SmartThings, une start-up à l’origine d’un hub domotique supportant tous les standards radio utilisés dans la domotique, que ce soit le WiFi, bien sûr, mais aussi Zigbee et Z-Wawe. En attendant qu’un véritable protocole de communication standard émerge ? En tout cas, c’est bien sur ce HUB que Samsung compte s’appuyer pour connecter ses appareils. Il se place au centre de la maison, affiche des informations sur les smartphones (Android ou iOS) et, en cas d’abonnement à un service premium, envoie des alertes SMS pour prévenir l’utilisateur de tel ou tel changement. Si l’on en croit le site officiel, il devrait être disponible au printemps prochain à un prix encore inconnu.

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Samsung a également commencé à rendre ses appareils connectés. Le Samsung European Forum 2015 était justement l’occasion d’en voir certains de plus près. C’était par exemple le lave-linge WW9000, capable de se connecter au WiFi du foyer et qu’il sera possible de relier à un smartphone via une application, que ce soit sous Android ou iOS. L’application, que j’ai pu tester, est relativement simple, elle permet de choisir le programme (avec un mode recherche suivant les vêtements lavés), l’essorage et d’avoir un minuteur sur son smartphone pour savoir quand elle se termine. L’application était en démonstration, mais il semble qu’elle soit également capable de contrôler d’autres objets connectés du foyer – à condition qu’ils soient de marque Samsung – comme des ampoules connectées ou la télévision. Samsung avait tout une gamme de produits connectés du même type que ce soit des télévisions, naturellement, des appareils photo ou encore un four, le Gourmet Vapeur, qui se connecte également en WiFi. Le premier pas est fait.

smart control machine à laver

Les applications pour les lave-linge connectés existent déjà. Mais la machine en question coûte près de 1900 euros.

Les objets connectés, un moyen de donner de la cohérence aux gammes de produits de Samsung

Qu’on ne s’y méprenne pas, Samsung ne s’intéresse pas du jour au lendemain aux objets connectés par pure philanthropie. Le Coréen est actuellement en perte de vitesse sur la branche qui lui rapporte aujourd’hui le plus d’argent : les smartphones. Aujourd’hui la branche mobile de Samsung représente environ les trois quarts de son chiffre d’affaires. Samsung sait que cette part est amenée à baisser drastiquement dans les années à venir, rognée par le bas par les smartphones chinois et enfoncée par le haut par un Apple inarrêtable. Samsung possède un énorme avantage face à ses concurrents : il possède déjà une gamme de produits incroyablement variés et surtout très bons dans leur domaine. Que ce soit la télévision, domaine dans lequel Samsung est aujourd’hui considéré comme l’un des meilleurs, l’électroménager, où il cherchait à s’imposer dans les produits haut de gamme ou encore dans les semi-conducteurs, qu’il veut développer pour moins dépendre de prestataires, Samsung est conscient qu’il possède encore de nombreux domaines dans lesquels il peut s’imposer. Les objets connectés sont un moyen de les unifier et de leur donner une cohérence tout en utilisant son savoir-faire acquis dans le domaine de la mobilité. C’est un beau programme, à la fois ambitieux et prometteur. Il faut maintenant faire de ces promesses et de ces projets une réalité, un domaine dans lequel Samsung a parfois bien du mal à nous convaincre.