Avec le déploiement de la fibre qui s’accélère et la 5G qui pointe le bout de son nez, le Cloud Gaming devrait révolutionner le monde du jeu vidéo. Découvrez le fonctionnement de cette technologie, et les différents services proposés aux utilisateurs : Shadow, PlayStation Now, GeForce Now, etc.

Cela fait maintenant de nombreux mois que le terme Cloud Gaming revient régulièrement dans l’actualité. Cette nouvelle approche de la façon dont on joue aux jeux vidéo risque bien de révolutionner le marché dans un avenir très proche. Mais en quoi consiste vraiment le Cloud Gaming ? Comment fonctionne-t-il ? Quels sont les différents services proposés et leurs différences ? C’est ce que nous allons aborder dans ce dossier complet.

Comment fonctionne le Cloud Gaming ?

Le Cloud Gaming permet de jouer à des jeux vidéo sur différents supports sans que ceux-ci soient à l’origine du traitement graphique. La puissance de calcul est déportée dans des serveurs hébergés à distance qui font tourner les jeux, tout en transmettant simultanément l’image aux joueurs (avec un peu de latence tout de même). Pour profiter d’un tel service, il faut : un abonnement à un service de Cloud Gaming, un accès à une bonne connexion internet (au moins 30 Mb/s) et une plateforme sur laquelle jouer, comme un ordinateur ou un smartphone.

En suivant ce principe, on peut donc jouer aux jeux les plus gourmands et les plus sophistiqués avec la moins puissante des machines, puisque c’est le serveur qui s’occupe de tout.

Les différentes approches du Cloud Gaming

Les entreprises proposant un service de Cloud Gaming adoptent souvent des stratégies différentes. Pour certaines, comme Shadow, il s’agit plutôt de Cloud Computing, qui donne l’accès à un puissant ordinateur dans le Cloud, capable de jouer mais aussi de se comporter comme un véritable ordinateur : bureautique, stockage de données, retouche photo et vidéo, etc. Sur cet ordinateur virtuel, il est possible d’installer des logiciels tels que Steam ou Origin pour accéder à sa bibliothèque de jeux déjà acquis.

En face du Cloud Computing se trouve une autre approche, le Game on Demand. La différence ici est que l’abonnement n’offre pas l’accès à un ordinateur complet, mais plutôt à une interface permettant uniquement de jouer à des jeux. Ce type de service est donc moins polyvalent puisqu’il ne sert qu’à jouer, mais propose généralement un catalogue de jeux conséquent et intégré à l’abonnement. Cette approche est généralement décrite comme « le Netflix du jeu vidéo » puisqu’il permet la même immédiateté et simplicité que le célèbre service de SVOD.

Entre ces deux approches, il existe un modèle hybride, celui de Nvidia avec GeForce Now, qui propose l’accès à un catalogue de jeu en streaming, mais uniquement avec des jeux déjà acquis sur Steam, Uplay ou Blizzard Battle.net.

Le service du futur, mais qui a encore quelques défauts

Alors oui, présenté comme cela, le Cloud Gaming a tout pour être le futur du jeu vidéo. Que ce soit sur un smartphone, une tablette ou un ordinateur (même un Mac), il est techniquement possible de jouer à ses jeux préférés de n’importe où, et depuis n’importe quoi.

Plus besoin non plus d’acheter la toute dernière carte graphique ou d’équiper son ordinateur de plus de barrettes de mémoire RAM : un abonnement à un service de Cloud Gaming offre un accès à une machine puissante dont on n’a pas besoin de s’occuper. Mais surtout, c’est très simple : pas besoin de télécharger les derniers drivers ni d’optimiser les paramètres d’affichage. Il suffit de lancer le client avec le jeu auquel on veut jouer, tout simplement.

Interface de la Shield TV

Le Cloud Gaming, malgré tout ces avantages, n’est pas encore la solution parfaite qui remplacera ordinateurs et consoles de salon. D’abord parce qu’il faut une très bonne connexion, et qu’elle soit stable. Les configurations à privilégier sont donc la fibre ou un très bon VDSL, qui passe par un câble Ethernet plutôt que par le Wi-Fi. Quand bien même la connexion est excellente, il est impossible d’éviter un certain temps de latence lorsque l’on utilise un service de Cloud Gaming. Même s’il est minime (entre 1 et 10 millisecondes pour Shadow) et presque imperceptible, il est assez important pour potentiellement empêcher une pratique compétitive d’un jeu vidéo multijoueur. Enfin, on peut reprocher à certains services de proposer un catalogue fermé, qui empêche de jouer à tous les jeux possibles.

Les consoles de salon ont encore de beaux jours devant elles

Certains défauts qu’une technologie d’avenir pourrait bien faire disparaître : la 5G. S’il y a bien un créneau sur lequel cette nouvelle génération du réseau mobile est attendue, c’est la latence. La 5G pourrait offrir un temps de réponse de l’ordre de 1 milliseconde, contre 10 actuellement. Une réactivité accrue, qui devrait permettre à plus de personnes de profiter d’un service de Cloud Gaming de meilleure qualité.

Les services de Cloud Gaming déjà disponibles

Shadow, par Blade

Shadow est un service de Cloud Computing qui vous donne accès à un ordinateur virtuel dans le Cloud. Il est possible de s’abonner au service et de télécharger le client sur PC, Mac, Android et iOS. En complément, Shadow propose sa box, la Shadow Ghost, qui permet d’utiliser l’ordinateur virtuel sur n’importe quel écran, ce qui permet de se passer entièrement d’un ordinateur physique. En souscrivant au service, on accède à un PC dans le Cloud qui dispose de cette fiche technique : un GPU équivalent à la GeForce GTX 1080, un processeur Intel Xeon, 12 Go de RAM, 256 Go de stockage et une connexion de 1 Gb/s, le tout sous Windows 10.

Shadow offre une excellente configuration à ses utilisateurs, qui est également évolutive. L’entreprise met à jour ses composants, afin de proposer la configuration la plus récente possible. Que ce soit avec la box ou juste avec le client, il est très facile de jouer depuis n’importe quel support. Et en cas de pépin, comptez sur un service client très réactif. On regrettera cependant le manque de stockage : 256 Go, c’est un peu juste si l’on cumule les jeux de dernières générations. Et ce service est probablement le moins facile à configurer, puisqu’il faut à la fois jouer avec les paramètres du client et du PC auquel nous avons accès virtuellement.

C’est aussi un service relativement onéreux, mais il faut savoir qu’il peut remplacer entièrement un ordinateur physique. Avec un engagement d’un an, comptez sur un abonnement à 29,95 euros par mois. La Shadow Ghost, qui n’est pas essentielle au fonctionnement, coûte 119,95 euros.

Tout savoir sur Shadow

Le PlayStation Now de Sony

Le PlayStation Now de Sony propose un accès illimité à un catalogue de jeux PS2, PS3 et PS4 dans le Cloud contre un abonnement mensuel. Des jeux qui sont jouables depuis une PS4 mais aussi depuis un ordinateur sous Windows. Au total, c’est plus de 600 jeux qui sont disponibles, qu’il est soit possible de télécharger sur sa PS4 (mais pas sur PC) pour jouer hors connexion, soit d’utiliser en streaming. Les jeux téléchargés sur PS4 proposent une définition native, identique aux versions boîtes. Du côté du streaming par contre, elle est limitée au 720p.

Le PlayStation Now de Sony est un service de Cloud Gaming abouti. Le catalogue de jeux est vaste, et permet de jouer à de vieilles licences de PS2 tout comme des titres AAA plus récents, comme Red Dead Redemption. Chaque mois, l’entreprise ajoute des nouveaux jeux pour les utilisateurs du service. Avec la possibilité de jouer en streaming, il est très facile de passer d’un jeu à l’autre sans aucun temps de chargement. On regrettera cependant un catalogue de jeux d’une qualité inégale, avec un bon nombre de licences passables, et le manque de certaines références récentes de qualité. Des jeux récents qu’il faudra acheter, en plus de l’abonnement au PlayStation Now.

L’abonnement coûte 14,99 euros par mois, ou 99,99 euros à l’année. À noter qu’il est possible de profiter d’une période d’essai gratuite de sept jours, pratique pour vérifier si cela fonctionne correctement sur sa connexion. Aussi, l’accès au mode multijoueur des jeux présents sur le PlayStation Now ne nécessite pas un abonnement supplémentaire au PlayStation Plus.

Le GeForce Now de Nvidia

Encore en bêta, le service de Cloud Gaming de Nvidia donne l’accès à un client compatible avec Steam, Uplay, Epic et Battle.net qui permet de jouer aux jeux de sa bibliothèque. Pas de catalogue de jeux gratuits à disposition ni de bureau virtuel, le client permet seulement d’accéder aux jeux déjà possédés par l’utilisateur. Même s’il s’agit de Cloud Gaming, Nvidia conseille quand même une configuration minimum à ses utilisateurs : un GPU compatible avec DirectX 9, un CPU double-coeur à 2 GHz et 4 Go d’espace libre de stockage. Pour profiter pleinement du service, il est aussi recommandé d’avoir une connexion minimum de 50 Mb/s. À noter qu’il est possible de profiter du GeForce Now avec sa Shield TV directement sur un téléviseur.

Le service GeForce Now permet de jouer à tous les jeux des services compatibles, mais propose des profils optimisés pour certains d’entre eux. Ces jeux optimisés sont déjà disponibles dans le Cloud de Nvidia, ce qui épargne l’utilisateur d’un temps de téléchargement et d’installation. GeForce Now est pour l’instant capable d’afficher au maximum du 1080p à 60 images par seconde, si votre connexion le permet bien évidemment. Pour les points négatifs, on notera l’ergonomie du client qui peut être améliorée, ainsi que la compatibilité avec plus de services de jeux. Par exemple, la plateforme Origin d’Ubisoft ne fonctionne pas avec GeForce Now.

Le service GeForce Now est encore en bêta, et est proposé gratuitement à ceux qui y participent. Il n’y a toujours pas de date de sortie officielle à l’horizon, le service est donc encore susceptible de changer légèrement. La Shield TV quant à elle est déjà disponible à la commercialisation, au prix de 199 euros environ.

Les services que l’on attend prochainement

Le Project Stream de Google

Au tour du géant Google de se lancer dans le Cloud Gaming. Après une longue bêta lancée au mois d’octobre 2018, un teaser de la firme laisse entendre que son service Project Stream devrait être présenté officiellement lors de la Gamer Developers Conference du 19 mars prochain. Nous savons encore peu de choses quant à ce service : lors de la bêta, seul le jeu Assassin’s Creed Odyssey était proposé. Un jeu qu’il était possible de lancer directement depuis son navigateur Chrome. Car c’est bien là que se trouve la force de Google : nul doute que ce service sera parfaitement intégré aux différents produits proposés par la firme.

Un doute persiste quant à sa disponibilité. La bêta n’était disponible que depuis les États-Unis, ce qui laisse entendre que Project Stream ne sera pas tout de suite disponible sur le Vieux-Continent. D’après les rumeurs, ce service de streaming pourrait même venir accompagné d’un boîtier, à la manière d’une Shield TV ou d’une Shadow Ghost.

Le Project xCloud de Microsoft

Microsoft travaille aussi sur sa solution de Cloud Gaming. L’entreprise en a même fait une démonstration publique il y a peu où l’on découvrait un Forza Horizon 4 jouable sur un téléphone, avec une manette de Xbox One. Un service de jeu qui s’appuie sur Microsoft Azure, le service de Cloud Computing de la marque. La division gaming de Microsoft a pris du retard face à son concurrent Sony, notamment du côté des ventes de consoles. Pour compenser, Microsoft multiplierait les partenariats avec d’autres marques, telles que Samsung, ou encore Nintendo.

Kareem Choudhry, responsable du Cloud Gaming chez Xbox, a annoncé que les premiers essais publics auront lieu cette année. Mais aucune conférence ni lancement officiel ne semblent prévus pour le moment.

Mais qu’attendent-ils ?

Vous l’aurez compris, le Cloud Gaming est une technologie du présent, mais surtout d’avenir. Les principaux acteurs des technologies du numérique proposent ou développent leurs services. Certaines marques restent discrètes cependant, un peu trop même.

Amazon

Amazon semble disposer de tous les éléments pour se lancer dans le Cloud Gaming. Via sa branche AWS, l’entreprise propose déjà un service de Cloud Computing, qui reste plutôt réservé aux professionnels. En plus d’être un site marchand, Amazon est déjà bien présent dans les domaines des services numériques, avec Amazon Music ou Prime Video.

Pour rappel, Amazon possède Twitch, célèbre plateforme de streaming de jeux vidéo. Le lien avec le Cloud Gaming apparaît évident.

Apple

Apple va-t-il aller jusqu’au Cloud Gaming dans sa course aux services ? La firme de Cupertino semble vouloir chercher d’autres sources de revenus : les ventes d’iPhone baissent, mais pas celles des services. Après un lancement d’Apple Music réussi, la marque à la pomme est prête à se tourner vers le streaming vidéo. C’est ce que laisse entendre, sans trop de doute possible, l’invitation à la keynote du 25 mars.

Si le marché du Cloud Gaming se porte bien pour les concurrents d’Apple, nul doute que la marque se lancera à son tour dans le secteur. Et comme on peut le voir pour Apple Music et le futur service de streaming vidéo, Apple prend généralement son temps avant de sortir un nouveau produit, pour rendre une copie la plus parfaite possible.

Nintendo

Nintendo fait rarement comme ses concurrents Microsoft et Sony. À la place, la marque japonaise suit son propre chemin, et cela lui réussit au vu du succès commercial qu’est la Switch. Nintendo se lancera-t-il dans le Cloud Gaming ? On ne sait pas. La Nintendo Switch pourra-t-elle être une plateforme sur laquelle on profite du Cloud Gaming en France ? C’est ce que laissent entendre des fuites, laissant présager une compatibilité du projet xCloud de Microsoft sur la Nintendo Switch.

Notez que certains acteurs n’ont pas attendu l’aval du constructeur. Au Japon, des jeux comme Resident Evil 7 ou Phantasy Star Online 2 sont disponibles sur la console et passent par le cloud pour fonctionner. C’est l’entreprise Ubitus qui se charge de ces versions, qui sont exclusivement destinées au marché asiatique pour le moment.

Electronic Arts

Electronic Arts lui aussi souhaite se lancer dans la course. L’éditeur de jeux vidéo a annoncé à l’E3 dernier travailler sur son propre service de Cloud Gaming. Au mois d’octobre, on en apprenait un peu plus sur ce service, par le biais d’une publication sur Medium du CTO d’EA, Ken Moss. Le service de Cloud Gaming se nomme Project Atlas, et le moins que l’on puisse dire est que les frontières de ce produit restent floues. Ce service serait un mélange de Frostbite (moteur graphique d’EA), de serveurs dans le Cloud et d’intelligence artificielle. Un projet prometteur donc, mais dont on sait très peu de choses, à commencer par la date de commercialisation.

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