
Comme tous les pays, Anguilla s’est vu attribuer dans les années 1990 son propre domaine national, sur le même principe que .fr pour la France ou .uk pour le Royaume‑Uni. À l’époque, ce .ai ne valait pas grand-chose, dans un Internet encore réservé à quelques initiés. Vous le voyez venir, trois décennies plus tard, la déferlante de l’intelligence artificielle lui a donné une tout autre valeur.
Avec l’explosion d’intérêt pour l’IA après l’arrivée de ChatGPT, des milliers d’entreprises et de créateurs se sont rués sur les noms de domaine en .ai pour afficher leur ambition « intelligence artificielle » jusque dans leur adresse web. Anguilla facture ces enregistrements et renouvellements autour de 140 à 200 dollars américains la période, et touche aussi une partie des ventes aux enchères pour les noms les plus convoités, certains se négociant plusieurs centaines de milliers de dollars. Résultat : en 2023, la vente de domaines .ai a rapporté environ 87 millions de dollars des Caraïbes orientales (27,5 millions d’euros), soit 20% des revenus du gouvernement cette année‑là, alors que le tourisme représente environ 37% du PIB.
Une « rente IA » qui pèse désormais aussi lourd que certains secteurs entiers
La courbe de croissance donne le vertige. En 2020, on comptait moins de 50 000 domaines .ai. Début 2025, on dépasse les 850 000 enregistrements, soit plus de dix fois plus en cinq ans, et un doublement sur la seule dernière année. Cette explosion se voit dans les comptes publics : pour 2024, Anguilla annonce 105,5 millions de dollars des Caraïbes orientales de recettes, soit environ 33 millions d’euros, ce qui représente 23% des revenus du gouvernement. Les experts estiment ce montant à 41,8 millions d’euros pour 2025, puis 43,7 millions en 2026.
Pour une île de 25 km de long et moins de 20 000 habitants, c’est une véritable loterie gagnante. Cet argent finance des projets très concrets : extension de l’aéroport, renforcement des infrastructures de santé pour les personnes âgées, et financement du centre de formation technologique local. Autrement dit, le boom de l’IA nourrit des investissements bien réels dans les transports, le social et la montée en compétences.
Diversifier une économie vulnérable aux ouragans
Comme beaucoup d’îles caribéennes, Anguilla vit principalement du tourisme, notamment haut de gamme, avec plus de 111 000 visiteurs enregistrés en 2024. Mais cette activité reste extrêmement exposée aux ouragans qui frappent la région chaque année. En 2017, l’ouragan Irma a provoqué des dégâts estimés à 320 millions de dollars, forçant le Royaume‑Uni à intervenir à hauteur de 60 millions de livres pour soutenir la reconstruction.
Dans ce contexte, la montée en puissance des revenus du .ai apporte un deuxième pilier économique, moins dépendant de la météo. Le FMI souligne que cette ressource contribue à renforcer la résilience financière de l’île et à réduire sa dépendance aux aléas climatiques. Les autorités, toutefois, se gardent de considérer cette rente comme acquise. Le Premier ministre Ellis Webster rappelle que « le paysage numérique évolue vite » et qu’un atout perçu comme pérenne aujourd’hui peut perdre de sa valeur demain.
Des noms de domaine qu’il faut renouveller régulièrement
Un des atouts de cette nouvelle ressource tient au taux de renouvellement des domaines : selon le FMI, environ 90% des .ai sont renouvelés au bout de deux ans, ce qui donne à Anguilla une base de revenus relativement prévisible, même si les nouvelles créations venaient à ralentir. « Tout le monde renouvelle ses domaines, on peut donc compter sur un certain plancher », résume l’ingénieur Vincent Cate, qui a longtemps géré le registre national de l’île.
Pour sécuriser cette poule aux œufs d’or, Anguilla a signé en 2024 un accord de cinq ans avec la société américaine Identity Digital, spécialiste des registres de noms de domaine. Les serveurs hébergeant les .ai ont été déplacés du territoire vers un réseau mondial de data centers, afin de réduire les risques liés aux coupures de courant, aux tempêtes ou à des pannes locales. L’État garde la main sur les recettes : la société privée prélève une commission estimée à environ 10%, le reste allant directement dans les caisses publiques.
Anguilla n’est d’ailleurs pas la seule île à profiter d’une extension lucrative. On pense notamment au .tv pour Tuvalu, .me pour le Monténégro ou au .fm pour les États fédérés de Micronésie.
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