À l’occasion du dernier Android Makers, nous avons pu discuter avec Taylor Ling, un designer d’applications reconnu dans l’univers Android. Il nous a parlé de l’importance du design dans l’expérience utilisateur et livré quelques avis sur le Material Design.

Mon interlocuteur ne prononce pas un mot plus haut que l’autre. À certains moments de notre conversation, j’entends même plus distinctement les personnes parlant bruyamment à quelques mètres de nous que lui : Taylor Ling.

C’est d’un ton calme et posé qu’il a répondu à mes questions portant sur le design d’applications Android dans son ensemble. Et le moins que l’on puisse dire, c’est qu’il maîtrise son sujet. Le Malaisien originaire de Kuala Lumpur est en effet le cofondateur et responsable du design de l’application Fabulous — que l’on pourrait comparer à un coach de vie — qui a déjà remporté un Material Design Award décerné par les équipes de Google.

Fabulous est une application pensée pour vous aider à maîtriser votre quotidien et rendre votre vie plus agréable et comme son nom l’indique,...

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J’ai eu l’occasion de rencontrer Taylor Ling lors d’Android Makers, le plus gros événement en France dédié aux développeurs opérant sur le système d’exploitation mobile de Google. À quel point le design d’une application est-il important ? Quelles en ont été les évolutions ? Qu’attendre du Material Design 2 ? Voici les problématiques que nous avons abordées pendant une trentaine de minutes.

Le design, c’est quoi ?

L’une des questions qui me taraudaient l’esprit était de savoir si le design pouvait être considéré comme de l’art. À cela, Taylor Ling répond d’un non catégorique. Pour exprimer son opinion, il cite Matias Duarte, vice-président chargé du design au sein de Google qui estime que le design consiste plutôt à « résoudre un problème dans le cadre d’un environnement avec des contraintes ».

Taylor Ling est reconnu dans l’univers Android comme spécialiste du design.

Taylor Ling fait une courte pause avant de reprendre. « Sans ces contraintes, ce serait de l’art. L’artiste n’a que le cadre de sa peinture pour contrainte, le designer en a beaucoup plus »Autrement dit : le design doit s’inscrire dans une logique de conception d’un produit qui, par essence, doit satisfaire un besoin et fonctionner pour l’utilisateur.

Pour résumer l’idée de manière relativement grossière, on pourrait donc avancer qu’un designer offre une solution, tandis que l’artiste crée une œuvre d’art. La frontière peut être poreuse, mais la nuance semble importante aux yeux de Taylor Ling et de la profession qu’il représente.

Nous devenons toujours plus exigeants

Pendant notre conversation, je me permets de poser une question volontairement naïve (voire idiote) afin de savoir ce qui était le plus important pour une application : qu’elle soit belle ou qu’elle soit fonctionnelle ?

Sans surprise, Taylor Ling confirme que la seconde hypothèse est évidemment la bonne. Mais il y a un mais : « À une époque, quand une application fonctionnait, alors tout allait bien. Aujourd’hui, les standards sont tellement élevés que les gens s’intéressent énormément à ce à quoi elle ressemble ».

Faire en sorte que l’application fonctionne n’est plus suffisant

Le design n’est donc peut-être pas le critère essentiel dans l’appréciation d’une application, mais il va de soi qu’entre deux solutions proposant les mêmes services, les utilisateurs auront majoritairement tendance à s’orienter vers celle qui présente le mieux.

« Faire en sorte que l’application fonctionne n’est plus suffisant », estime le designer. On pourrait notamment avancer que le design toujours plus soigné des smartphones y est pour quelque chose : un superbe appareil affichant une app avec une interface laide a de quoi frustrer.

Cela se ressent d’ailleurs au sein de la communauté FrAndroid. Les articles abordant la nouvelle interface d’un client web ou mobile suscitent en général beaucoup de réactions (enthousiastes ou non) auprès de nos lecteurs. De son côté, Taylor Ling évoque aussi comment certains jeux Nintendo Switch ont reçu de vives critiques simplement parce que l’une de leurs icônes n’était pas très réussie — comme quoi, le diable se cache vraiment dans les détails.

Et Fabulous dans tout ça ?

Notre conversation nous emmène forcément sur le cas de Fabulous, l’application que Taylor Ling a participé à créer.

« C’est une application qui affecte la manière dont les gens se comportent, qui peut donc faire appel aux émotions. Ce que les gens voient, leur premier contact avec l’app, revêt une importance capitale », raconte-t-il.

Fabulous dispose ainsi d’une interface très colorée — sans tomber dans le kitsch — qui permet ainsi de véhiculer plus efficacement les messages d’encouragement et les explications dispensées par l’application pour vous inciter à vous prendre en main.

Minimum Loveable Product

Taylor Ling explique ainsi être particulièrement fier de la complémentarité dont il a su faire preuve avec les autres responsables de Fabulous pour trouver un bon équilibre entre le produit, la technique et le design.

Il ajoute aussi que « la question du design doit intervenir le plus tôt possible dans la conception d’une application ». Cela permet de savoir très tôt l’objectif à atteindre et de ne pas se contenter d’un MVP, mais d’aller chercher un MLB… Stop ! Là, j’ai préféré demander au spécialiste ce que signifiaient ces étranges sigles. Retenez :

  • MVP : Minimum Viable Product, un produit facilement utilisable dès sa première version
  • MLB : Minimum Loveable Product, un produit attachant dès sa première version.

Reprenons le fil de notre conversation. Ce que veut dire Taylor Ling, c’est qu’aujourd’hui une application se doit, dès son lancement, d’être chiadée pour donner envie aux utilisateurs d’en avoir plus. C’est sans doute ainsi que Fabulous peut présenter une note de 4,6/5 sur le Play Store après avoir été téléchargé plus d’un million de fois.

Qu’est-ce qu’un beau design ?

Vous connaissez la rengaine : tous les goûts sont dans la nature. Alors comment peut-on déterminer que tel design est plus réussi qu’un autre. « Feedback » me répond Taylor Ling. C’est la communauté qui, par ses retours, dicte les changements à effectuer. Fabulous, par exemple, s’appuie sur un groupe Facebook réunissant les plus fidèles utilisateurs pour recueillir leurs avis.

Quand les utilisateurs approuvent le design.

 

« Techniquement, tant que l’on conçoit un design dans le but de bien servir l’utilisateur, alors c’est un bon design. Mais pour cela, il faut savoir ce qu’il veut accomplir, ce dont il a besoin ». Il indique aussi que le Material Design de Google joue un grand rôle dans la conception qu’ont les utilisateurs d’une belle application.

Un produit contemporain, mais unique

« Je vois certaines personnes se plaindre quand une application ne respecte pas le Material Design. Pour moi, ce ne devrait pas être le cas », raconte Taylor Ling, toujours d’un ton très posé. Pour rappel, le Material Design est un ensemble de règles de design suggérées par Google qui s’appuie sur une présentation par cartes mises en avant par des effets d’ombre.

« Cela permet aux designers de ne pas avoir à se concentrer sur certains détails qui, autrement, leur prendraient beaucoup de temps. On a l’esprit plus libre pour se concentrer sur d’autres aspects de l’expérience utilisateur », explique mon interlocuteur. Alors pourquoi ne pas s’y conformer strictement ?

J’adore le Material Design, mais parfois il est bon de briser les règles

D’après Taylor Ling, un designer a généralement envie que son application soit unique et contemporaine. « Le Material Design permet de rester contemporain », or pour se différencier, il est bon aussi de ne pas trop s’y conformer. «J’adore le Material Design, mais parfois il est bon de briser les règles ». Il cite les cas d’Uber et d’Airbnb en exemple qui, sans respecter la moindre règle du Material Design, réussissent à offrir une belle expérience utilisateur intuitive.

Un Material Design 2 moins restrictif ?

De là, notre discussion glisse vers le Material Design 2. Pour être clair, Taylor Ling n’est pas dans le secret des dieux et ne sait pas ce que prépare Google. Néanmoins, vous avez peut-être vu que la firme de Mountain View était en train de préparer le terrain pour de nouvelles règles de design pour ses applications mobiles.

Le Material Design 2 devrait ainsi débarquer, entre autres, sur Google Chrome pour célébrer les dix ans du navigateur ainsi que sur le compte Google. Mais s’il n’a pas davantage d’informations à nous livrer, Taylor Ling a bien quelques attentes.

Taylor Ling livrant une conférence pendant Android Makers, à Montrouge.

Il espère notamment que le Material Design 2 sera moins restrictif. Toujours dans sa philosophie de briser certaines règles, il souhaite que les utilisateurs et les créateurs d’applications intègrent mieux le fait qu’il ne faut pas à tout prix suivre les règles de Google.

Plus de liberté donc. Mais pas trop non plus, car, rappelons-le, le design sans contraintes ne serait pas du design.