C’est dans les locaux de Faber Novel à Paris dans le 10e arrondissement que nous avons rencontré Chara Kelley, une Glass Explorer américaine, tout droit venue de l’État de l’Alabama. La jeune femme de 35 ans nous a présenté ses lunettes à l’occasion du MeetGlass organisé par Human Glass. Elle nous a également parlé de son expérience avec les Glass dans un cadre intimiste.

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Rien ne prédestinait Chara Kelley à adopter cette voie. Notre Explorer est de formation commerciale, spécialisée dans la vente de produits pharmaceutiques dans son pays natal. Celle qui se passionnait également pour les nouvelles technologies, a découvert le concours lancé par Google sur Twitter. C’est en n’y croyant pas au départ qu’elle a décidé de participer en tweetant un petit “#Ifihadglass i could see clearly now” (si j’avais les Glass, je pourrais y voir plus clair). Le message a eu l’effet escompté sur la firme de Mountain View qui l’a contactée pour l’informer de la bonne nouvelle. Elle était devenue une Explorer. “J’avais un iPhone à l’époque et les Glass n’interagissent pas bien avec les produits Apple”, nous lance-t-elle en cherchant à diffuser le contenu de ses lunettes sur son smartphone Android. Récupérées en Californie dans le campus de Google, Chara Kelley a immédiatement adopté les Glass. “Je ne les quitte plus”, nous dit-elle lançant un regard presque amoureux à ses lunettes. Elle va encore plus loin dans ses révélations en indiquant aimer les Glass. Chara Kelley va jusqu’à personnifier les Glass, disant “She” (elle) à chaque fois qu’elle parle de sa paire de lunettes connectées. En anglais, on utilise généralement le pronom “it” pour désigner un objet, mais Chara semble entrevoir une âme au-delà de l’aspect matériel des Glass. “Les Glass sont comme un animal de compagnie, il faut savoir les adopter.

« Les Glass, c’est comme un animal »

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Mais nous n’étions pas là pour parler de cette relation quasi-romantique qui lie visiblement les deux “personnes”. Tout de suite se sont imposées les questions relatives à la vie privée. “C’est n’importe quoi”, répond Kelley, affirmant que les Glass ne constituaient pas un élément intrusif dans la vie de leur propriétaire. “Elles ne filment pas en permanence, sinon la batterie serait à plat au bout de 15 minutes.” Parce que, oui, les Glass consomment beaucoup ! Elles chauffent d’ailleurs tout autant mais “pas de quoi vous brûler la tempe”, rassure-t-elle. On l’aura compris, Chara Kelley est complètement sous le charme de ses lunettes. On se rappelle de l’épisode lorsque le Congrès américain avait décidé d’intervenir quant au port des Glass dans les lieux publics, notamment dans les casinos. Pour satisfaire les représentants de la loi, Larry Page, co-fondateur de Google, avait rencontré les sénateurs pour discuter de ce problème. “Google nous a indiqué qu’il était interdit de fréquenter des casinos avec les Glass ou de les utiliser pour faire de la pornographie”, martèle Chara Kelley. Et d’ajouter pour l’anecdote qu’un « Explorer avait tenté de pénétrer dans un casino avec les Glass sur le nez mais Google les a immédiatement désactivées”, reconnaissant la position géographique de leur porteur.

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Dans son cas précis, Chara Kelley jure n’avoir jamais eu de problèmes avec les Glass. Notre Explorer regrette seulement que sa famille n’ait pas bien accueilli l’objet. “En me réveillant, j’enfile mes vêtements et mes Glass, je les ai sur moi toute la journée”, nous confie-t-elle. Il lui est arrivé une fois de se faire recaler d’un hôpital par sa propre tante qui ne voulait pas la voir portant les Glass, jugeant cela inapproprié à la situation.

Faire chanter les Google Glass

Un choix compréhensible, surtout lorsqu’on doit interagir souvent avec les Glass par le biais de la voix. Et en parlant de reconnaissance vocale, “c’est un problème qu’il faudra résoudre à l’avenir, avant leur commercialisation”, prévient Chara. “N’importe qui se tenant à côté de vous peut les contrôler en disant OK GLASS ». Kelley regrette également l’absence de flash et de zoom sur l’appareil photo, chose qui rend le capteur complètement inutilisable la nuit ! Surtout lorsqu’on sait que la principale intéressée travaille avec une équipe de développeurs américains pour l’élaboration d’une application de karaoké dédiée au Glass. Et qui dit karaoké, dit forcément dans un lieu pas très éclairé. “J’aurais aimé avoir d’autres applications sur les Glass comme Field Trip, pour visiter Paris notamment”, ajoute Chara, qui rappelle toutefois que d’autres applis intéressantes sont d’ores et déjà disponibles comme celles du New York Times, CNN ou encore Tumblr.

Questionnée sur le danger des Glass au volant, Chara Kelley assure conduire avec ses lunettes sans qu’elle puisse être dérangée outre mesure. “Le GPS, qui reste pour moi la meilleure fonctionnalité des lunettes, est très bon sur les Glass”, avant d’ajouter que “regarder les Glass, c’est comme regarder dans le rétroviseur, c’est cool.

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Cet amour inconditionnel pour les Glass n’est en tout cas pas prêt de se rompre dans le coeur de Chara. “Si Google décide de me retirer les Glass et me rendre mes 1500 dollars, je dirais OK, car c’est lui le boss”, dit-elle d’un ton triste, mélangé à son accent du sud américain. “Elles risquent de beaucoup me manquer.” On espère en tout cas que leur histoire d’amour durera, pour le meilleur et pour le pire.

Une Explorer atypique ?

Si Chara Kelley n’a pas grand chose à voir avec le monde du développement d’applications sous Android, et qu’elle semble visiblement bien s’amuser avec Glass, ce n’est pas vraiment le cas des autres Explorers. Nous avions rencontré lors de la DroidCon, organisée à Paris en juin dernier, Alain Regnier, développeur depuis de nombreuses années et ancien de la Silicon Valley. Il est actuellement consultant dans le domaine des technologies Google et organisateur du GdG Paris (Google Developers Group). Il existe toutes sortes de Glass Explorers qui font un usage complètement différent des lunettes de Google. Non pas que l’usage de Chara ne soit pas honorable, car grâce à elle, beaucoup de passionnés ont l’occasion de tester les Glass pour la première fois et se forger une idée sur cette nouvelle technologie. Alors merci Chara !