Avec le déploiement de la fibre qui s’accélère et la 5G qui pointe le bout de son nez, le Cloud Gaming devrait révolutionner le monde du jeu vidéo. Découvrez le fonctionnement de cette technologie, et les différents services proposés aux utilisateurs : Google Stadia, Shadow, PlayStation Now, GeForce Now, Microsoft xCloud, etc.

Cela fait maintenant de nombreux mois que le terme Cloud Gaming revient régulièrement dans l’actualité. Cette nouvelle approche de la façon dont on joue aux jeux vidéo risque bien de révolutionner le marché dans un avenir très proche. Mais en quoi consiste vraiment le Cloud Gaming ? Comment fonctionne-t-il ? Quels sont les différents services proposés et leurs différences ? C’est ce que nous allons aborder dans ce dossier complet.

Comment fonctionne le Cloud Gaming ?

Le Cloud Gaming permet de jouer à des jeux vidéo sur différents supports sans que ceux-ci soient à l’origine du traitement graphique. La puissance de calcul est déportée dans des serveurs hébergés à distance qui font tourner les jeux, tout en transmettant simultanément l’image aux joueurs (avec un peu de latence tout de même). Pour profiter d’un tel service, il faut : un abonnement à un service de Cloud Gaming, un accès à une bonne connexion internet (au moins 30 Mb/s) et une plateforme sur laquelle jouer, comme un ordinateur ou un smartphone.

Avec le cloud gaming, le jeu vidéo tourne sur un serveur distant. L’utilisateur a besoin d’une manette et d’un écran.

En suivant ce principe, on peut donc jouer aux jeux les plus gourmands et les plus sophistiqués avec la moins puissante des machines, puisque c’est le serveur qui s’occupe de tout.

Les différentes approches du Cloud Gaming

Les entreprises proposant un service de Cloud Gaming adoptent souvent des stratégies différentes.

Cloud Computing

Pour certaines, comme Shadow, il s’agit plutôt de Cloud Computing, qui donne l’accès à un puissant ordinateur dans le Cloud, capable de jouer, mais aussi de se comporter comme un véritable ordinateur : bureautique, stockage de données, retouche photo et vidéo, etc. Sur cet ordinateur virtuel, il est possible d’installer des logiciels tels que Steam ou Origin pour accéder à sa bibliothèque de jeux déjà acquis.

Jeu à la demande

Une autre approche permet de faire une abstraction complète du système faisant tourner le jeu, c’est du jeu à la demande, ou Game on Demand. La différence ici est que le service n’offre pas l’accès à un ordinateur complet, mais plutôt à une interface permettant uniquement de jouer à des jeux. Ce type de service est donc moins polyvalent puisqu’il ne sert qu’à jouer, mais pourrait être plus simple d’accès pour le grand public, puisqu’il permet de faire abstraction du téléchargement et de l’installation des jeux.

À l’image des films et séries, deux formes de jeu à la demande existent avec d’abord du jeu à l’unité, comme c’est le cas avec Nvidia GeForce Now, qui propose l’accès à un catalogue de jeu en streaming, mais uniquement avec des jeux déjà acquis sur Steam, Uplay ou Blizzard Battle.net.

L’autre forme, très attendue, se rapproche d’un « Netflix du jeu vidéo » et repose sur un abonnement permettant l’accès illimité à un catalogue de jeu vidéo. Cette approche permet la même immédiateté et simplicité que le célèbre service de SVOD.

Les services de Cloud Gaming déjà disponibles

Shadow, par Blade

Shadow est un service de Cloud Computing qui vous donne accès à un ordinateur virtuel dans le Cloud. Il est possible de s’abonner au service et de télécharger le client sur PC, Mac, Android et iOS. En complément, Shadow propose sa box, la Shadow Ghost, qui permet d’utiliser l’ordinateur virtuel sur n’importe quel écran, ce qui permet de se passer entièrement d’un ordinateur physique. En souscrivant au service, on accède à un PC dans le Cloud qui dispose de cette fiche technique : un GPU équivalent à la GeForce GTX 1080, un processeur Intel Xeon, 12 Go de RAM, 256 Go de stockage et une connexion de 1 Gb/s, le tout sous Windows 10.

Le boitier Shadow Ghost

Shadow offre une excellente configuration à ses utilisateurs, qui est également évolutive. L’entreprise met à jour ses composants, afin de proposer la configuration la plus récente possible. Que ce soit avec la box ou juste avec le client, il est très facile de jouer depuis n’importe quel support. Et en cas de pépin, comptez sur un service client très réactif. On regrettera cependant le manque de stockage : 256 Go, c’est un peu juste si l’on cumule les jeux de dernières générations. Et ce service est probablement le moins facile à configurer, puisqu’il faut à la fois jouer avec les paramètres du client et du PC auquel nous avons accès virtuellement.

C’est aussi un service relativement onéreux, mais il faut savoir qu’il peut remplacer entièrement un ordinateur physique. Avec un engagement d’un an, comptez sur un abonnement à 29,95 euros par mois. La Shadow Ghost, qui n’est pas essentielle au fonctionnement, coûte 119,95 euros.

Tout savoir sur Shadow

Ulrich Rozier, fondateur d’Humanoid, le groupe qui édite FrAndroid, est actionnaire minoritaire de Blade (l’entreprise derrière Shadow).

Sony PlayStation Now

Le PlayStation Now de Sony propose un accès illimité à un catalogue de jeux PS2, PS3 et PS4 dans le Cloud contre un abonnement mensuel. Le service est accessible uniquement depuis une PS4 ou un PC sous Windows. Au total, c’est plus de 600 jeux qui sont disponibles en streaming avec une image limitée en définition au 720p. Notez qu’il est possible de télécharger les jeux PS4 du catalogue sur une PS4 pour y jouer, même hors-ligne, et en définition native.

Le catalogue de jeux est assez vaste, et permet de jouer à des licences cultes de la PS2 ou de la PS3 (comme Red Dead Redemption). Chaque mois, l’entreprise ajoute des nouveaux jeux pour les utilisateurs du service. Avec la possibilité de jouer en streaming, il est très facile de passer d’un jeu à l’autre sans aucun temps de chargement.

Outre l’impossibilité d’accéder au service depuis n’importe quels écran, téléviseur connecté et smartphone en premier lieu, on regrette un catalogue de jeux un peu chiche en titre récent, notamment les grandes exclusivités de la PS4 qui tarde à arriver. Et pour cause, en leader du marché des consoles de salon, Sony préfère pour le moment vendre ses jeux à l’unité, plutôt que les intégrer à un abonnement.

L’abonnement coûte 14,99 euros par mois, ou 99,99 euros à l’année. Le service propose une période d’essai gratuite de sept jours, pratique pour vérifier que tout fonctionne correctement sur sa connexion. Aussi, l’accès au mode multijoueur des jeux présents sur le PlayStation Now ne nécessite pas un abonnement supplémentaire au PlayStation Plus.

Nvidia GeForce Now

Encore en bêta, le service de Cloud Gaming de Nvidia donne l’accès aux boutiques de jeux Steam, Uplay, Epic ou Battle.net. Pas de catalogue de jeux gratuits à disposition ni de bureau virtuel, le service permet seulement d’accéder aux jeux déjà présents dans sa ludothèque. C’est à la fois un point fort, puisqu’il est possible de jouer à tous les jeux que l’on a déjà achetés, et un point faible, puisque chaque nouveau jeu est à acheter à l’unité.

Même s’il s’agit de Cloud Gaming, Nvidia conseille quand même une configuration minimum à ses utilisateurs pour le logiciel de streaming : un GPU compatible avec DirectX 9, un CPU double-coeur à 2 GHz et 4 Go d’espace libre de stockage. Pour profiter pleinement du service, il est aussi recommandé d’avoir une connexion minimum de 50 Mb/s. À noter qu’il est possible de profiter du GeForce Now avec sa Shield TV directement sur un téléviseur.

Certains jeux sont dits « optimisés » par Nvidia. Comprenez qu’ils sont déjà disponibles sur les serveurs de Nvidia, ce qui épargne l’utilisateur d’un temps de téléchargement et d’installation. GeForce Now est pour l’instant capable d’afficher au maximum du 1080p à 60 images par seconde, si votre connexion le permet bien évidemment. Pour les points négatifs, on notera l’ergonomie du client qui peut être améliorée, ainsi que l’absence de certains services de jeux, comme EA Origin ou l’Epic Game Store.

Le service GeForce Now est encore en bêta, et est proposé gratuitement à ceux qui y participent. Il n’y a toujours pas de date de sortie officielle à l’horizon, le service est donc encore susceptible de changer légèrement. La Shield TV quant à elle est déjà disponible à la commercialisation, au prix de 199 euros environ.

Les services que l’on attend prochainement

Google Stadia

Google Stadia est un service de cloud gaming de nouvelle génération. Dévoilé le 19 mars 2019 à la GDC, il marque pleinement l’entrée de Google dans l’industrie du jeu vidéo. Google met en avant la capacité de faire tourner les jeux vidéo en 4K HDR à 60 images par seconde, et à terme en 8K. Les serveurs de Stadia délivrent une puissance annoncée de 10,7 téraflops (contre 6 téraflops pour Xbox One X), une puissance que l’on ne devrait atteindre qu’avec les consoles de 9ème génération comme la PlayStation 5.

Tous les détails concernant le service ne sont pas encore connus, notamment concernant son prix et le contenu du catalogue compatible. Google a précisé qu’une connexion à 30 Mbps serait suffisante pour profiter de la 4K à 60 images par seconde. Google Stadia sera disponible sur n’importe quel appareil compatible Chrome (smartphones, ordinateurs, tablettes, Chromecast), et pourra fonctionner avec n’importe quelle manette USB. Le Stadia Controller fonctionnant en Wi-Fi, il permettra d’utiliser un Chromecast et de rendre n’importe quel téléviseur compatible.

Le service de Google devrait être très simple d’accès, avec notamment des boutons permettant de lancer les jeux en quelques secondes qui seront proposés directement depuis YouTube, Twitter, Reddit, le Google Play Store, ou des publicités.

Google Stadia sera lancé commercialement en 2019 aux États-Unis, au Royaume-Uni et dans une large partie de l’Europe. Il est probable que la France soit dans les pays concernés.

Microsoft xCloud

Microsoft travaille aussi sur sa solution de Cloud Gaming. L’entreprise en a même fait une démonstration publique où l’on découvre un Forza Horizon 4 jouable sur un téléphone, avec une manette de Xbox One. Microsoft veut faire de Xbox un écosystème de jeu vidéo plus qu’un écosystème centré autour d’une machine. La firme multiplierait ainsi les partenariats avec d’autres marques, telles que Samsung, ou encore Nintendo.

Kareem Choudhry, responsable du Cloud Gaming chez Xbox, a annoncé que les premiers essais publics auront lieu cette année. La firme devrait en dire plus à l’E3 en juin, où elle devrait notamment répondre à la présentation de Google Stadia. Microsoft promet qu’une petite connexion ADSL sera suffisante. En plus de jouer avec une manette, Microsoft souhaite également que les jeux soit jouables avec les écrans tactiles des smartphones et des tablettes, et a déjà démontré comment adapter l’interface de certains jeux Xbox.

Le service est pour le moment basé sur la Xbox One S, ce qui permet d’adapter facilement les jeux compatibles avec la console. On ne connait pas encore les détails concernant la commercialisation du service, ni son éventuel catalogue. Il est probable que le Xbox Game Pass, un abonnement regroupant plus d’une centaine de jeux Xbox One et Xbox 360, joue un rôle clé dans le lancement du service.

Electronic Arts

Electronic Arts lui aussi souhaite se lancer dans la course. L’éditeur de jeux vidéo a annoncé à l’E3 2018 travailler sur son propre service de Cloud Gaming. Au mois d’octobre, on en apprenait un peu plus sur ce service, par le biais d’une publication sur Medium du CTO d’EA, Ken Moss. Le service de Cloud Gaming se nomme Project Atlas, et le moins que l’on puisse dire est que les contours de ce produit restent floues. Ce service devrait mêler Frostbite (moteur graphique conçu par DICE pour EA), des serveurs dans le Cloud et de l’intelligence artificielle. Un projet prometteur donc, mais dont on sait très peu de choses, à commencer par la date de commercialisation.

Avec son service Origin Access Premier disponible sur PC, Electronic Arts propose déjà un abonnement dédié aux jeux vidéo. Il donne l’accès à un catalogue des meilleurs titres de l’éditeur, et quelques autres acteurs du jeu vidéo, mais surtout un accès aux nouveaux jeux d’EA, avec quelques jours d’avance sur leur sortie commerciale.

,Mais qu’attendent-ils ?

Vous l’aurez compris, le Cloud Gaming est en train de métamorphoser le marché du jeu vidéo. Les principaux acteurs des technologies du numérique proposent ou développent leurs services. Certaines marques restent cependant très discrètes sur le sujet.

Amazon

Amazon semble disposer de tous les éléments pour se lancer dans le Cloud Gaming. La firme est l’un des leader du Cloud Computing professionnel via sa branche AWS. En plus d’être un site marchand, Amazon est déjà bien présent dans les domaines des services numériques, avec Amazon Music ou Prime Video.

Amazon a également déjà un pied dans l’industrie du jeu vidéo, puisque la firme possède Twitch, célèbre plateforme de diffusion de parties de jeux vidéo. Stratégiquement, Amazon pourrait donc associer son poids dans le cloud computing et les services, tout en tirant parti de la popularité de Twitch, pour se lancer dans le cloud gaming.

Apple

Apple va-t-il aller jusqu’au Cloud Gaming dans sa course aux services ? La firme de Cupertino semble vouloir chercher d’autres sources de revenus : les ventes d’iPhone baissent, mais pas celles des services. Après un lancement d’Apple Music réussi, et ouvert à Android, la marque à la pomme est prête à se tourner vers le streaming vidéo. C’est ce que laisse entendre, sans trop de doute possible, l’invitation à la keynote du 25 mars.

Si le marché du Cloud Gaming se porte bien pour les concurrents d’Apple, nul doute que la marque se lancera à son tour dans le secteur. Elle avait déjà montré un intérêt pour le jeu vidéo à la présentation de l’Apple TV, et vante régulièrement les mérites de l’iPad et de l’iPhone comme plateforme de jeu vidéo. Comme on peut le voir pour Apple Music et le futur service de streaming vidéo, Apple n’a pas peur de se lancer longtemps après ses concurrents.

Nintendo

Nintendo fait rarement comme ses concurrents Microsoft et Sony. À la place, la marque japonaise suit son propre chemin, et cela lui réussit au vu du succès commercial qu’est la Switch. Nintendo se lancera-t-il dans le Cloud Gaming ? On ne sait pas. La Nintendo Switch pourra-t-elle être une plateforme sur laquelle on profite du Cloud Gaming en France ? C’est ce que laissent entendre des fuites, laissant présager une compatibilité du projet xCloud de Microsoft sur la Nintendo Switch.

Notez que certains acteurs n’ont pas attendu l’aval du constructeur. Au Japon, des jeux comme Resident Evil 7 ou Phantasy Star Online 2 sont disponibles sur la console et passent par le cloud pour fonctionner. C’est l’entreprise Ubitus qui se charge de ces versions, qui sont exclusivement destinées au marché asiatique pour le moment.

Le futur du jeu vidéo, mais qui a encore quelques défauts

Présenté comme cela, le Cloud Gaming a tout pour être le futur du jeu vidéo. Que ce soit sur un smartphone, une tablette ou un ordinateur (même un Mac), il devient techniquement possible de jouer à ses jeux préférés de n’importe où, et depuis n’importe quoi.

Plus besoin non plus d’acheter la toute dernière console de jeu, carte graphique ou d’équiper son ordinateur de plus de mémoire vive : un abonnement à un service de Cloud Gaming offre un accès à une machine puissante dont on n’a pas besoin de s’occuper. Mais surtout, c’est très simple : pas besoin de télécharger les derniers drivers ni d’optimiser les paramètres d’affichage. Il suffit de lancer le client avec le jeu auquel on veut jouer, tout simplement.

Pourtant, le Cloud Gaming n’est pas encore la solution parfaite qui remplacera ordinateurs et consoles de salon. La technologie en est à ses balbutiements et il faut pour le moment, une très bonne connexion, très stable. Les configurations à privilégier sont donc la fibre ou un très bon VDSL, avec une connexion locale en Ethernet plutôt qu’en Wi-Fi. Quand bien même la connexion est excellente, il est impossible d’éviter un certain temps de latence lorsque l’on utilise un service de Cloud Gaming. Même s’il est minime (entre 1 et 10 millisecondes pour Shadow) et presque imperceptible, il est assez important pour potentiellement empêcher une pratique compétitive d’un jeu vidéo multijoueur, notamment sur certains genre comme les FPS ou les jeux de versus fighting.

Les promesses de la 5G

Certains défauts qu’une technologie d’avenir pourrait bien faire disparaître : la 5G. S’il y a bien un créneau sur lequel cette nouvelle génération du réseau mobile est attendue, c’est la latence. La 5G pourrait offrir un temps de réponse de l’ordre de 1 milliseconde, contre 10 actuellement. À ce titre, un responsable de Microsoft associait la 3G au développement du streaming de musique, et la 4G LTE au streaming vidéo, en expliquant que la 5G aurait le même rôle pour le jeu vidéo.

Une réactivité accrue, qui devrait permettre à plus de personnes de profiter d’un service de Cloud Gaming de meilleure qualité.