L’avènement récent des objets connectés au smartphone aura fait un mort dans cet univers pas si nouveau. Nabaztag, Karotz : appelez-le comme il vous plaira. Mais sachez que pour lui, les carottes sont cuites.

Nabaztag

Il y a près de dix ans, personne ne parlait d’objets connectés. L’Internet of Things n’était pas passé dans le vocabulaire courant, le smartphone n’existait pas et le réseau Edge commençait tout juste à être déployé en France. Pourtant, un « objet communicant », comme on l’appelait alors, a rencontré un succès aussi imprévu qu’impressionnant. Le Nabaztag était lancé en 2005, sous forme d’un lapin aux oreilles mobile, illuminé de LED colorées et capable de se transformer en votre meilleur ami. Si évidemment vous ne l’aviez pas jeté par la fenêtre, l’appareil design n’étant en rien comparable aux objets connectés d’aujourd’hui en termes de configuration.

À quoi servait-il ? Connecté à votre box en WiFi 802.11 b/g (n’est-ce pas rétro ?), il était capable de lire vos emails, de diffuser de la musique, d’indiquer la météo, de vous donner des infos trafic…. On l’a probablement oublié, mais il était sympathique, ce lapin. Et surtout, surtout : il bougeait les oreilles. On ne disait pas swag à ce moment, mais si un mot est approprié pour cet adorable lapin connecté, c’est bien celui-ci. Non seulement il était du plus bel effet dans votre salon, mais il vous faisait passer pour un technophile à la pointe du progrès auprès des béotiens qu’étaient vos amis. Il coûtait un bras, au passage, mais l’arrivée des smartphones, des bracelets, des hubs, des capteurs à tout va nous ont désormais habitué à l’idée que pour être connecté, il faut avoir un portefeuille bien garni. D’ailleurs, il fallait être prêt à dépenser un peu plus d’argent pour l’utiliser pleinement, puisque des mini-lapins dotés de puces RFID permettent d’interagir avec l’appareil.

 

Et le Karotz fut

Après un peu plus de cinq ans de bons et loyaux services, alors que l’iPhone 4 remporte un large succès en France, qu’Android commence à résonner aux oreilles des mobinautes, que les forfaits mobiles sans engagement commencent à se démocratiser, Nabaztag souffre. Les temps sont durs, vient la liquidation judiciaire de sa maison mère puis la reprise, en 2011, par Mindscape. L’éditeur de logiciels lance alors une nouvelle version du lapin le plus geek de tous les temps, qui prend alors le nom de Karotz.

Grosso modo, c’est un Nabaztag en un peu mieux : il embarque une caméra, un port USB, fonctionne avec des tags RFID plats en forme de lapins (les Flat Nanoz), il est facile à configurer… et encore un peu cher. Il coûte plus de 100 euros même dans le cadre de promotions mais conserve les grandes oreilles mobiles qui ont fait le succès de son prédécesseur. Vous l’avez acheté alors et l’avez oublié dans un carton ? Vous avez alors peut-être raté l’information qui a suivi : Mindscape s’y est aussi brisé les dents, et en octobre 2011, l’activité Karotz passait aux mains d’Aldebaran Robotics. La société française, fondée en 2005, est spécialiste des robots humanoïdes, pas lapinoïdes.

Karotz

Depuis lors, et surtout parce que les sources de Karotz ont été livrées à la communauté d’utilisateurs de l’appareil, le lapin connecté survit tout doucement. Aldebaran a cessé de produire les appareils et indique que « l’ensemble des stocks est épuisé depuis presque deux ans », ajoutant que « moins de 10 % [des lapins] sont en activités ». Malgré la déception, rendons justice à Aldebaran : mon Karotz n’a effectivement pas survécu à mon dernier déménagement, et sommeille depuis deux ans dans son carton, après une courte période d’activité… Où il me servait de lecteur de webradios.

 

Une mort annoncée au 18 février 2015

Karotz

Aujourd’hui un peu passé de mode, remplacé par des objets connectés au design soigné – pensons à la Mother de Sen.se – le Karotz tire sa révérence. Il ne se connecte pas simplement en NFC à un smartphone, ou plutôt ne se connecte pas du tout à un téléphone mais nécessite un logiciel installé sur un ordinateur. Il n’est pas connecté en RJ45 à une box Internet, ne dispose pas d’une prise micro-USB : il ne répond vraisemblablement plus aux exigences de son temps. C’est du moins le constat que dresse le PDG d’Aldebaran, Bruno Maisonnier :

« Aujourd’hui, prés de 10 ans après son lancement, Karotz est confronté à une concurrence technologique forte : les objets connectés sont maintenant en 4G, mobiles, évolutifs et intelligents. Karotz et ses utilisateurs ont marqué l’histoire des objets connectés, ils en ont ouvert la voie. Nous sommes arrivés à la fin de cette belle histoire pour Karotz qui cède sa place à des produits plus adaptés à notre époque. »

La firme a arrêté une date : les serveurs seront coupés et le service après-vente fermé le 18 février 2015, tandis qu’Aldebaran se concentrera sur son cœur de métier, la robotique. À la question de ce que deviendra Karots après la date fatidique, la réponse est sans appel : « Votre lapin sera toujours auprès de vous, mais sans activité ». Des mots qui évoquent un véritable décès, celui de l’animal le plus populaire des nouvelles technologies. Si Aldebaran verse presque dans l’anthropomorphisme lorsque l’entreprise évoque le lapin, c’est bien parce que ce premier appareil mêlant design et modernité technologique a marqué un tournant dans les esprits. Il a été oublié peut-être, mal-aimé, critiqué pour ses (nombreux) défauts, mais il a, à sa manière, contribué à ouvrir la voie à l’Internet des objets emblématiques de ces deux dernières années. Et pour cela, on peut lui être reconnaissant.