Et si l’obsolescence programmée, la vraie, était logicielle et à distance ? Avec des appareils de plus en plus dépendants du cloud, les fonctionnalités parfois centrales peuvent disparaître du jour au lendemain, comme nous le montre l’actualité.


Le Robin s’est envolé derrière les nuages

Le NextBit Robin faisait partie de ces initiatives intéressantes, visant à proposer un smartphone qui se distingue de ses concurrents, en l’occurrence par une conception intéressante de son espace de stockage, partagé entre la mémoire flash locale et un espace de 100 Go sur le cloud. Les applications et les fichiers les moins utilisés étaient automatiquement déplacés dans le nuage pour préserver l’espace local. Une belle idée qui restera sans suite. NextBit a été depuis racheté par Razer, qui a conservé le design du Robin pour son Razer Phone, mais pas son innovation principale, dont le fabricant « gamer » a désormais débranché la prise (on rappelle au passage qu’ils avaient promis de ne pas l’abandonner).

Et que devient le Robin dans tout ça ? Rien. Il fonctionne toujours, mais de produit original, il devient un smartphone comme tous les autres. Alors que rien n’a changé dans sa configuration matérielle, sa fonctionnalité principale, celle qui le distinguait, a complètement disparu du jour au lendemain.

Des fonctionnalités sur la sellette

La notion d’obsolescence programmée revient souvent dans l’actualité. Encore récemment avec les déboires d’Apple qui va devoir affronter la justice malgré ses éclaircissements. Mais si les bridages de performances des iPhone sont à la limite de cette pratique dont on peine toujours à apporter une véritable preuve, la vraie obsolescence programmée, elle est là : c’est le cloud !

Pensez à toutes les fonctionnalités, sur votre smartphone, qu’il soit de marque Apple, Samsung, OnePlus ou Huawei, qui en dépendent. Et imaginez-vous que, comme Razer, Google ou Apple pourraient très bien, sans crier gare, les supprimer ou modifier leur comportement. Pire, pensez aux produits reposant presque exclusivement sur le cloud, comme les enceintes connectées ! Ce Google Home Mini pourrait un jour devenir aussi connecté que le pot à crayons à sa droite (ne rigolez pas, j’ai vu une enceinte Bluetooth pot à crayons l’autre jour).


L’obsolescence du cloud : les joueurs connaissent !

Ce phénomène n’a bien entendu rien de nouveau. Il est la hantise des joueurs depuis des années. La dématérialisation et la dépendance à des fonctionnalités en ligne peuvent signer l’arrêt de mort d’un jeu. Combien de titres multijoueurs, jeux de sport en tête, n’ont plus aucun intérêt à partir du moment où leur successeur voit le jour ? Bien sûr, FIFA 17 continue à fonctionner. Mais si vous voulez y jouer avec des adversaires humains connectés, vous allez trouver le terrain relativement vide.

Quand ce ne sont pas tout simplement les serveurs qui ferment, une spécialité notamment de Nintendo. J’ai rebranché, il y a quelque temps, ma Wii U. Entre temps, Nintendo avait mis fin au service Miiverse, non pas qu’il ait jamais été révolutionnaire. Néanmoins, je m’amusais de voir ces messages venant de joueurs de toute la planète, aujourd’hui remplacés par de simples conseils d’utilisation de la console. On se souvient également de la coupure du service de jeu en ligne sur Wii et DS, les exemples ne manquent pas, et concrètement, qu’est ce qui empêchera Nintendo de faire de même avec les services en ligne restants sur Wii U ? Sans parler des jeux, films, séries ou livres qui peuvent se volatiliser faute de droits. Ou de ces mises à jour qui peuvent retirer des fonctionnalités, pour cause de désaccord entre les partenaires, dont on aurait un peu tendance à se sentir otage.

On a longtemps usé et abusé de la maxime « Si c’est gratuit, c’est vous le produit ». On peut la corriger de la sorte : « si la fonctionnalité ou le contenu n’est pas sur l’appareil, c’est vous le produit ». La fin du service en ligne de Nextbit ne fera sans doute pas beaucoup de déçus. Elle est néanmoins révélatrice de cette évolution dangereuse pouvant conduire à une obsolescence, pour la peine, vraiment programmée, de nos smartphones, tablettes et autres enceintes.