Vous connaissez peut-être déjà l’ANFR (Agence Nationale des Fréquences), c’est elle qui se charge des enchères qui permettent aux opérateurs d’acheter des morceaux de fréquences, comme récemment sur la bande des 700 MHz. Mais ce n’est pas sa seule mission, puisqu’elle est également partie prenante dans la définition des réseaux 5G. Elle organisait ce matin une conférence dédié à ces réseaux du futur à laquelle nous avons assisté qui réunissait opérateurs, équipementiers et représentants politiques.

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Si les réseaux 5G sont souvent évoqués à l’horizon 2020 par les opérateurs, pour l’ANFR, la 5G est un sujet dont l’agence s’occupe depuis déjà 2015, sur les plans techniques et règlementaires, au niveau français et européen. Au sein de plusieurs tables rondes, plusieurs thématiques clés du futur déploiement des réseaux 5G ont été abordées.

Un premier brouillon de la 5G pour octobre 2017

En ce qui concerne la 5G, l’ANFR à déjà autorisé certains opérateurs, comme Orange, a débuter des expérimentations relatives à la 5G et mener des démonstrations comme nous vous le rapportions récemment. Mais l’agence est également engagée au niveau international avec l’UIT, l’union internationale des télécommunications, dans la création des normes autour de la 5G, qui permettra aux différents acteurs (opérateurs, constructeurs de téléphones) de mettre en place la technologie au niveau commercial. Et bonne nouvelle, une première version de la norme télécom IMT-2020, le nom technique officiel de la 5G, devrait être proposée à la fin de l’année 2017.

Par la suite, cette première proposition sera complétée par les différents ajouts que pourront faire les opérateurs, comme Orange par exemple, mais également les équipementiers réseaux, tels que Nokia qui est, rappelons-le, un géant des réseaux mobiles. Comme illustré ci-dessous, ces discussions devrait alors aboutir à la version finale de la norme IMT-2020, la 5G, pour la conférence mondiale des télécoms (our WRT en anglais) en 2019.

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Cette façon de faire, permettant d’intégrer toutes les remarques des différents industriels, opérateurs et équipementiers en ligne avec les autorités est très importante pour construire un consensus. C’est ce qu’a rappelé Philip Marnick, président de la commission chargé du spectre à l’OFCOM, l’équivalent britannique de l’ANFR. Pour lui, travailler à un standard commun avant même la future conférence mondiale est le seul moyen d’arriver à un compromis qui évitera les déceptions. Cette manière de faire permettra aussi d’avoir le plus de chance à la norme d’être adoptée au niveau mondial.

 

Trois bandes européennes

Afin d’être utile au plus grand nombre de consommateurs, la 5G doit être déployée dans le plus grand nombre de territoires, et alors que le déploiement de la 4G bat son plein, les différents acteurs ont reconnue le retard à l’allumage qui s’est produit en France sur la 4G, avec un retard par rapport aux autres pays et par rapport au planning initial. Afin de ne pas reproduire les mêmes erreurs, la 5G doit pouvoir être accessible à tous, et c’est pourquoi elle utilisera en fait plusieurs bandes, illustrées ci-dessous assez différentes, afin de permettre d’atteindre des objectifs assez différents eux aussi.

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Pour ce qui est de la couverture par exemple, la 5G utilisera des bandes de fréquences déjà bien connues, puisqu’il s’agit notamment de la bande des 700 MHz. Aujourd’hui utilisée par Free par exemple pour la 4G, la bande pourra être utilisée au niveau européen pour permettre l’émergence de réseaux 5G et ainsi bénéficier d’une portée et d’une couverture importante. En effet, rappelons-le, plus les bandes utilisent des fréquences basses, plus elles portent loin et pénètrent les bâtiments.

A l’autre bout du spectre, vers 26 GHz il y a des fréquences très élevée qui viendront permettre une amélioration du débit dans les zones particulièrement denses en plein coeur des villes. Celles-ci n’ont pas du tout vocation couvrir de vastes zones, mais elles sont excellentes pour améliorer le débit et décongestionner les zones embouteillées en 4G aujourd’hui, comme les hyper-centres. Sur ce sujet, nous avions déjà aperçu des gains importants en débit, pouvant aller jusqu’au gigabit, lors d’une démonstration d’Orange.

Entre les deux se trouvent une nouvelle bande de fréquence, entre 3,4 et 3,8 GHz que l’ANFR a commencée à ouvrir à titre de test l’année dernière, ce qui à conduit Orange à conduire des expérimentations de terrains depuis presque 1 an et demi.

 

Vers une harmonisation mondiale

Enfin, outre le calendrier d’élaboration des futurs réseaux 5G, ainsi que les bandes de fréquences utilisées, une dernière thématique ressortait de cette conférence de l’agence nationale des fréquences : une volonté d’harmonisation. Et ce ne serait pas du luxe.

Très concrètement aujourd’hui, quand vous souhaitez achetez un smartphone, d’autant plus si vous l’importez de Chine par exemple, il est extrêmement important de faire attention aux bandes sur lesquelles il peut fonctionner. C’est généralement indiqué à la fin des spécifications des smartphones, et ce que nous indiquons dans nos actualités, et nos guides, comme ici afin de vous aider à vous y retrouver. S’il ne possède pas les mêmes bandes que celles utilisées en France, vous risquez ainsi de ne pas pouvoir utiliser la connexion 4G, ce qui serait plutôt dommage !

Même s’il existe déjà une harmonisation en cours, tous les acteurs de la 5G veulent pousser une harmonisation au niveau international. On à déjà commencé à assister à cette tendances depuis quelques temps et ainsi il y a encore quelques jours China Mobile annonçait qu’il allait désormais exploiter la bande des 800 MHz, aussi utilisée en France pour la 4G. Cela veut donc dire qu’une grande majorité des smartphones chinois devrait être compatible avec cette bande.

En tout cas, pour le moment il est encore compliqué de s’y retrouver dans les différentes bandes utilisées. Il suffit de prendre un smartphone et de vérifier ses différentes bandes de fréquences supportées en 4G pour se rendre compte de l’existence d’un nombre très élevé à travers le monde : bandes 38, 39, 40, 1, 2, 3, 4, 5, 7, 8, 9, 12, 17, 18, 19, 20, 26, 28 et 29 pour le Huawei Mate 9. 19 bandes de fréquences différentes, et seulement quatre utilisées en France.

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La France utilise 6 bandes de fréquences en 2G/3G/4G

Pour la 5G cependant, le travail à déjà commencé au niveau de l’UIT pour créer une norme mondiale. Cette ambition, un poil utopique à notre avis, mais très louable, vise à ce que les bandes définies dans la norme de la 5G, l’IMT-2020 soient les mêmes au niveau mondial. Cela signifierait alors que peu importe où vous achetiez votre smartphone, il serait capable d’opérer sur les réseaux de tous les opérateurs, en Europe, aux États-Unis, ou encore au Japon pour ne citer que quelques pays aux normes différentes aujourd’hui.

Si c’est théoriquement possible, nous sommes encore un peu sceptiques au vu des enjeux politiques. Les bandes basses sont en effet énormément utilisées par les services d’urgence ou tout un tas de services commerciaux (TV, radio, etc.) contrairement aux bandes hautes. Mais si une harmonisation au niveau mondial nous semble compliqué (ou alors sur quelques bandes très élevées), il y a bon espoir que les bandes soient harmonisées au moins au niveau européen puisqu’il existe une dizaine de bandes de fréquences utilisée en Europe en 4G. Une nouvelle qui devrait être bien accueillie par les opérateurs français, qui étaient pour rappel, ceux qui investissent le plus dans les réseaux 4G comparé aux autres opérateurs européens, devant l’Allemagne et l’Italie par exemple.

 

A quand l’arrivée de la 5G ?

Commercialement, la Commission européenne souhaite qu’un réseau 5G soit commercialement disponible dans au moins une grande ville de chaque pays de l’Union d’ici 2020. D’ici 2025, « toutes les zones urbaines ainsi que les principaux axes routiers et ferroviaires devraient disposer d’une couverture 5G ininterrompue ». Les premiers réseaux devraient arriver en 2018, comme par exemple pour la couverture des JO d’hiver en Corée du Sud.

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