Au MWC 2018, un responsable de Wiko nous a expliqué comment la marque souhaitait faire évoluer son image en proposant des produits que les utilisateurs aient vraiment envie d’acheter au lieu d’y être contraints par leur budget.

Pendant un salon comme le MWC de Barcelone, on alterne entre les conférences et les entretiens en face à face avec des représentants des marques. Si les premières sont l’occasion de dévoiler les produits au public, les seconds permettent d’en apprendre un peu plus sur les coulisses d’une entreprise, ses stratégies et les enjeux auxquels elle fait face.

Ainsi, le lendemain de la présentation des nouveaux smartphones de Wiko, j’ai pu discuter avec Hervé Vaillant, responsable des relations publiques de la marque d’origine marseillaise. Ce dernier est revenu sur l’image de la marque auprès des consommateurs ainsi que sur les ambitions de son entreprise.

Apprendre de ses erreurs

Alors qu’il venait d’affirmer que Wiko restait « serein, mais vigilant » face à l’arrivée de Xiaomi en France, Hervé Vaillant s’est livré un peu plus en détail sur ce qu’espérait accomplir la marque avec ses nouveaux View 2 et View 2 Pro. Mais juste avant, nous avons pu aborder une question un tantinet sensible : le Wiko WiM.

Rappelez-vous, le Wiko WiM avait été présenté au MWC 2017 en très grande pompe. Il avait été le fruit d’une collaboration entre son fabricant et Qualcomm, DxO et Vidhence. Vendu à 399 euros, ce smartphone doté d’un Snapdragon 626 et d’un double appareil photo représentait alors un énorme bond dans la montée en gamme souhaitée par la marque basée à Marseille.

Le Wiko WiM

Néanmoins, ce modèle a accusé d’importants retards avant d’être commercialisé et, dans la pratique, le produit décevait sur plusieurs points. Hervé Vaillant ne veut pas parler d’échec. Au contraire, il mentionne même un demi-succès. Et il explique pourquoi.

Cela nous a permis de nous améliorer sur un bon nombre de fonctionnalités, surtout en photo et en vidéo. C’était le premier smartphone sur lequel on travaillait avec des partenaires très importants sur le marché mobile. Le WiM était super important parce qu’il a montré qu’on avait cette capacité de monter en gamme. Malheureusement, le fossé entre ce modèle et ce que l’on était habitué à faire était trop grand. Avec les View 2 et View 2 Pro, la montée en gamme se fait de manière plus douce.

Entre les lignes, on comprend que l’échec — ou le demi-succès, appelez cela comme vous le souhaitez — du Wiko WiM a permis à son constructeur de tirer des leçons pour ses futurs produits, sur le long terme. Wiko est toujours animé par cette volonté de monter en gamme et de sortir de sa zone de confort, mais a désormais compris qu’il ne fallait pas brûler les étapes.

C’est à cela que vont servir les Wiko View 2 et View 2 Pro, à procéder lentement mais sûrement pour changer la perception de la marque par les utilisateurs. Hervé Vaillant estime que ce processus a déjà été entamé au cours de ces dernières années et qu’il est en bonne voie.

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« Il y quelques années, Wiko se faisait tacler sur la qualité de ses appareils, mais c’est facile de tacler des produits à 50 euros. Honnêtement, les produits Wiko ont jusqu’ici toujours été plutôt subis aujourd’hui nos smartphones deviennent désirables. On ne choisit plus Wiko pour ne pas dépasser son budget, mais parce qu’on en a vraiment envie », dit-il en soulignant le design des View 2 — qui, rappelons-le, disposent d’un écran au ratio 19:9 avec une encoche en haut à la mode de l’Essential Phone.

Interface épurée et mises à jour plus fréquentes

Il insiste sur le fait que Wiko veut démocratiser les technologies et que l’objectif sera toujours de proposer « la meilleure expérience au meilleur prix ». Pour cela, il évoque notamment un « partenariat très fort avec Google » qui permet aujourd’hui à la marque d’épurer l’interface de ses smartphones et de les mettre à jour plus régulièrement. Pour l’avoir eu en main, je peux confirmer que le Wiko View 2 Pro a beaucoup gagné en sobriété et s’est débarrassé de beaucoup d’applications inutiles qui avaient pourtant l’habitude d’être préinstallées.

La petite encoche au-dessus des WIko View 2 et View 2 Pro.

La famille View et View 2 ne fait toutefois pas partie du programme Android One. Néanmoins, les nouveaux produits de Wiko à moins de 100 euros — le Tommy 3, le Lenny 5 et le Jerry 3 — profitent tous d’Android Oreo Go, la version allégée du système d’exploitation de Google dédiée aux terminaux avec une fiche technique modeste.

« Notre mission va être de faire comprendre aux consommateurs que Go Edition n’est pas une version amoindrie, mais optimisée »affirme-t-il. On peut donc raisonnablement espérer à ce que même les produits les moins chers de la marque bénéficient désormais d’un meilleur suivi sur la durée. Reste à savoir si ces promesses sur la qualité photo et l’expérience utilisateur sauront convaincre les utilisateurs.

Un mot sur Tinno

Notre conversation a aussi permis de revenir brièvement sur la récente fusion entre Wiko et Tinno. Les deux entreprises ont toujours très étroitement collaboré, mais désormais la première appartient à 100 % à la seconde — contre environ 95 % auparavant.

Concrètement qu’est-ce que cela va changer ? Le patron et fondateur de Tinno, James Lin rejoint le comité exécutif de Wiko et devient donc officiellement le président des deux firmes, à la tête de 5 000 personnes. Avoir une seule personne au sommet permettrait ainsi au groupe d’avoir « une stratégie plus cohérente, un cap commun ».

Nous ne sommes pas une marque française, nous sommes une marque globale

En termes d’organisation, Hervé Vaillant précise que le siège monde de Wiko reste basé dans la cité phocéenne. « Notre ADN est français puisque le design des produits est décidé à Marseille et c’est aussi là que tous les partenariats sont noués. Il y a aussi de la R&D. Mais nous ne sommes pas une marque française, nous sommes une marque globale, car Tinno veut faire de Wiko son porte-étendard dans un bon nombre de marchés dans le monde entier ».

Précisons que tous les produits de Wiko reposent sur les lignes de production de Tinno basées en Chine. La maison-mère dispose aussi de nombreux laboratoire des R&D, notamment à Shenzhen.

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