Préfectures, impôts, Orange, Nintendo, Wikipédia… Pourquoi des milliers de sites se sont mis hors ligne en urgence

 
Préfectures, impôts, Orange, police belge, Nintendo : des milliers de sites ont subitement affiché une page de maintenance en raison de failles critiques de PHP. Une décision préventive inédite pour éviter le pire, le temps de déployer les correctifs.

Impossible de prendre un rendez-vous en préfecture ou de consulter la météo sur le site de Météo-France sans tomber sur une page « en maintenance ». Alors que ce type de message évoque d’ordinaire une panne ou un piratage, il s’agissait cette fois d’une décision volontaire prise par des milliers d’organisations. En cause : deux failles critiques de PHP, corrigées en urgence mercredi peu avant 16 h. Un réflexe de précaution qui s’est rapidement étendu, touchant notamment Orange aujourd’hui (ce qui n’a rien à voir avec la panne d’hier)

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En France, le ministère de l’Intérieur a placé l’ensemble de ses portails en maintenance préventive à la demande de l’ANSSI, impactant les préfectures, les services d’impots.gouv.fr, la CNIL ou encore la Ville de Paris.

La mesure a traversé les frontières : en Belgique, la police fédérale et le SPF Finances ont coupé l’accès à leurs plateformes, tandis que le centre national de cybersécurité a sommé les administrateurs de corriger ou de débrancher.

Aux Pays-Bas, en Finlande et en Allemagne, la même stratégie s’est imposée, tout comme sur Wikipédia, l’Internet Archive ou chez Nintendo.

Ces vulnérabilités permettaient ni plus ni moins de prendre le contrôle d’un serveur à distance, sans le moindre mot de passe, comme nous le détaillions dans notre point complet sur les correctifs.

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Pourquoi couper plutôt que mettre à jour directement ?

Pour comprendre l’ampleur de cette coupure massive, il faut se pencher sur la nature même de la faille. Selon les avis de sécurité, l’attaque se déclenche dès la lecture de la requête HTTP, avant même que le code du site ne s’exécute. Par conséquent, un mode maintenance classique propulsé par WordPress ou Drupal, des CMS eux-mêmes écrits en PHP, s’avère totalement inefficace. Tant que le serveur continue d’accepter les requêtes, la porte reste ouverte. Pour se protéger sans correctif immédiat, la seule option viable consistait donc à stopper net le trafic en aval ou à couper les serveurs.

Or, installer le correctif officiel ne relève pas de la simple formalité. Les grandes organisations doivent d’abord recenser l’intégralité de leurs serveurs PHP, y compris les intranets ou les sous-domaines oubliés, avant d’appliquer la mise à jour et de redémarrer chaque service. Sans ce redémarrage, l’ancien code vulnérable continue de tourner en mémoire vive. Pour les machines fonctionnant sous PHP 8.1 ou des versions plus anciennes, dépourvues de correctif direct de la part du projet, c’est une lourde migration qui s’est imposée.

Les équipes techniques ont également dû éplucher les journaux de connexion afin de s’assurer qu’aucune intrusion n’avait eu lieu avant 16 h, une précaution indispensable pour éliminer d’éventuelles portes dérobées, comme nous l’expliquions au sujet des boutiques en ligne et des données bancaires.

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Des millions de tentatives d’attaque, mais peu de victimes confirmées

Cette prudence n’avait rien de disproportionné. Matthew Prince, le patron de Cloudflare, a observé des dizaines de milliers de requêtes malveillantes dans les 45 minutes suivant l’annonce, avant que le chiffre ne grimpe à plusieurs millions.

Du côté d’Amazon, le responsable de la sécurité CJ Moses a indiqué que la faille était « largement exploitée », des pièges à pirates ayant même enregistré des tirs dès le 17 octobre. Pourtant, les compromissions avérées restent difficiles à quantifier. Mercredi soir, watchTowr ne constatait aucune attaque réussie, et Recorded Future jugeait les preuves limitées. Ce répit pourrait toutefois être de courte durée, d’autant que Node.js est venu s’ajouter aux urgences de la semaine.

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Les prudences à mettre en place

Pour les utilisateurs, voir un site afficher une page de maintenance constitue paradoxalement un signal rassurant : cela prouve que les équipes techniques veillent et agissent. Le véritable danger provenait plutôt des plateformes restées accessibles sous des versions obsolètes de PHP et dénuées de toute surveillance. Si les services publics et les grandes entreprises reprennent peu à peu des couleurs après des vérifications rigoureuses, les semaines à venir diront si les sites restés silencieux ont échappé au pire, comme le soulignait notre bilan des failles.

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