Avec Ubuntu Mobile, Firefox OS, BlackBerry 10 ou encore Windows Phone 8, la troisième place derrière Android et iOS n’est acquise pour personne. Le marché est complètement dominé par Android et iOS : à eux deux, ils possèdent 91% des parts de marché. Aux abords de ce duopole, même pour le géant de Redmond, la bataille est loin d’être gagnée.

Mobile fight !

La question que tout le secteur se pose : Qui sera le troisième écosystème mobile aux côtés d’iOS et Android ?

Windows Phone : Nokia coûte que coûte !

Etre leader dans le monde du PC n’est plus suffisant, Microsoft reste à la traine malgré quelques bonnes surprises. Le géant de Redmond a pris un réel danger en décidant de repartir à zéro avec Windows Phone, une décision qui a permis à Google d’imposer son OS en flirtant par la même occasion avec les partenaires de Microsoft.

Barney, yeah !

Windows Phone 8 n’a pourtant pas réussi à s’imposer, malgré un écosystème cohérent : un lancement simultané de Windows 8 et Windows Phone 8 avec une très grande cohérence dans l’expérience utilisateur. Avec sa mosaïque de tuiles animées sur l’écran d’accueil ainsi qu’une typographie accrocheuse – Windows Phone a réalisé une nette rupture, Microsoft a décidé de ne pas appliquer la recette « apps » : avec la fameuse grille d’icônes soignée rendue populaire par l’iPhone et Android.

Pourtant, les terminaux Windows Phone ne se vendent pas, enfin « assez peu ». Comment expliquer cela ? La différentiation avec les appareils Android n’est pas si évidente et Nokia – emblème de Windows Phone – traîne son retard dans le secteur : l’époque Symbian a marqué les esprits et Nokia n’est plus l’entreprise innovante que l’on connaissait. L’écosystème applicatif est également à la ramasse : l’offre de 130 000 apps reste inférieur au Google Play ou à l’App Store même après plusieurs mois d’effort. Enfin, le Nokia Lumia 920 n’a pas créé cette vague qui était tant attendue.

Pourtant Microsoft a vraiment besoin d’un blockbuster… et non d’un film culte.

En choisissant de s’associer avec l’ancien leader de la téléphonie (14 ans de leadership dans le secteur), Microsoft a pris un réel risque. Nokia est désormais septième constructeur de smartphones… et cette position ne progresse pas. L’autre partenaire est HTC, le fabricant taïwanais qui rencontre lui aussi d’énormes difficultés à remonter la pente.

C’est assez intriguant, Microsoft a choisi des perdants en tant que sauveurs… Perdant + perdant = ?

Pour sauver les meubles, le finlandais Nokia a décidé d’attaquer avec le prix. En présentant deux téléphones, le Lumia 620 à 199 euros et le Lumia 720 à 369 euros. Nokia décide donc d’accentuer une posture agressive sur les prix, quitte à diminuer dangereusement ses marges. Nokia parie sur le volume et assure ses arrières en présentant un téléphone à 20 dollars afin de continuer à sauvegarder ses parts de marché sur tous les continents.

Et pourtant. Et pourtant.

Cela semble être du déjà-vu pour Microsoft. Il pénètre dans un marché des années après Apple, ce dernier ayant déjà pris les devants (par exemple, le Zune)), et malgré un excellent travail, ne parvient jamais à construire un écosystème assez rapide pour rattraper son retard.

Malgré des produits excellents, le vent ne se lève pas… Dans ma région bretonne, nous avons une citation assez explicite : Celui qui se fait voilier doit chercher le vent. Mais attention… Le naufrage s’attache bien trop souvent aux cordes du vent.

Firefox OS : à l’assaut des pays en voie de développement !

Mozilla avait démarré un projet avorté il y a deux ans, à l’époque BlackBerry OS était encore en croissance et cette troisième place ne semblait pas si accessible… Heureusement, les choses ont changé. La philosophie de Mozilla est essentielle pour le marché des nouvelles technologies à cela qu’il pousse la création de standard et de liens entre des écosystèmes fermés. C’était donc un grand moment : Mozilla a annoncé officiellement Firefox OS lors d’un show dimanche dernier.

En Europe et aux Etats-Unis, les prétendants à la troisième place de constructeur semblent être BlackBerry et Windows Phone. Néanmoins, au niveau macro-économique, Firefox OS a tout en main pour s’imposer dans les pays émergents et en voie de développement où les « featured phones » (les téléphones basiques) se vendent encore comme des petits pains.

Afin d’y arriver, Mozilla a décidé de travailler avec deux chinois et un coréen : Alcatel One Touch, LG et ZTE. L’objectif est de concevoir des smartphones d’entrée de gamme très accessibles, et c’est bien parti… Avec le soutien de leur communauté et des partenaires dévoués, Mozilla semble être très optimiste. L’OS semble très simple et complètement développée en HTML5, ce qui permet à Mozilla de pouvoir profiter de l’énorme potentiel de développeurs web.

De grands opérateurs ont annoncé une commercialisation prochaine de terminaux : Deutsche Telekom en Pologne, ou encore Telefónica au Brésil, en Colombie et au Venezuela. China Unicom est également de la partie ainsi que de grands groupes mondiaux tels que Deutsche Telekom, Sprint ou encore KDDI.

Cette stratégie pourrait s’avérer payante, néanmoins il faut tout de même ne pas oublier que le « bas » du marché n’est pas nécessairement un espace très rentable. De plus, Android ne cesse de réaliser des incursions dans ces régions… grâce aux smartphones à bas prix (et parfois, gratuit).

L’autre pari risqué est de croire que Mozilla peut faire du navigateur Firefox le coeur d’un OS mobile. Mozilla en est persuadé : il peut fournir une expérience web bien plus conviviale et créer un « scénario mobile ».

Mobile

C’est à Mozilla de prouver qu’ils sont capables de mettre en danger Android… et la partie est loin d’être gagnée d’autant que Nokia ou encore Huawei sur Windows Phone ont aussi la volonté de se placer sur ce créneau des pays émergents et l’équipement de ces 2 milliards de personnes sans téléphone.

Ubuntu Mobile : Juste de l’Android personnalisé ?

Canonical a réalisé un très beau teaser de son prochain OS : Ubuntu Mobile. Dès aujourd’hui, vous pourrez même en profiter sur votre Galaxy Nexus, Nexus 7 ou encore Nexus 4. Jusqu’à maintenant, les démonstrations de Ubuntu sont très impressionnantes surtout par rapport à la maturité du système.

Comment fonctionne Ubuntu Mobile ? Ubuntu s’exécute aux côté d’Android, en réalité c’est encore plus subtile : Ubuntu fonctionne au dessus du noyau Linux. Ils utilisent des couches logicielles de Cyanogen, célèbre ROM Android, pour pouvoir proposer une comptabilité avec les appareils Android.

La stratégie de Canonical ne me semble pas claire : d’un côté Ubuntu Touch (fonctionne avec l’OS Android) de l’autre Ubuntu Mobile (fonctionne sur de nombreux appareils Android). Le gros intérêt de leur plateforme est la comptabilité potentielle avec l’ensemble des terminaux Android. Néanmoins cela semble insuffisant pour en faire la troisième plateforme mobile…

BlackBerry 10 : la dernière chance ?

L’Allemand Thorsten Heins, ancien de Siemens, est-il l’homme de la situation pour RIM / blackberry ? En tout cas, le PDG de BlackBerry semble ne réalise que très peu de faux pas. Le lancement de BlackBerry 10 a été calculé au millimètre près lors du keynote digne des plus belles keynotes d’Apple. Et je n’exagère pas. Néanmoins l’enjeu est tellement énorme que personne ne peut prédire aujourd’hui la réussite ou l’échec de BlackBerry. Il faut dire que BlackBerry est tombé bien bas : des parts de marché de 3,9 % au quatrième trimestre 2012 (chiffres du cabinet IDC).

Super Meme

Le CA et les parts de marché de BlackBerry ont fondu comme neige au soleil, le canadien n’a pas vu arriver ses concurrents : longtemps en avance, BlackBerry est devenu le « mouton noir » du marché. Après avoir loupé le virage du tactile, ils ont vécu de gros problèmes de fiabilité et de sécurité sur leur services. Difficile pour une entreprise réputée et reconnue pour la fiabilité de leur produit…

Avec BlackBerry 10, BlackBerry semble avoir mis toutes les chances de son côté. Cela sera t-il suffisant ? Impossible de le certifier aujourd’hui. Contrairement à Microsoft, BlackBerry peut tout de même compter sur une communauté d’utilisateurs solide, il existe encore 80 millions d’utilisateurs BlackBerry dont des cadres dirigeants mais aussi des adolescents. Grâce à sa taille, le canadien peut également être bien plus flexible ce qui lui permet de développer bien plus rapidement des stratégies locales et adaptées. Vous pouvez lire notre test du BlackBerry Z10 pour vous rendre compte de l’avancement de BB10.

Seul, BlackBerry semble être mal parti pour pouvoir entretenir son OS BlackBerry 10. A mon sens, le canadien devrait réfléchir sérieusement à licencier BB10 pour permettre à d’autres constructeurs d’utiliser BB10 et de pouvoir contribuer à son développement.

Et Tizen ?

L’ancien OS MeeGo, co-développé par Intel et Nokia, est aujourd’hui dans les mains de Samsung. Le coréen est entrain d’effectuer une transition stratégique. En effet, il remplace son OS Bada par Tizen. L’objectif est de permettre à Samsung d’être moins dépendant de l’OS Android, et de mieux maîtriser la chaîne de valeur de l’écosystème. Ainsi, Samsung pourra contrôler et développer son propre Samsung Apps, sans solution de markets alternatifs. Sans oublier les solutions liées à la musique, aux services, à la géolocalisation, aux contenus multimédia, aux applications et l’ensemble de l’écosystème.

Comme vous le savez, Samsung est le premier constructeur de mobile au monde. Ils ont doublé Nokia depuis un peu plus d’un an. De plus, il génère plus de 90% des bénéfices du marché du smartphone, avec Apple. Ce fameux duopole…

Samsung pourrait donc imposer assez rapidement son système Tizen, en prenant la troisième place des plateformes mobiles dans certains pays. Tizen est le candidat idéal pour équiper une gamme de smartphones d’entrée et de milieu de gamme. De plus, Samsung serait même prêt à licencier son OS…

En conclusion…

Comme vous pouvez le voir, il est difficile de donner le nom du gagnant. Même si Windows Phone semble être bien parti pour rafler la troisième place, Microsoft s’emmêle trop les pattes pour gérer efficacement son écosystème. Si Nokia n’arrive pas à re-décoller en 2013, Microsoft pourrait perdre leur principale partenaire.

J’aurai tendance à pousser Firefox OS. Leur plateforme pourrait faire autant de bien que Firefox a pu en faire dans le monde des navigateurs : de l’ouverture, une mise en avant des technologies web, un market d’applications accessible et bien plus libre… Et enfin, un positionnement et une stratégie basés sur les pays en voie de développement avec un énorme potentiel de croissance.

Finalement la réponse à cette question dépendra des régions : dans les pays en voie de développements ainsi que les pays émergents, Firefox OS pourrait s’imposer tandis que dans les pays développés, Windows Phone pourrait finalement s’imposer grâce à la stratégie plutôt agressive de Nokia ainsi que le poids de Microsoft.

Mais comme semble l’avoir très bien compris Apple, une plateforme mobile, ce n’est pas seulement du logiciel. C’est un ensemble d’expériences de bout en bout : du design aux applications.

Mais je vais vous dire ce dont je suis le plus reconnaissant dans ce secteur : la concurrence.

Concurrence

 

Merci à quebecme.me de m’avoir autant inspiré !