Créateur de Linux, il adopte l’IA mais refuse qu’elle signe son code

 
Le créateur de Linux n’a rien contre l’intelligence artificielle. Mais quand on lui dit que l’IA écrit « 99 % » d’un code, il se met « littéralement en colère », et sa raison vaut le détour.

« 99 % de son code est désormais écrit par l’IA ». Likes, repartages, commentaires admiratifs. À l’autre bout du pays, sur la scène de l’Open Source Summit de Minneapolis, le créateur de Linux entend ce genre de phrase et, dans ses propres mots, se met « littéralement en colère ». Ce n’est pas qu’il déteste l’IA : c’est tout l’inverse, et c’est là que son propos devient intéressant.

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« Ingérable » : le fondateur de Linux sévère quant aux identifications de bugs par IA

Linus Torvalds s’exprimait en mai 2026 lors d’un échange public à l’Open Source Summit North America. Son idée tient en une phrase : l’IA est un outil de productivité, comme le compilateur en son temps. Côté chiffres, il assume : le noyau Linux a vu ses contributions grimper d’environ 20 % sur les deux dernières versions, en bonne partie grâce à ces outils. Lui-même s’y est mis, après des années de scepticisme moqueur. Bref, il ne crache pas dans la soupe.

Pour bien situer la sortie : Torvalds n’a pas lâché ces mots au hasard. La phrase la plus reprise (« la liste sécurité est devenue presque ingérable, à cause de doublons massifs : plusieurs personnes trouvent les mêmes bugs avec les mêmes outils ») figure dans la note accompagnant une version candidate du noyau, en mai 2026. Le keynote de l’Open Source Summit a prolongé ce constat en public.

« Personne ne dit que le compilateur a écrit son code »

C’est sa comparaison qui frappe. Selon lui, les gens qui se vantent d’un code « à 99 % écrit par l’IA » oublient que 100 % de leur code passe déjà par un compilateur. Et personne ne dit jamais « c’est le compilateur qui a écrit mon programme ».

Pour aller plus loin
Même Linus Torvalds vibe-code

Là où la formule devient redoutable, c’est sur l’échelle. Linus Torvalds estime que le compilateur a multiplié la productivité par 1000. L’IA, elle, apporte un facteur 10 : réel et utile, mais cent fois moins transformateur que le compilateur en son temps. En 2024, il trouvait encore le battage autour de l’IA « hilarant ». Depuis, il a vibe-codé un petit visualiseur audio pendant les fêtes. Le sceptique a essayé, et il a aimé.

Le revers : les petits projets qui coulent

Reste un effet de bord que peu de monde anticipe. L’IA permet à n’importe qui de générer un rapport de bug en deux clics, puis de disparaître.

Linus Torvalds résume la scène : parfois l’IA signale un bug, on demande des précisions, et l’auteur a déjà filé sans répondre. « C’est ça, le vrai problème d’épuisement », dit-il. Le noyau Linux encaisse, avec son millier de mainteneurs, ses 35 millions de lignes de code et ses outils de tri automatisés. Les projets tenus par une ou deux personnes, eux, se noient. Pire : certaines entreprises arrosent l’open source de bugs détectés par IA pour la visibilité, sans jamais fournir le moindre correctif.

Le plus tranchant arrive à la fin. Ceux qui ne comprennent pas la complexité d’un système, prévient Linus Torvalds, vont quand même le piloter à coups de prompts, et écrire des processus qui finiront par casser. La fiabilité, prévient-il, se jugera sur la durée, un projet sérieux se maintient sur des décennies, pas le temps d’un prompt.


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