
Il y a des entreprises dont on suit la logique sans effort. Apple vend cher, mais on sait pourquoi. Google met de l’IA partout, mais on appréhende l’enjeu derrière. Et puis il y a Snap, qu’on observe depuis des années avec la même question en tête : mais qu’est-ce qu’ils fabriquent, au juste ? Le groupe derrière Snapchat vient encore d’ajouter une couche à ce brouillard, et franchement, on a du mal à recoller les morceaux.
Specs, ce sont de vraies lunettes de réalité augmentée autonomes, capables d’afficher des objets virtuels dans le monde réel sans smartphone ni boîtier de calcul.
Pour aller plus loin
Snap revient dans la course des lunettes connectées avec un modèle hors de prix
Tout tient dans la monture : deux puces Qualcomm, des écrans LCoS maison, des verres qui se teintent en 10 secondes.

Le tout pèse 132 grammes, soit deux fois et demie une paire de Ray-Ban Meta, pour 51 degrés de champ de vision et 4 heures d’autonomie annoncée. Livraison cet automne aux États-Unis, au Royaume-Uni et en France, après une décennie de recherche et plus de 3 milliards de dollars investis. Techniquement, Snap grille Apple, Meta et Google, comme on le racontait déjà lors du retour de la marque dans la course aux lunettes connectées.
Une prouesse technique, une stratégie illisible
Reconnaissons le mérite, le saut est réel. Là où les Ray-Ban Display de Meta posent juste un petit écran fixe dans un coin de l’œil, Specs incrustent une vraie couche numérique sur le décor, et le font sans aucun fil. C’est ce que Snap promettait, et il livre.
Mais une fois passée l’admiration, le doute revient. Les 4 heures d’autonomie mélangent audio et vraie AR, qui ne consomment rien de comparable, donc le chiffre ne dit pas grand-chose. Et pour un produit baptisé Specs, refuser de communiquer la définition des écrans ou le nom des puces, c’est presque une blague.

Et à 2 295 €, on ne voit pas bien le client. Trop cher pour le grand public, trop limité pour remplacer un téléphone, ces lunettes visent les développeurs et quelques passionnés fortunés, comme le Vision Pro d’Apple en son temps. C’est là que le mystère s’épaissit.
Snap a perdu 89 millions de dollars au premier trimestre 2026, viré 16 % de ses effectifs en avril, et vu mourir son partenariat à 400 millions avec Perplexity, son seul vrai pari sur l’IA. La boîte doit raboter 500 millions de coûts, et choisit pile ce moment pour lancer son produit le plus cher.
On peut admirer la cohérence d’une vision tenue depuis dix ans. On peut aussi se demander si quelqu’un, chez Snap, regarde encore les chiffres de ventes en lançant ces lunettes hors de prix.
Alors, qu’est-ce que Snap fabrique ? Peut-être le pari le plus courageux de son histoire. Peut-être une fuite en avant de plus, dans une longue série. Le plus troublant, c’est qu’on n’arrive toujours pas à trancher. Et que Snap, visiblement, non plus.

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