Des tweets de 280 caractères sur Twitter, des algorithmes qui changent en permanence, des stories à la Snapchat dans Facebook ou Instagram… Les réseaux sociaux abusent-ils des nouvelles fonctionnalités et changements d’interface au détriment de leur raison d’être : partager avec ses proches ?

D’un concept simple à une usine à gaz

Que l’on parle de Twitter, Facebook, Snapchat ou Instagram, les réseaux sociaux ont tous commencé sur des concepts très simples : publier une photo carrée avec des filtres, un message de 140 caractères, un statut sur votre actualité du moment, ou un message vidéo éphémère. C’était précisément ce qui faisait leur attrait. Un moyen de partager facilement avec ses proches ou de suivre l’actualité de gens intéressants. Alors pourquoi diable sont-ils tous devenus de vraies usines à gaz, ajoutant des fonctionnalités et des changements d’interface à une telle vitesse que l’on n’arrive même plus à les suivre ?

Tout le monde utilise Facebook. C’est même pour cette raison qu’on l’utilise aussi. Parce que tout le monde l’utilise et qu’on vous regarde comme un vieux dinosaure lorsque vous envoyez un mail. Mais franchement, vous en avez quelque chose à faire de multiples changements régulièrement apportés ? Personnellement, c’est presque plus une source de distraction qu’autre chose. Je lance l’application, et je m’aperçois que quelque chose a changé, qu’une icône est apparue, que mes proches envoient des statuts multicolores, qu’une infobulle m’indique telle ou telle nouveauté.

C’est sans doute ce qui me différencie de mes proches qui s’amusent avec ces nouveautés sans trop se soucier de ces considérations. Je suis un « early adopter » et un technophile, et j’aime généralement ce qui est le plus minimaliste possible. J’utilise un client Twitter alternatif. J’utilise Twitter, déjà, ce qui n’est sans doute pas le cas, encore en 2017, de la majorité des amis et membres de ma famille qui sont sur Facebook (et j’aime aussi beaucoup Facebook, contrairement à pas mal de « twittos » hardcore). Et donc, j’ai tendance à développer des comportements plus conservateurs. Pourquoi arrêterais-je de faire des photos carrées sur Instagram ? Pourquoi me mettrais-je à utiliser 280 caractères pour mes tweets ? Qu’est ce que je peux bien faire de la possibilité d’écrire des statuts en gros caractères sur un fond fluo ? Ou pire, de publier des Stories ?

Nouveautés : ceux qui les ont, et les autres

Que l’on soit indifférent ou pas à ces nouveautés se pose un autre problème : celui de la fragmentation entre ceux qui les ont, et ceux qui ne les ont pas, ou après les autres. Les utilisateurs de Windows Phone, paix à son âme, connaissent le problème avec la douloureuse expérience, à l’époque, d’Instagram dont le client a longtemps été en bêta, totalement largué par rapport aux versions iOS et Android. Moi-même, utilisateur de la version Android de Facebook, je me suis longtemps demandé d’où venaient ces statuts colorés aux allures de slide PowerPoint, avant de me rendre compte que seuls les Facebookeurs sous iOS y avaient initialement droit. Bon allez, j’avoue, j’en ai fait un ou deux aussi, comme je suis allé sur le site mobile de Twitter pour faire, moi aussi, mon copié-collé de paroles de 280 caractères. Puisque naturellement, la limite de 140 tient toujours sur les clients alternatifs comme Tweetbot.

 

Aujourd’hui, ce sont les utilisateurs de Snapchat sur Android qui sont régulièrement à la traine. Après avoir finalement pu profiter des multi snaps déjà populaires sur iOS, ils vont « enfin » bénéficier d’une refonte totale de l’application, à l’heure ou Snap, l’entreprise, connaît de gros pépins financiers, pas aidés par le fait de s’asseoir sur un important stock de lunettes connectées invendues.


Des priorités à revoir ?

Pas grave, se dit-on, tant que ça n’empêche pas l’utilisation des fonctionnalités de base. Mais là aussi, les changements fréquents font qu’on a parfois du mal à s’y retrouver entre les tests A/B de nouvelles interfaces (merci Twitter), et les algorithmes changeants d’affichage des actualités du flux Facebook. Et se trouver un nouveau réseau de prédilection ne changera rien, d’abord parce que vos amis ne vous suivront pas (ils sont sur Facebook, vous vous rappelez ?) et d’autre part parce que, victime de son succès et de sa nécessité de garder ses abonnés engagés et captifs, il enchaînera à son tour les nouvelles fonctionnalités qui rendront son fonctionnement plus complexe. L’évolution est nécessaire et on imagine mal utiliser en 2017 le Facebook ou le Twitter de 2009.

Néanmoins, on peut se poser la question de la pertinence de cette déferlante permanente, alors que d’autres aspects des réseaux sociaux, au hasard la lutte contre les fausses informations et le harcèlement, mériteraient eux aussi leur lot de nouveautés.