La Nvidia Shield Android TV, testée dans nos colonnes l’année dernière, est un objet au fort potentiel. Nvidia a promis monts et merveilles lors de son officialisation lors de la GDC 2015. Lors de notre test l’année dernière, nous n’avons pu que remarquer que le produit n’était pas encore finalisé sur la partie logicielle. Ce dossier consiste donc à faire un bilan sur l’état et la pertinence de la micro console un an après sa commercialisation. La Shield Android TV est-elle la révolution annoncée par Nvidia ?

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Nous allons essayer de revoir point par point la stratégie de communication de Nvidia. Il s’agit de voir les évolutions apportées tout au long de l’année par le caméléon vert à la Shield Android TV. Dans une moindre mesure, nous essayerons de donner des pistes pour améliorer la Shield.

 

Une vraie console sous Android ?

Premièrement, attardons-nous sur les capacités vidéoludiques de la machine. La Shield de Nvidia est centrée autour du jeu. La possibilité de jouer à des exclusivités Nvidia sous Android est un des atouts majeurs de la microconsole face à la concurrence directe. Parmi ces exclusivités, on peut en dénombrer 3 très intéressantes : Metal Gear Solid Rising : Revengeance, Resident Evil 5 et le dernier AAA qui arrive bientôt sur la machine, Borderlands 2, et pour lequel nous avons profité d’un accès anticipé. Ces jeux sont sortis aussi sur PlayStation 3 et Xbox 360, des consoles de la génération précédente. Ces trois jeux offrent sur la Shield plus ou moins le même contenu que sur console : sur ce plan, ce ne sont pas des versions au rabais.

À lire sur FrAndroid : Test de la Nvidia Shield Android TV, l’expérience 4K saisissante sous Android (MAJ)

 

Une qualité de portage variable

Ces trois jeux sont intéressants, car ils présentent tous les cas possibles : on a ainsi un portage assez mauvais, un autre médiocre et enfin un troisième qui est un exemple en matière de qualité. Etudions les au cas par cas.

 

Metal Gear : un portage raté

Metal Gear Rising Revengeance : Le jeu est un Beat them All nerveux qui demande des enchaînements précis et assez de dextérité. Le jeu est donc pensé pour être joué à 60 images par secondes. Sur les consoles traditionnelles, ce cap est atteint la plupart du temps. Sur la Shield, seul le menu s’affiche en 60 images par secondes. En jeu, le constat est – hélas — beaucoup moins plaisant. La Shield calcule souvent moins de 30 images par seconde, et sur les moments les plus chargés, seulement 15 images !

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Framerate sur la session de 15 minutes enregistrée sur GameBench

La Shield, étant une machine avec dissipation active, ne souffre pas des problèmes de throttle. Comme on peut le constater avec l’analyse de GameBench, le processeur fonctionne à pleine puissance.

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La fréquence des quatre cœurs

Autant dire que la version Shield du jeu n’est pas à la hauteur des versions consoles. En dehors de cela, il semble que des concessions graphiques aient été faites, avec des ombres en retrait par rapport aux autres versions. Sinon, la version Shield a le bon goût d’être livrée avec tous les contenus additionnels du titre, de quoi proposer une version complète, à défaut d’être réussie.

 

Resident Evil 5 : un meilleur portage

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Resident Evil 5 : Le jeu d’action / survie / horreur ne nécessite pas spécialement une fluidité à toute épreuve. Les versions PS3 et 360 avaient un framerate bloqué à 30 images par secondes. La Shield, elle, a un framerate qui fluctue entre 20 et 30 images par seconde en jeu, ce qui s’approche des performances de la PS3, sans toutefois égaler la stabilité de la version Xbox. Dans tous les cas, le framerate est moins problématique que sur Metal Gear, car le jeu ne requière pas des temps de réactions infimes. Au final, l’expérience est plutôt bonne.

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GameBench sur Resident Evil

Les cinématiques profitent d’une meilleure fluidité. Le jeu ne propose pas de mode multijoueur, Nvidia a cependant déclaré que ce mode pourra être disponible à l’avenir, sans aucune mention des conditions à réunir pour y parvenir.

 

Borderlands 2 : un portage presque parfait

Borderlands 2 : Le jeu, promis il y a plus d’un an lors de la conférence de la GDC, est sur le point de sortir. Il s’agit aussi du dernier jeu du line-up promis par Nvidia au même évènement. Pour en revenir au jeu, il faut reconnaître qu’il force l’admiration. Le portage est presque un sans fautes. Les paramètres regorgent d’options graphiques, histoire de favoriser la fluidité ou la beauté du jeu ou encore de trouver le juste milieu entre les deux. De plus, même dans les paramètres graphiques poussés au maximum, le jeu est plus fluide que sur les consoles de septième génération. On regrettera cependant plusieurs points : l’absence de coopération en écran partagé et l’absence des DLC très intéressants.

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Des jeux AAA sur la Shield ?

Évidemment, il existe beaucoup plus de jeux sur la micro console du caméléon vert. Mais ces trois-là sont les 3 grosses productions les plus récentes, sans compter Borderlands : The Pre-Sequel, qui est de la même qualité que le portage de Borderlands 2. Quel constat peut-on établir ?

En matière de qualité de blockbuster, la Shield souffle le chaud et le froid. Déjà, en matière de contenu, le catalogue est assez maigre. Il y a possibilité de trouver son bonheur, mais il ne faut pas être trop exigeant. Nvidia met en avant son choix de mettre sur sa plateforme « le meilleur du meilleur » pour justifier le contenu rachitique. En soi, la démarche n’est pas forcément sujette à beaucoup de reproches, mais il faut que ces rares jeux soient parfaitement jouables sur la Shield, ce qui n’est pas systématiquement le cas, comme on a pu le constater sur Metal Gear Rising.

 

Les jeux Android classiques

En dehors de ça, les autres jeux disponibles sur Android TV tournent parfaitement sur la puissante machine. Real Racing 3 est vraiment fluide et assez agréable à l’œil, tout comme Modern Combat 5. Et il ne faut pas oublier les autres manières de jouer que permet la Shield : GameStream et GeForce Now.

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Le streaming de jeux vidéo

Il n’y a pas grand-chose à ajouter au sujet de GameStream : le service permet de streamer un jeu sur la Shield directement depuis son PC sur un réseau local. La qualité du jeu dépendra alors de la configuration du PC et de la bande passante du réseau local.

GeForce Now a déjà été évoqué l’année dernière aussi. Ce service permet, moyennant un abonnement, de jouer à des jeux PC sur sa Shield en streamant directement depuis les serveurs de Nvidia. Il faut évidemment profiter d’une connexion en béton. Cependant, ce service n’est pas encore parfait. Nvidia vantait une carte qui dispose de 4.5 Tflops pour son service, alors qu’en réalité, un utilisateur ne peut profiter de la puissance que de la moitié de la carte. Le service peut parfois proposer des jeux en 1080p à 60 fps, mais il faudra faire des concessions sur la qualité visuelle et certains titres comme The Witcher 3 rament complètement.

The Witcher 3 Shield

Il se peut que ce reproche ne fasse pas long feu, Nvidia ayant promis de mettre à jour son infrastructure serveur pour obtenir des performances significativement plus importantes. Une fois ce problème résolu, Nvidia devrait aussi songer à étoffer son contenu. La plateforme ne propose aucune des licences vraiment populaires sur PC. Il n’est pas question de licences de sport comme FIFA, ou le très populaire Grand Theft Auto. Des fonctions que certains jugeraient élémentaires, comme le multijoueur en ligne ou les DLC. Encore une fois, il y a de quoi faire, mais on ne peut que déplorer le manque de choix, qui était pourtant promis lors de la présentation du Shield.

 

Multimédia : en avance sur son temps

Mais la Nvidia Shield n’est pas conçue uniquement pour jouer. Elle est aussi un boîtier multimédia de premier ordre qui décode de la 4K HDR sans sourciller. Elle est le premier appareil Android à lire en HDR le contenu Netflix compatible. Il est toutefois regrettable que ce contenu ne soit pas convaincant. The Do Over, le premier film mainstream certifié HDR sur Netflix, ne profite pas de cette technologie. En HDR, l’image qui ressort est plus sombre que sans l’option activée sur notre TV Samsung UE55KS7000 pourtant bien compatible HDR. L’image ne s’en trouvait pas plus belle ou plus réaliste.

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Pour une technologie vantée unanimement comme révolutionnaire, le constat est vraiment décevant. On espère qu’il ne durera pas, et qu’avec le temps il en sera fait un meilleur usage. En l’occurrence, il se pourrait que Netflix soit fautif. Quoi qu’il en soit, le HDR est un argument qui ne sera pas valable pour ceux qui profitent de leur contenu en streaming. Pour ce qui est du 4K à 60 images par secondes, rares sont les contenus qui proposent une telle option. Dans le futur la Shield pourrait être intéressante, mais actuellement ses capacités multimédias sont trop évoluées pour parler au marché grand public.

 

Un puissant serveur multimédia

On peut aussi mentionner Plex, disponible sur Shield en tant que serveur multimédia, une autre fonction exclusive à la machine. Cette fonctionnalité inattendue est bienvenue. Ceux qui ne connaissaient pas le logiciel, la présence du serveur Plex peuvent décider de s’y lancer, et ceux qui l’utilisaient déjà avec d’autres machines devraient être aux anges puisqu’il sera possible d’accéder à des vidéos depuis n’importe quel appareil sur le réseau domestique ou même en mobilité. En l’état, la Shield est la meilleure box pour profiter de son contenu multimédia dans l’écosystème Android mais on regrette toujours l’absence inexplicable d’une sortie optique pour l’audio.

À lire sur FrAndroid : Comment créer un serveur Plex sur une Nvidia Shield Android TV ? [Tuto]

 

La Shield peut-elle remplacer une box TV ?

La Shield a aussi pour ambition de remplacer la télévision par Internet. Il n’en est rien. Les opérateurs ne proposent de quoi regarder leurs flux que depuis leur propre box Android TV, comme la Freebox Mini 4K. Il ne faut pas espérer profiter de ses chaînes de télévision. Ou alors il faut passer par beaucoup de manipulations peu pratiques. Il faut attendre que Molotov TV soit disponible sur Android pour pouvoir juger si la Shield peut remplacer à terme les boîtiers TV des opérateurs.

 

Nvidia et sa communication opaque

On pourrait conclure sur le fait que le principal frein à l’achat d’une Shield est l’absence de communication claire de la part de Nvidia. La compagnie communique très peu sur ses plans futurs pour le produit ou pour ses services, laissant les utilisateurs dans l’ombre. On ne sait pas quels jeux vont rejoindre le catalogue d’exclusivités Shield maintenant que les jeux annoncés à la GDC 15 sont tous parus. On ne sait pas non plus comment Geforce Now s’améliorera, quelles fonctions vont être adoptées (ou pas), et il n’y a toujours pas de nouvelles sur la mise à niveau infrastructure.

 

Nvidia et sa relation avec les éditeurs

Cela va à l’encontre des habitudes des constructeurs de consoles. Ces derniers communiquent le plus possible avec leurs clients pour les rassurer et les pousser à l’achat. Il est ainsi courant de connaître la date de sortie d’un jeu des mois avant sa commercialisation. Ne serait-ce pas là le point noir de Nvidia face à la concurrence ? Une relation encore toute neuve avec les éditeurs de jeux vidéo pour la partie distribution et non plus seulement technique comme c’est déjà le cas pour le développement des pilotes graphiques. C’est notamment cette relation (ou ce manque de bonne relation) qui empêche certains jeux de se retrouver sur le catalogue de GeForce Now. Nvidia a ainsi bien du mal à récupérer les licences des grands éditeurs frileux du mobile.

 

Une console trop en avance sur son temps

Pour résumer, la Nvidia Shield Android TV reste le même produit plein de potentiel inexploité qu’elle était déjà l’année dernière. Elle ne remplace pas tout à fait une console, ne peut pas servir de poste de télévision et ses capacités multimédias, aussi impressionnantes soient-elles, ne justifient pas à elles seules son achat, surtout au vu du maigre contenu qui en profite vraiment.

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De plus, la stratégie de communication est déroutante : Nvidia fiche ses prochains jeux comme bientôt disponibles, sans donner de date ou de créneau de sortie. Le catalogue de grosses productions n’a quasiment pas changé depuis l’annonce de la Shield il y a plus d’un an alors que Nvidia devrait rassurer ses consommateurs en assurant la venue de plusieurs gros jeux et les joueurs Geforce Now en communiquant sur les améliorations du service à venir.

Nvidia a promis une box capable de remplacer toutes les autres. En un sens, le potentiel est là, mais on ne sait pas ce que Nvidia compte en faire, notamment faute d’accords avec des grands noms des différentes industries sur lesquelles la Shield vient faire de l’ombre (vidéoludique, paysage audiovisuel, etc.). C’est peut-être ça la raison du succès mitigé de la Shield Android TV : elle fait trop peur aux grands acteurs sur lesquels le consommateur compte beaucoup. Une box que l’industrie du loisir n’est pas prête à accueillir.