
On a tous ce tiroir. Celui avec deux chargeurs orphelins, une vieille carte SIM et trois smartphones morts qu’on garde « au cas où ». Ces téléphones-là, on ne les rallumera jamais. On le sait. Eux aussi. Google a regardé ce tiroir et y a vu une salle serveur en pièces détachées. L’idée paraît farfelue, mais elle sort d’un vrai laboratoire.
L’annonce vient d’un billet du blog Google Research publié le 12 juin 2026, cosigné par Jennifer Switzer et David Patterson. C’est ce document, et non un communiqué de Google sur un déploiement déjà lancé, qui sert de source à tout ce qui suit.
Le projet s’appelle « phone cluster computing ». Le principe : extraire la carte mère de smartphones retirés, en empiler des dizaines, et les faire tourner ensemble comme une seule machine. On vire l’écran, la batterie, le châssis et les capteurs, tout ce qui ne sert à rien dans un rack. Reste la carte mère, qui concentre à elle seule la moitié de l’empreinte carbone de fabrication du téléphone, selon les estimations internes de Google. C’est là que se joue le calcul. Graver une puce coûte une montagne de CO2 avant même le premier allumage. Avec 1,5 milliard de smartphones vendus chaque année, le gisement dort dans nos tiroirs. Lancement prévu à l’automne 2026.
Pourquoi 25 vieux Pixel peuvent remplacer un serveur neuf
Sur le papier, ça tient la route. Au benchmark SPEC, selon Google Research, un cœur performant du Pixel Fold (2023) rivalise avec un cœur de serveur Asus (RS720A-E11) en mono-thread. La différence, c’est la taille : un serveur aligne des dizaines de cœurs et une mémoire énorme, un téléphone se contente de 8 à 12 Go.

Google compense par le nombre. Il faut compter 25 à 50 Pixel pour égaler un serveur moderne, soit une cinquantaine de serveurs équivalents avec les 2 000 prévus, sans graver une seule puce neuve.
Les premiers tests sont parlants : selon Google Research, un cluster de seulement 20 téléphones tient déjà la charge d’une classe de plus de 75 étudiants, avec des temps de correction des copies inférieurs à ceux du service cloud par défaut d’Amazon (AWS). Le déploiement complet à 2 000 Pixel doit pouvoir faire tourner une centaine de classes en parallèle.
On remplace Android par une distribution Linux classique, on orchestre le tout avec Kubernetes, et l’ensemble se comporte comme un cloud normal.

À noter : ce data center n’est pas fait pour l’IA. Avec 12 Go de RAM par nœud, on héberge des notebooks Jupyter et des correcteurs automatiques de copies, pas un modèle de langage complet.
Une bonne idée, mais pas encore un produit
L’origine de ce projet remonte à une thèse de Jennifer Switzer, présentée à la conférence ASPLOS en 2023, désormais épaulée par David Patterson, prix Turing et figure de l’architecture des processeurs.
Le projet cible des facs avec des pics de calcul ponctuels : cours de programmation parallèle, serveurs de TP, correction de devoirs. N’imaginez pas que ça soit utile pour votre PC, ni une startup.
Reste les problèmes concrets. Qui démonte 2 000 téléphones à la main ? Et des nœuds ARM tous différents, c’est un casse-tête de maintenance face à des serveurs x86 standardisés. Et la fiabilité de matériel grand public sous charge continue n’est tout simplement pas prouvée. C’est même tout l’objet de l’expérience.
L’idée est sérieuse et elle attaque le bon problème : le carbone déjà dépensé, pas seulement celui qu’on brûlera ensuite. Mais ça reste un banc d’essai universitaire : on est loin de signer la fin des data centers. La vraie question, c’est de savoir si réemployer un vieux téléphone bat vraiment l’achat de matériel neuf, sur la durée et à grande échelle.
Recycler votre propre smartphone, sans rack
Bonne nouvelle : pas besoin de 2 000 Pixel ni d’un cluster pour s’amuser. Un seul vieux smartphone, branché en permanence sur le secteur, fait une caméra de surveillance très correcte avec une application comme Alfred ou IP Webcam.
Pour aller plus loin
Comment utiliser un smartphone Android ou un iPhone comme une webcam sur PC (Windows, macOS et Linux) ?
Vous le posez face à la porte d’entrée, et il vous envoie l’image sur votre téléphone actuel. Le même bricolage marche en babyphone, en caméra pour surveiller le chat, ou scotché au pare-brise en dashcam. C’est gratuit, et ça évite d’acheter un énième objet connecté qui finira… dans un tiroir.
Côté maison connectée, un vieil écran fixé au mur devient un tableau de bord Home Assistant aux petits oignons, voire un capteur de présence pour déclencher vos automatisations. Les plus joueurs en feront un serveur multimédia léger, une borne d’émulation rétro ou un lecteur Spotify dédié à la cuisine. Et pour boucler la boucle avec Google : il existe des applications de calcul distribué comme BOINC, qui prêtent la puissance de votre mobile retraité à la recherche scientifique. Le tiroir, franchement, c’est la dernière option.
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