Alors que se réunissaient les plus grands du web pour discuter des modes de financement du très haut débit, où « une série de propositions qui enterrent la neutralité du net au profit d’un accès à plusieurs internets, plus ou moins riches selon l’abonnement payé » a émergé, Numerama allant jusqu’à écrire « La mort d’internet se confirme un peu plus à Bruxelles« .

Je peux vous dire que c’est déjà une réalité dans l’Internet mobile, il n’aura pas fallu un seul degré de consensus entre les acteurs de toute la chaîne de valeur pour voir apparaître le fameux « découpage » du web, la neutralité n’a jamais existé sur mobile. Aujourd’hui, la tarification est opaque et compliquée, et on n’est malheureusement jamais assuré d’avoir accès à tous les services. Et malgré ce qu’il se dit, aucun opérateur ne peut affirmer que ces services de données « à forte intensité » peut affecter la qualité globale du réseau.

Je vais vous donner deux exemples flagrants avec des chiffres et des témoignages à l’appui : celui de Bouygues Telecom et celui de SFR.

C’est à travers le forum de SFR que l’on peut retrouver des témoignages sur les blocages injustifiés : plus de push sur Gmail, blocage de GTalk… SFR ne supportant tout simplement pas ces applications. Il y a de fortes restrictions selon les ports utilisés par les applications, rendant impossible l’usage de nombreux services. On a affaire dans ce cas, à de la discrimination pure et simple. SFR bloque sans transparence un service utilisé par des milliers de français pour communiquer.

Pour Bouygues Telecom, les preuves sont également flagrantes. Un jeune ingénieur a prouvé que l’opérateur bride et filtre son réseau grâce à différents tests sur un forfait « accès Internet illimité 2Go » à 45 euros par mois. Avec une recherche dichotomique, il a prouvé que la taille limite est précisément de 10 Mo (10*2^20 octets), au delà, un contenu de type video/x-flv est remplacé par la réponse 403 Forbidden. Ce n’est pas tout, Bouygues Telecom coupe également les sessions TCP… On peut comprendre que Bouygues Telecom souhaite tout simplement garder une qualité de réseau constante, néanmoins c’est un véritable problème d’éthique : Bouygues se substitue aux réponses données par les vrais destinataires de vos connexions dans l’irrespect le plus total des protocoles réseau.

Bien sûr, je pourrai faire le même constat chez Orange ou chez n’importe quel opérateurs alternatifs. Il n’existe aucun bon élève. Aucun.

On touche à la neutralité du web, car ces blocages jouent le jeu de la qualité de service fournie par les opérateurs. Aujourd’hui, les opérateurs ont la possibilité de prioriser le trafic, voire même de bloquer totalement un service.

Ce qui est important, c’est que tout le monde puisse participer au débat sur la neutralité du web, il ne faut pas laisser ces géants prendre une décision à notre place, elle sera sans aucun doute mauvaise… Néanmoins, je pense que le plus gros problème est aujourd’hui le manque de transparence : les opérateurs doivent dire la vérité sur la façon dont ils traitent les différents types de trafic sur leurs réseaux. C’est un marché loin d’être mature et très dynamique qui n’a pas besoin de réglementation, néanmoins il manque un organisme assez puissant en France pour réguler ce secteur dynamique, en particulier pour mettre en place une exigence de transparence.

Aujourd’hui, sans consulter leurs clients, les opérateurs peuvent donc mettre en oeuvre une structure de tarification qui supprime les droits de leurs clients d’utiliser ce que nous pensons être des précieux services gratuits. Sans transparence, ils peuvent couper ou brider n’importe quel service sans rendre de compte. Après GTalk, Dailymotion… FrAndroid pourrait être le suivant. L’avenir d’Internet se trouve dans le mobile,

La technologie de l’information va jouer un rôle énorme dans la réduction des coûts de nombreux secteurs (santé, éducation, énergie), comme cela a déjà été démontré dans le passé. L’accès à l’information sera clairement un rôle crucial tout au long du 21ème siècle. Est-il nécessaire de hiérarchiser ces types d’informations et de les séparer en différents «public» ?

Nous devons être attentif et vigilant, il ne faut pas que ces « services différenciés » ne tuent l’Internet tel que nous le connaissons.

Notons tout de même que France Wireless pourrait proposer des forfaits 3G (sans voix) sans aucune limitations du débit mensuel, ni censure de protocoles ou de sites internet pour la modique somme de…  42 euros par mois.