Officiellement, la grand-messe de l’innovation mobile commence demain. Cela dit, toujours avides de couverture médiatique, les constructeurs les plus en vue ont déjà dévoilé leurs bijoux de l’année, HTC et Samsung en première ligne. Parce que la ville ne s’arrête pas pour le MWC et histoire de se mettre dans l’ambiance barcelonaise du salon, nous avons atterri à l’aéroport d’El Prat quelques jours avant son ouverture, pour flairer l’ambiance et prendre le pouls des tendances locales.

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Publicité connectée

Si vous voyagez à Barcelone autour du MWC et que vous n’êtes pas vraiment au fait de la nature du salon, vous risqueriez de croire que la ville entière est tournée vers les technologies mobiles et les infrastructures liées à la communication. Dans le grand terminal de l’aéroport s’enchaînent les publicités pour les marques liées de près ou de loin à la téléphonie qui ont pu se payer un ticket d’entrée plutôt cher pour être aux premières loges.

Et pour cause : quelques dizaines de milliers de journalistes et autres VRP de grandes multinationales arpenteront ce sol lustré à un moment ou à un autre. Il s’agit de capter immédiatement leur attention, de la descente aux tapis roulants permettant de récupérer ses bagages.

L’aéroport, c’est l’occasion aussi, parfois, de jouer avec la presse et les commentateurs les plus avisés. Ainsi a-t-on vu cette année Huawei laisser « par mégarde » une publicité pour sa montre connectée à la vue de tous. Alors certes, on ne saura jamais s’il s’agissait d’une véritable erreur d’un employé trop zélé qui voulait à tout prix accrocher son stock d’affiches en avance ou d’un coup de communication pour attirer l’attention des médias. Cela n’a pas manqué en tout cas et tout le monde en aura parlé avant même que le salon n’ouvre.

Huawei Barcelone

Photo Android Central

En rejoignant la Plaça de Catalunya, centre névralgique de Barcelone d’où part la célèbre Rambla, on constate que c’est encore le constructeur chinois qui a pris ses marques, installant un pop-up store couronné d’un écran géant, permettant à la fois de diffuser de la publicité et de faire essayer aux badauds des smartphones de la marque. On se souvient qu’il y a quelques années, c’était Samsung qui habillait l’un des bâtiments de cette même place d’une publicité géante pour sa gamme Galaxy. Les temps changent.

Mais, bien heureusement, arriver à Barcelone avant le début du salon, ce n’est pas qu’être le réceptacle de la communication passive des marques. C’est aussi, si l’on se concentre sur son lien aux technologies mobiles, arpenter une ville dont les comportements sont parfois assez différents de ceux que l’on retrouve en France. On note d’abord avec surprise que quelques lignes de métro, en plus d’être spacieuses et bien éclairées, ont une connectivité 3G ou 4G. Il n’est pas question ici de repasser au mieux en EDGE et de tirer une croix sur ses activités mobiles lors des transports. Le réseau souterrain est très stable et les trajets n’étant pas très longs, on prend vite l’habitude de jeter un oeil à Maps avant de sortir ou de prévoir la suite de son itinéraire. À Paris, on aura plutôt tendance à attendre péniblement devant la bouche de métro que le réseau revienne.

Surprenante également est la couverture en terminaux NFC. Il y a deux ans déjà, quand le MWC se parait des couleurs du « sans contact », vantant les mérites de cette technologie du futur, on se surprenait à passer un portefeuille virtuel logé dans notre smartphone sur la machine de paiement d’un charcutier traditionnel du Mercado de la Boqueria. Aujourd’hui, la technologie est de plus en plus présente en France et se déploie à mesure que les commerces reçoivent de nouveaux terminaux de paiement, mais l’effet de surprise n’a toujours pas disparu, les commerçants s’amusant bien volontiers avec leurs clients en revêtant l’habit d’une sorte de magicien du porte-monnaie. Ici, le paiement sans contact s’est banalisé. Avec des solutions qui vont se développer comme Apple Pay, en forte croissance aux USA, ou Samsung Pay, dévoilé il y a quelques heures seulement, Barcelone a de quoi s’inscrire très clairement dans la dynamique du paiement sans fil et ne semble pas y voir d’inconvénient immédiat.

Dans les établissements culturels en revanche, le QR Code fait de la résistance. C’est lui que l’on scanne à l’entrée de la Sagrada Familia, aux portes de la Casa Batlló ou au Pavillon Mies Van Der Rohe. Pour le touriste malin et connecté, cela reste une aubaine malgré la nécessité d’une connexion data pour fonctionner : si vous voyez une heure de queue devant un monument, dirigez-vous sur son site web. Là, achetez vos billets. Oui, ils sont utilisables immédiatement, sur simple présentation du .pdf. Efficace : en quelques secondes, vous avez gagné plusieurs dizaines de minutes de séjour.

Catalan : 1 – Google : 0

Barcelone est une ville touristique. À peu près 8 millions de personnes viennent chaque année visiter la capitale administrative de la Catalogne et contempler les merveilles architecturales de Gaudi, arpenter la vieille ville, siroter des mojitos (à partir de 3 euros) en terrasse ou découvrir les nombreux musées regroupant les bijoux des artistes ayant fait la renommée de la région, de Picasso à Miró. Cette année, le MWC coïncide à peu près avec les vacances scolaires et l’on a l’impression assez perturbante d’entendre autant parler le français que le catalan dans les rues et les bars de la ville. Et la langue est ici, plus qu’ailleurs en Espagne, un véritable enjeu. Toujours, vous trouverez les panneaux, menus et informations touristiques dans les deux langues : celle du pays et celle, officielle, de la région. Quand il n’y a qu’une langue écrite, c’est le catalan. Pour le touriste qui ne parle pas un mot d’espagnol, et a fortiori, pas un demi-mot de catalan, la barrière des langues peut être véritablement ressentie.

Fort heureusement, pensait-on, Google a mis à jour son application de traduction et nous permettra de nous repérer facilement sur les cartes des restaurants et dans la ville, grâce à sa traduction automatique des textes présentés devant l’appareil photo. En théorie, si la fonctionnalité n’avait pas marché trop mal lors d’un test au bureau en tentant de faire passer des mots de l’anglais au français, le passage de l’espagnol à l’anglais est plutôt catastrophique. C’est bien simple : sur une dizaine de tests de décryptage, aucun n’a été concluant, la faute au logiciel, à l’éclairage, à la mise en page du document… à moins que les Barcelonais expérimentent des cocktails au « Hug Kittens ». Le Babelfish permettant de comprendre et de parler toutes les langues arrivera bien un jour, on l’espère, mais ce jour n’est pas arrivé.

Traduction

Barcelone, c’est aussi une ville dans laquelle le taxi règne. Cela n’a l’air de rien comme cela, mais aujourd’hui, à Paris, le réflexe Uber a été pris. La société cumule tous les défauts du monde, mais la qualité de son service pour le client et le coût très avantageux des courses a de quoi séduire. Dans les rues de Barcelone, à peu près à toute heure, il suffit de lever le bras pour qu’un taxi s’arrête. Même le conducteur sexagénaire qui n’a pas de GPS et sortira son plan détaillé des quartiers pour vous amener à bon port est équipé d’une machine pour les cartes bancaires, ce qui facilite les transactions, d’autant que les distributeurs de cash ne sont, eux, pas nombreux. Même en zone tarifaire élevée, après minuit par exemple, le taxi est abordable et vous pourrez faire un trajet de la plage jusqu’à la Plaça de Catalunya pour moins de 10 euros.

Abondance de l’offre, simplicité de paiement et service peu coûteux : voilà une trinité qui doit bien donner du fil à retordre à Uber dans une ville qu’il ne cesse de vouloir conquérir, après avoir été bouté une première fois par les tribunaux administratifs locaux. C’est à Barcelone, par exemple, que la société américaine a tenté une stratégie différente en lançant UberEATS, une sorte de service voulant couper l’herbe sous les pieds de la vente de nourriture à distance. En ouvrant l’application ce soir, UberEATS est la seule proposition qui s’affiche à l’écran. Pas de co-voiturage, pas de chauffeur, à croire que la loi a été respectée. Et notre quartier de résidence, pourtant central, n’est même pas encore couvert.

Uber

Tendance selfy

Quand on s’envole vers un pays étranger, dans lequel nous devenons touristes, observer les comportements des autres touristes est souvent plus facile. On les repère de loin. Il y a quelques années, on se moquait encore de ceux qui, munis de leurs grosses tablettes tactiles, prenaient en photo les monuments. Cette pratique est désormais parfaitement acquise chez le touriste moderne et à Barcelone, aussi bien l’ado que la mamie se balade bien plus volontiers avec un iPad de 10 pouces sous le bras qu’avec un smartphone.

Selfy Stick

Non, le touristo-hipster de 2015, celui qui plane en avant des tendances, se moquant bien d’être la risée de ses pairs, c’est celui qui arbore fièrement son selfy stick. L’inventeur de ces bras dont l’extrémité est une pince renfermant un smartphone, équipés d’un déclencheur Bluetooth a extrêmement bien saisi les tendances — et les travers — de notre société : narcissisme, concurrence sur les réseaux sociaux, archivage compulsif des souvenirs. Le selfy stick, tenu à bout de bras, permet d’orienter son smartphone vers soi sans avoir à demander quoi que ce soit à un autre touriste (« de toutes façons c’est probablement un voleur qui va s’enfuir avec mon appareil ») et donne la possibilité de se prendre en photo partout, tout le temps. Les plus grands adeptes de l’objet utilisent le déclencheur en rafale, pour que la pose devant les colonnes de la Sagrada Familia soit la plus parfaite. Il ne faudrait pas déconner avec les photos de vacances, c’est un business sérieux, partagé immédiatement sur Instagram.

Alors certes, cela évite la photo souvenir sur laquelle vous vous trouvez dans un des coins, généralement en bas à droite, avec un visage à moitié caché par votre bras. C’est vrai. Mais est-ce que ces photos cheap et souvent ratées ne font pas le charme des voyage ? Après tout, ce sont celles que l’on garde en mémoire, entre 10 photos de paysage et 30 photos de rues que l’on retrouvera, en mieux, sur Wikipédia. Quoi qu’on puisse penser de l’objet, cela ne serait pas étonnant qu’un grand nombre de constructeurs d’accessoires en aient fait leur pièce maîtresse dans les allées du salon, comme ils avaient inondé le CES début janvier.

Et peut-être découvrirons-nous dès demain le prochain accessoire tendance, en espérant qu’il soit plus emballant que son prédécesseur.