Nous avons eu la chance de tester pendant plusieurs semaines Shadow, l’ordinateur du futur qui fonctionne intégralement dans le cloud. Dotés d’une configuration de gamer à plus de mille euros et d’une connexion fibrée, nous avons joué de nombreuses heures dans le cloud, depuis un ordinateur, mais aussi sous Android : Battlefield 1, Need for Speed, The Witcher et GTA V. Une expérience assez incroyable, quand on sait que l’ordinateur n’est pas face à soi, mais à des dizaines de kilomètres, dans un datacenter.

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En juillet dernier, nous avions fait l’étonnante rencontre de Shadow, le premier ordinateur dans le cloud (cloud computing) destiné avant tout aux joueurs et notamment aux hardcore gamers. À l’époque, nous avions testé la solution dans les locaux de l’entreprise parisienne, mais la technologie était loin d’être définitive et il était alors question d’une session de quelques minutes seulement. Nous avons eu la chance de pouvoir tester la solution, chez nous, depuis quelques semaines. Voici nos premières impressions, dans le cadre de cette preview.

Une bêta en constante évolution

Avant toute chose, il convient de préciser que Shadow est encore en phase de beta. Ainsi, la partie logicielle va continuer d’évoluer, et les premiers clients qui auront la chance de profiter du Shadow en early birds (pour des livraisons à la fin du mois de décembre) devraient bénéficier d’une version plus évoluée. Matériellement, l’architecture sera la même pour le client, avec toutefois une belle boîte alors que nous avons eu le droit au PCB nu. Mais en tant que geek, on apprécie aussi les beaux PCB.

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Le cloud computing

Si vous ne connaissez pas le principe du Shadow, une petite explication s’impose. Shadow désigne deux choses : le client matériel qu’on vient connecter sur son moniteur ou sa TV, et le service de cloud computing. Lorsqu’on s’abonne au service, on reçoit une petite boîte qui contient l’équivalent d’un tout petit PC peu puissant (ou l’équivalent d’un gros Raspberry Pi). C’est le client matériel. On le branche à sa TV ou à son moniteur, on le relie à Internet et il se connecte automatiquement aux serveurs distants. C’est eux (le fameux cloud) qui vont fournir toute la puissance nécessaire à lancer des applications et jeux gourmands.

Finalement, le client matériel (qui peut aussi se décliner en simple client logiciel) sert uniquement à recevoir les images en temps réel en provenance du serveur, et à envoyer au serveur certaines informations comme la position de la souris, les touches du clavier sur lesquels appuie l’utilisateur, etc. Finalement, il s’agit plus ou moins de streaming vidéo, à la Netflix. Le besoin en bande passante n’est pas forcément une problématique, même s’il vaut mieux bénéficier d’un bon débit en téléchargement pour obtenir une qualité visuelle satisfaisante. Mais le nerf de la guerre, c’est la latence, c’est-à-dire le délai entre le moment où l’information est envoyée par le client (par exemple la position du curseur de la souris) et le moment où celle-ci est reçue par le serveur.

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Un data center

 

Et la latence dans tout ça ?

La grande question que se posent tous les experts techniques et les joueurs est la suivante : « Alors, la latence est-elle bonne ? Est-ce qu’on ne perçoit vraiment aucun délai entre l’action et sa réalisation à l’écran ? » La réponse est simple : la latence est excellente, bluffante même, et imperceptible. Imaginez la scène : vous jouez à Battlefield 1, vous visez un ennemi, vous appuyez sur le bouton de votre souris et le headshot parfait vient de se réaliser. L’action aura pris quelques millisecondes, mais aura traversé des centaines de kilomètres de réseaux cuivrés et optiques : du client matériel Shadow au modem de l’utilisateur, puis du modem au datacenter de Shadow pour enfin arriver dans le datacenter dans lequel sont hébergés les serveurs de Battlefield. Enfin, le chemin inverse pour voir le résultat apparaître à l’écran.

C’est vraiment une sensation bluffante d’avoir entre les mains un ordinateur qui utilise le cloud pour réaliser l’ensemble des calculs : la moindre application lancée, le moindre clic de la souris est en fait réalisé à des dizaines de kilomètres de la petite boîte posée sur le bureau. Les serveurs sont en région parisienne, mais la latence devrait être aussi bonne avec un Shadow posé sur un bureau à Marseille, puisque la connexion est directe avec Free, Orange, SFR et Bouygues, que ce soit grâce à des accords de pearing ou de transite direct. Shadow assure une latence maximale de 10 ms et une moyenne à 3 ms.

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Un PC surpuissant ?

Lors de nos quelques semaines d’essai, nous avons pu profiter de quelques titres PC connus pour leur gourmandise, afin de tester les capacités du PC dans le cloud, équipé d’un processeur Xeon (dont trois cœurs cadencés à 2,2 GHz et six threads nous ont été réservés), 12 Go de RAM et une GeForce GTX 1080. Le Shadow était quant à lui relié à un écran QHD (2560 x 1440 pixels) afin de corser un peu plus les choses. La plupart du temps, les jeux tournent parfaitement, à 60 FPS, avec tous les détails graphiques poussés à fond, sans accroc. Normal me direz-vous, pour une GTX 1080.

Mais lors des scènes plus complexes (beaucoup de fumée, de la pluie, etc.) ou sous GTA V, on a pu noter des baisses de performances. Pourquoi ? La faute n’en revient pas à la GTX 1080, qui n’était jamais utilisée à plus de 80% (avec V-Sync activé). C’est en fait le processeur qui commençait à montrer des signes de faiblesse, notamment à cause de sa fréquence de fonctionnement.

Nous avons donc demandé à l’équipe technique de Shadow de nous activer un cœur processeur supplémentaire (avec un autre cœur virtuel également) pour réaliser quelques tests sous GTA V et Battlefield 1 avec quatre cœurs. Sous le FPS de Dice, l’ajout d’un cœur supplémentaire ne change rien aux performances, puisque le titre est « limité » par la GTX 1080 en QHD qui tourne à 100% avec toutes les options graphiques au maximum, en affichant une moyenne de 49 FPS sur le début du solo, assez chargé en effets spéciaux, mais on dépasse facilement les 60 FPS sur les parties multijoueurs.

Sous GTA V, le constat est similaire, puisqu’on obtient une moyenne de 54 FPS, en QHD, avec les options qui ne sont pas poussées au maximum, sur le test de performances. Ici, la cause est différente : le GPU n’est pas utilisé à son maximum (il plafonne à environ 70-80% selon les scènes), ce qui signifie que le jeu réclame tout de même plus de puissance en provenance du CPU. Si l’ajout d’un cœur supplémentaire ne change rien, c’est que GTA V nécessite une fréquence de fonctionnement plus élevée, pour tirer partie de la GTX 1080.

On regrette donc que les cœurs du Xeon n’activent pas le mode turbo, capable d’atteindre les 2,5 GHz voire même 2,9 GHz dans certains cas. Bug de la bêta ? L’avenir nous le dira.

 

Changer les composants à la volée

En fait, la magie du cloud se situe sur la possibilité de faire évoluer, instantanément, sa machine : il sera possible, à la volée et à la demande, de réclamer un composant plus puissant : plus de RAM, un cœur CPU supplémentaire, un GPU plus puissant, etc. Il sera toutefois impossible de s’adonner à l’overclocking CPU (le fait de pousser la fréquence processeur pour gagner quelques MHz) à cause du Xeon, même si nous avons pu augmenter les fréquences du GPU grâce à l’outil Asus GPU Tweak. Pour augmenter la fréquence du processeur, il faudra que les équipes de Shadow proposent des serveurs avec des Xeon plus performants — ce qui existe –, mais plus coûteux.

On peut donc imaginer une option pour les hardcore gamers qui adorent jouer en QHD ou en 4K avec toutes les options à fond. En revanche, pour les joueurs classiques, la configuration de base avec une GTX 1070 devrait être largement suffisante pour jouer en Full HD à tous les jeux récents. Nous prévoyons de réaliser quelques tests dans les semaines à venir pour déterminer le niveau de performances de chaque « configuration » proposée. Mais dans tous les cas, le niveau de performances est excellent et largement meilleur que mon dernier « véritable » ordinateur qui était doté d’une GTX 960 et d’un Core i7 doté de quatre cœurs.

 

Le Shadow, pour qui ?

Finalement, si vous êtes à la recherche de la performance extrême et que vous n’êtes pas prêts à faire la concession d’une sous-option de qualité en 4K, le Shadow n’est pas forcément fait pour vous. En revanche, si vous souhaitez allier les bonnes performances de l’ensemble avec tous les avantages du cloud computing, le Shadow est fait pour vous. Et vous avez finalement plus de chance de vous trouver dans cette dernière catégorie.

Alors, quels sont les avantages ? Finalement, ils sont assez nombreux : la compacité du client matériel Shadow : il est bien plus compact qu’un PC classique et on peut le cacher derrière une TV ou un moniteur. La consommation du Shadow est ridicule, avec environ 15 watts en charge. Ce qui se traduit dans les faits par une facture électrique en baisse, une chauffe presque inexistante, tout comme le bruit de l’appareil (même si on aurait apprécié un ventilateur un peu plus silencieux par défaut), à des années-lumière d’une tour gaming en pleine charge. Shadow réfléchit toutefois à changer le ventilateur pour les livraisons de mars et à une version sans ventilateur pour juin. Une idée largement réalisable tant la consommation de l’ensemble est très faible.

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Le client logiciel, la cerise sur le gâteau

Parmi les avantages, on peut encore citer le fait de pouvoir se connecter sur son ordinateur dans le cloud depuis n’importe où : vous partez en vacances ? Pas besoin d’amener votre grosse tour. Vous n’avez pas non plus envie d’amener votre Shadow ? Emportez avec vous le client logiciel ! Dans les semaines à venir, les développeurs devraient mettre à disposition différents clients logiciels pour pouvoir utiliser l’ordinateur Shadow depuis n’importe quel appareil : une tablette sous Android, un smartphone sous iOS ou un PC sous Windows, OS X ou Linux.

Le client logiciel permettra donc de transformer n’importe quel PC, vieux ou récent, en une bête de course. Précisons d’ailleurs que l’utilisation du client logiciel permettra au PC de consommer très peu d’énergie, puisque c’est l’équivalent du streaming d’un film sur Internet. Votre PC tient 1h30 en jeu, mais 6h en streaming de film ? Il devrait tenir 6 heures avec le Shadow. C’est en tout cas la promesse faite par l’équipe.

 

GTA V sous Android

Pour le moment, nous avons pu rapidement prendre en main l’application Android, qui est dans ses premières versions de développement. L’interface n’est donc pas encore pensée pour le tactile, mais il est assez amusant et surtout très impressionnant de voir tourner GTA V, Battlefield 1 ou même Overwatch sur une tablette dotée d’une puce ARM. À l’avenir, Shadow promet une expérience sans interruption : vous êtes sur votre ordinateur, vous éteignez votre Shadow et vous reprenez la session en cours (un film, un jeu, une application, etc.) sur votre tablette. Vous partez de la maison ? Votre smartphone en 3G ou 4G devrait être capable de prendre le relai du Shadow.

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The Witcher 3 sur une tablette Android

 

Une solution idéale ?

Shadow est donc à deux doigts de réaliser un rêve que j’ai depuis plus de 15 ans : être en possession d’un PC ultra puissant n’importe où dans le monde, depuis n’importe quel client matériel. Pour moi, la vision du futur depuis quelques années est la suivante : un dock posé à côté de la TV et qui viendrait accueillir le smartphone à la fin de la journée pour jouer le rôle de PC à la maison et au travail. Nous sommes avec Shadow dans une approche quasiment équivalente et il ne manque plus que quelques détails pour fignoler l’ensemble.

Pour le moment au stade de beta, Shadow devrait être largement plus mature lors de sa sortie officielle, à la fin du mois de décembre. On a en effet pu noter quelques bugs par-ci par-là, mais rien de bien gênant : le cœur même du Shadow fonctionne. Le reste n’est que du détail. Shadow a prouvé que le cloud computing était parfaitement compatible avec les exigences des joueurs professionnels, et donc avec les exigences de n’importe quel professionnel.

 

Les questions en suspens

Il reste désormais deux grandes questions auxquelles les réponses ne sont pas vraiment connues. La première est celle du modèle commercial : comment Shadow peut-il proposer un PC de cloud computing ultra puissant à seulement 30 euros par mois quand OVH nous propose un serveur avec huit cœurs et une GTX 1070 pour 160 euros HT par mois ?

L’autre question concerne la connexion requise pour accéder au service. Pour le moment, Shadow avertit que seuls les utilisateurs disposant d’une connexion fibrée ou câblée pourront accéder au service dans de bonnes conditions. Qu’en est-il de l’ADSL 2+ ou du SDSL qui disposent d’un débit correct et d’une bonne latence ? Shadow promet l’arrivée prochaine d’un outil qui devrait permettre de savoir si sa connexion est compatible. L’entreprise croit également beaucoup en ses futurs algorithmes qui permettront de compresser et d’adapter à la volée le flux, pour mieux correspondre à la connexion de l’utilisateur final.

 

Prix et disponibilité

Shadow est un service par abonnement. Il est déjà possible de précommander son Shadow sur le site de l’entreprise : 44,95 euros par mois sans engagement, 34,95 euros par mois pour en engagement de trois mois et enfin 29,95 euros par mois pour un engagement annuel. Pour le moment, il est possible de se préinscrire pour un lancement officiel du service en mars. Il n’y a que 3 000 places disponibles, d’autres places seront disponibles à partir de juin 2017.

À lire sur FrAndroid : Shadow : L’impressionnant PC du futur est dans le cloud

 

Notre avis

Alors, faut-il recommander Shadow ? Oui clairement, si on émet bien évidemment quelques doutes puisque le service est toujours en bêta, mais l’entreprise a su nous rassurer en prenant en compte tous nos retours lors de cette phase de preview. Vous pouvez également lire l’avis de nos collègues de chez Numerama. Rendez-vous dans quelques semaines pour un test plus complet du service.

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