Après des mois d’attente, le Projet Ara prend enfin forme. Peu connu, le fabricant Yezz a dévoilé un prototype du smartphone modulaire au Mobile World Congress. Encore mieux, il serait prêt à être commercialisé dans les six prochains mois. Nous avons profité du salon pour les rencontrer.

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Qui est Yezz ?

Derrière Yezz, on retrouve DDM, une entreprise sino-américaine qui conçoit elle-même ses produits. Enfin, c’est ce qu’elle nous dit. On retrouve également Luis Sosa, celui que l’on appelle « Steve Jobs » au Vénézuela. Ce n’est pas vraiment un « Steve Jobs », c’est surtout un entrepreneur qui a profité de l’explosion du smartphone pour importer des produits de Chine.

Luis Sosa

Luis Sosa

J’avais croisé le business man à Las Vegas pendant le Consumer Electronic Show en 2013, à l’époque il s’occupait du développement de la marque Blu, une autre marque de téléphones low-cost très présente en Amérique.

Yezz est encore relativement inconnu dans le monde du smartphone. Cette marque est tranquillement entrée sur le marché américain avec des téléphones Android débloqués abordables. Malgré sa petite stature, Yezz comptera parmi les premiers partenaires de Google à produire des modules du Projet Ara. En Europe, c’est Avenir Telecom qui assurera la distribution, mais aussi la communication. La marque sino-américaine, elle, est basée à Miami, lors de l’édition 2015 du CES en janvier dernier, Luis Sosa a été approché par Google en vue de développer le premier smartphone du Projet Ara. Un projet jugé « risqué » par Yezz, mais avec un « énorme potentiel ».

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Le prototype présenté au Mobile World Congress utilise un endosquelette, sur lequel on glisse des modules. « prototype », c’est d’ailleurs vite dit, tant cela ressemble à un simple mockup composé de bouts de carton. Sur cet endosquelette, on branche le module d’écran, le module de caméra, le processeur, le stockage et les autres éléments indispensables au fonctionnement d’un smartphone.

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Plusieurs tailles d’endosquelette seront proposées à l’avenir. Pour le moment Yezz se concentre sur un format de smartphone équivalent à du 5 pouces, sur lequel on peut glisser 11 modules de différentes dimensions. Il existe pour le moment deux tailles de modules, mais Google a déjà imaginé plusieurs variantes.

 

Un projet excitant, ambitieux et risqué

Cette conception modulaire d’un smartphone est un projet excitant, ambitieux et risqué même si l’essence même de la recherche, c’est d’être hantée par la notion d’incertitude. L’objectif est ici de la lever. Mais pour le moment, le prototype ne fait pas rêver. Loin de là.

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Néanmoins, je vois l’intérêt d’un tel produit. Entre autre, pour le développement durable, il sera possible de remplacer les modules endommagés ou trop anciens sans avoir à changer entièrement de smartphone. C’est également, et c’est pour moi le plus important, l’opportunité de créer des produits personnalisés, en fonction de ses goûts et de ses envies, mais aussi en fonction de l’usage d’un smartphone. Imaginez tous les métiers qui seraient intéressés pour « glisser » des capteurs surbmesure.

 

 

Plus de 80 modules en développement

Yezz et Google développent actuellement plus de 80 modules différents, dont des composants atypiques : un scanner rétinien, un écran E Ink, un port HDMI… de nombreux modules Yezz sont d’ailleurs créés en partenariat avec des spécialistes et des géants. Yezz nous cite, par exemple, le module ‘powered par Suncore’, pour le rechargement solaire.

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Au-delà de Yezz, des groupes plus importants sont déjà impliqués comme Fujistu, Foxconn, Nvidia ou encore Toshiba. On peut y voir une révolution, mais ce qui est sûr, c’est que le projet nécessite encore beaucoup de travail. Prévu pour un lancement pilote à Porto Rico, on ne devrait pas voir débarquer l’exemplaire de Yezz avant 2016 en Europe.