Introduction

Les journalistes ont l’habitude de résumer trop rapidement le choix dans le secteur de la montre connectée à Android Wear ou à l’Apple Watch. Pas seulement sur les médias généralistes, mais aussi dans la presse spécialisée, comme j’ai pu le lire dans le dernier Canard PC Harware. Pourtant, il existe une alternative crédible : Pebble. Dernièrement, cette petite entreprise américaine a réussi à repousser le record Kickstarter, détenu par la première Pebble, avec sa Pebble Time. La campagne est arrivée à son objectif, en moins de 24 heures. Au total, elle a recueilli 20 millions de dollars. Les vaut-elle ?

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Star Wars. Classe.

Tout le secteur de la montre connectée devrait être redevable à Pebble. En quelques mois, Pebble a réussi à concevoir une vraie alternative aux grands écosystèmes que sont iOS, Android et Windows. Avec un produit compatible avec toutes les plateformes, Pebble Time n’est pas seulement de l’Android Wear à la sauce Pebble, c’est une philosophie particulière, un concept unique et une plateforme propriétaire.

 

Pebble Time, un design industriel

Le design industriel de la Pebble Time lui confère à la fois certains de ses plus grands atouts, mais aussi ses plus grandes faiblesses. En effet, le matériel est très léger, et étonnamment petit et mince. Elle est résistante à l’eau – je l’utilise sous la douche – et son bracelet est interchangeable (standard 22 mm).

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Bracelet 22mm

Le tout prend peu d’espace sur le poignet, avec un dos concave pour plus de confort. Le plastique utilisé est de qualité, cela respire la qualité et une bonne finition.

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Trois boutons physiques à droite, et le microphone

Qualité… ne veut pas dire que la Pebble Time est « jolie ». Au premier abord, tout ce plastique lui donne une apparence de jouet pour enfants. Les boutons sont moins saillants que le premier modèle, néanmoins ils restent imposants. L’appui est spongieux, mais se termine pour un clic à la fin.

Pebble Time

Verre Gorilla Glass 3 concave

Vous remarquerez également la présence d’un microphone (résistant à l’eau), utile pour lancer des commandes vocales.

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Pas très pratique pour les gauchers, il faut inverser la montre (je ne sais si c’est possible)

 

E-ink, avec 64 couleurs

La face de la Pebble Time est symétrique et ressemble à une minuscule télévision old-school. Elle intègre un écran de 1,25 pouce, un affichage e-paper avec 64 couleurs, une définition 168 x 144 pixels (182 ppi), un traitement en verre Gorilla 3 et un rétroéclairage LED. Même si les images et les icônes sont pauvres en couleurs, cela suffit à afficher des cadrans et des mini-interfaces d’apps. Pour information, les 64 couleurs sont fournies par des sous-pixels, qui sont mélangés aux autres pixels.

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64 couleurs pour des interfaces « plus fun »

Le gros avantage, c’est la lisibilité de l’écran en plein soleil, une des caractéristiques des écrans e-ink – ce type de « papier électronique » est purement réflectif et utilise la lumière ambiante de la même manière que le papier classique. Ainsi, il est très facile de lire sur ce type d’écran, quel que soit l’angle sous lequel on le regarde et même en plein soleil.

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Du rétro-éclairage

Autre avantage de cet écran : il est en toujours en fonctionnement, et peut donc afficher un cadran sans consommer beaucoup d’énergie.

 

A l’intérieur, le strict minimum

Point de grosses plateformes dans cette montre de seulement 42 grammes et 9,5 mm d’épaisseur.

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On retrouve un SoC ST Micro STM32F439ZG MCU basé sur du Cortex-M4 180 MHz, ainsi que 128 Mo de mémoire flash (Spansion S29VS128R) et enfin une puce Texas Instruments CC2564B Bluetooth. On remarque également la présence d’un capteur de lumière ambiante, pour ajuster le rétroéclairage.

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Crédits : iFixit

Concernant les capteurs, la Pebble Time intègre un accéléromètre et un gyroscope (Bosch Sensortec BMI160), mais aussi un magnétomètre numérique trois axes qui a été conçu pour la détection des faibles champs magnétiques. En gros, une puce qui sert à mesurer selon les cas l’intensité ou la direction d’un champ magnétique… une boussole, si vous voulez.

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Crédits : iFixit

Enfin, la Pebble Time inclut une batterie avec une capacité de 150 mAh (0,57 Wh, 3,8 V). Nous reviendrons sur cette partie un peu plus loin dans le test. D’ailleurs, iFixit nous signale que la batterie est facilement amovible. Notons également, comme précisé plus haut, la présence d’un microphone au niveau des boutons physiques.

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Crédits : iFixit

Cette conception interne nous montre encore une fois que Pebble est arrivé à un aboutissement, avec des composants vraiment maitrisés.

 

L’OS, sur mesure

Côté logiciel, c’est sûrement la plus grosse évolution. D’ailleurs, l’équipe Pebble a recruté des talents, jusqu’à des membres de l’ancienne équipe de Palm. Cela se ressent dans cette toute nouvelle interface. Le changement le plus évident est la prise en charge de la couleur. Évidemment, pour les plus nostalgiques d’entre nous, vous aurez en tête la Game Boy Color. Sachez que ce n’est pas si éloigné.

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Les notifications du smartphone directement sur le poignet

Avec un écran de 1,25 pouce et 64 couleurs, une architecture très légère, Pebble a tout de même beaucoup de matière pour proposer une expérience moderne. On retrouve des bords arrondis sur les éléments visuels, des grandes icônes en gras et des animations un peu partout. Le style me fait penser au travail effectué par Susan Kare, la graphiste qui a travaillé sur Windows 3.1 et Macintosh (le fameux Dogcow) à la fin des années 80.

Revenons aux animations… à double tranchant. Elles enrichissent l’expérience utilisateur, néanmoins les caractéristiques de l’affichage e-ink les rendent lentes, un peu comme si elles étaient saccadées. C’est pour cela que Pebble a utilisé de fines animations pour les transitions dans les menus. Le tout est suffisamment lisse et fluide.

Étant donné que l’écran n’est pas tactile, les accès sont simples, avec peu de menus.

 

Que peut-on faire avec la Pebble Time ?

C’est finalement la question que l’on me pose : à quoi sert-elle ? Tout d’abord, elle donne l’heure. C’est finalement assez poussé, car vous avez le choix entre plusieurs centaines de cadrans, dont certains affichent la météo ou d’autres informations. On retrouve tous les cadrans rétro, les cadrans geek (comme le Nyan Cat que j’ai choisi), mais aussi une tonne de copycats. Il y a du choix, en couleurs et en noir et blanc.

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Par défaut, sans installer aucune application, la Pebble Time intègre une petite flopée de fonctions. Des réveils, une télécommande pour la musique (pause, changement de pistes, etc.) ainsi que l’accès à vos notifications. D’ailleurs la prise en main est rapide et efficace. Le bouton de gauche permet de revenir en arrière, là j’ai positionné mon pouce sur le GIF plus haut. À droite, les trois boutons permettent de naviguer (haut et bas) et sélectionner (au milieu).

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Un appui vers le haut, les notifications, alarmes et anciens rendez-vous. Vers le bas, les évènements à venir. Le passé et l’avenir, en gros.

Pebble a développé ce que l’on peut appeler une « timeline », où se trouvent les évènements passés en haut (appels reçus, notifications reçues, anciens rendez-vous, etc.) et les évènements à venir vers le bas.

Vous pouvez aussi rentrer dans le menu général, pour retrouver les paramètres, la gestion de la musique, les notifications, mais aussi les applications installées. Les fameuses applications, plutôt des mini-apps, peuvent être installées à partir de l’application iOS ou Android. C’est d’ailleurs dans cette app, que l’on retrouve également les cadrans (watchfaces). L’installation se fait en quelques secondes, on retrouve également des jeux très simples.

Pebble Pebble Technology Corp

Pour ma part, j’ai opté pour l’application Misfit, qui permet de suivre son activité (nombre de pas, distance parcourue, calories brulées, etc.). Il existe une bonne dizaine d’applications dédiées au sport, mais aussi de nombreuses applications pratiques : météo, todolist, taux de change… et même Evernote, qui propose de visualiser la dernière note ouverte sur le téléphone.

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Misfit… et quelques jeux. Des apps pratiques. J’ai même trouvé une app pour contrôler mon système Sonos.

Évidemment, les notifications jouent un rôle important dans l’intérêt de ce produit. Sur Android, il est possible de visualiser très rapidement les notifications de toutes vos applications. Pour les SMS, il est même possible d’envoyer des réponses préconfigurées (ce qui n’est pas possible avec iOS). L’objectif étant d’essayer de décrocher de son smartphone, tout en restant connecté. Pour le coup, je suis plutôt satisfait et l’impact sur l’autonomie de mon smartphone est minime. Avec le Bluetooth Low Energy et le travail d’optimisation de Pebble, le gain est même positif, vous n’avez plus besoin de constamment allumer l’écran de votre téléphone pour vérifier le contenu de vos notifications.

 

Et quid de l’autonomie ?

Avec ce choix judicieux de composants, l’écran e-ink et le Bluetooth Low Energy, Pebble promet 7 jours d’autonomie. En pratique, elle tient 3 à 4 jours en fonction de votre activité. Personnellement, c’est environ trois jours, sur mes 6 derniers cycles.

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Connecteurs aimantés

Le rechargement s’effectue à travers des connecteurs aimantés propriétaires, connectés à un câble USB. Comptez environ 30 minutes pour la charge.

 

Note finale du test 7/10
Son design est maladroit, avec des boutons trop imposants, mais l'ensemble respire la qualité. L'expérience utilisateur globale est minimaliste et sans chichi. Malgré ses défauts, la Pebble Time est pleine de charme, mais elle n'offrira jamais une expérience aussi complète que l'on peut trouver sur Android Wear. Ce qu'elle peut offrir, c'est une solution multiplateforme avec un écosystème de cadrans et d'apps plutôt complet, un OS léger et bien conçu, et une bonne autonomie. Si le design ne vous rebute pas, foncez.
  • Points positifs
    • Design industriel de qualité
    • OS léger, complet et sur-mesure
    • Compatibilité multi-plateforme
    • Bonne autonomie
    • Lisibilité en plein soleil
    • Possibilité de répondre aux SMS avec des messages pré-configurés
    • Multitude de cadrans
    • Résistance à l'eau (jusqu'à -30 mètres)
  • Points négatifs
    • Design rebutant (selon moi)
    • Mini-apps limitées par les performances et la technologie d'écran
    • Pas d'intégration de Google Now sur Android
    • Nécessité de l'importer des USA (comptez 170 à 220 euros)