Bernard Cazeneuve, ministre de l’Intérieur, se rendra le mois prochain aux États-Unis. Lors de sa visite, l’homme tentera une nouvelle fois de faire plier les géants de la Silicon Valley et notamment Apple et Google. Le but est de permettre de déchiffrer facilement les smartphones d’auteurs de crimes.

Galaxy S5 empreintes

La série autour du chiffrement des smartphones continue. Après la lettre ouverte de Tim Cook qui refusait de livrer au FBI une méthode de déchiffrement des iPhone puis les tweets de Sundar Pichai qui soutient le patron d’Apple, c’est au tour de la France de prendre position de manière informelle. Selon Le Figaro, Bernard Cazeneuve, le ministre de l’intérieur français, devrait se rendre aux États-Unis le mois prochain pour tenter de convaincre les géants de la Silicon Valley de revoir le chiffrement des smartphones. On imagine qu’il va faire pression sur Apple et Google pour leur demander d’installer la fameuse porte dérobée qui permettrait aux services de renseignement d’avoir accès aux téléphones chiffrés. L’homme avait déjà tenté une visite semblable l’année dernière, sans succès.

 

Le chiffrement qui ralentit les enquêtes

Le quotidien français profite de l’occasion pour rappeler qu’en France, l’enquête sur les attaques terroristes du mois de novembre ne met pas en avant l’utilisation de smartphones chiffrés. Un haut fonctionnaire français ne comprend pas pourquoi le directeur de la NSA a affirmé hier que ces attaques auraient pu être évitées si Apple et Google ne proposaient pas le chiffrement de leur téléphone. Toutefois, un expert français du chiffrement estime que des communications entre Daech et les commandos étaient sûrement chiffrées et auraient donc pu être interceptées en amont des attaques.

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Michael Hayden, ancien chef de la NSA qui a mis sur écoute la population américaine sous le mandat de Bush, donne un tout autre avis. Pour lui, le chiffrement des appareils est très important, et il ne faut surtout pas intégrer de portes dérobées qui diminueraient grandement la sécurité des appareils. L’ex-patron de la NSA précise toutefois qu’à la place du patron du FBI, il aurait formulé la même demande auprès d’Apple.

 

Des smartphones qui ne parlent pas

Le parquet de Paris détient huit smartphones saisis en 2015 dans des affaires de terrorisme et de criminalité organisée qui sont impénétrables à cause du chiffrement dont un lié aux attentats du 13 novembre comme le précisent nos confrères du Monde. Il y a notamment un téléphone appartenant à un terroriste qui serait retranché dans un pays lointain et qui nécessite une empreinte digitale pour être déverrouillé. Pour ce genre de cas, puisqu’Apple ne souhaite pas ouvrir la boîte de pandore en donnant accès à son téléphone aux agences de renseignement, le FBI réfléchit à une solution alternative : utiliser l’empreinte digitale du possesseur de l’appareil.

 

L’empreinte digitale : la solution ?

Pour l’affaire de la tuerie de San Bernardino, les enquêteurs ne peuvent pas avoir recours à l’empreinte digitale puisque l’iPhone 5C ne dispose pas d’un tel capteur. Pour les téléphones qui en sont dotés, les enquêteurs auraient alors plusieurs solutions : récupérer l’empreinte digitale directement sur le corps d’un assaillant décédé ou par l’intermédiaire des fichiers nationaux d’empreintes digitales, mais aussi avec le relevé des empreintes sur une scène de crime. Sur certains téléphones (comme l’iPhone, ou le Nexus 6P), le redémarrage de l’appareil réclame un mot de passe avant de pouvoir utiliser l’empreinte digitale. Dans le cas de l’iPhone, au bout de 48 heures d’inutilisation, le téléphone réclame également un code. Les enquêteurs doivent donc aller extrêmement vite.