Trésor, Justice, État : l’IA chinoise DeepSeek doit disparaître des ordinateurs de l’administration américaine

Bannir l'open source ?

 
Le ministère américain de la Sécurité intérieure a rendu public, ce lundi 19 octobre, un ordre qui oblige les agences fédérales civiles à cesser d’acheter DeepSeek et à le retirer de leurs systèmes. Il vise aussi les logiciels tiers construits sur ses modèles, alors que ceux-ci sont téléchargeables librement.

Le Trésor, le département d’État et celui de la Justice ne peuvent plus utiliser DeepSeek, l’IA de la start-up chinoise du même nom. Le ministère américain de la Sécurité intérieure (DHS) a ordonné à toutes les agences fédérales civiles d’arrêter d’acheter ses produits et de les retirer de leurs systèmes informatiques. Le ministre Markwayne Mullin a signé l’ordre le 24 juillet, mais il n’a été rendu public que ce lundi 19 octobre, selon Reuters. Surtout, le texte vise aussi les logiciels d’autres éditeurs construits sur la technologie DeepSeek, y compris quand le nom n’apparaît nulle part.

Le DHS s’appuie sur le Federal Acquisition Supply Chain Security Act, une loi de 2018 qui permet d’écarter un fournisseur jugé risqué des achats et des systèmes de l’État fédéral. Il a suivi une recommandation du Federal Acquisition Security Council, le comité chargé d’évaluer ces risques. L’ordre, publié ce mardi au Federal Register (le journal officiel américain), s’impose donc aux agences. Elles peuvent quand même demander des exceptions.

Le motif officiel est la sécurité nationale. Le DHS craint que les données sensibles des agents fédéraux deviennent accessibles aux autorités chinoises, puisque les serveurs de DeepSeek sont en Chine. Le ministère évoque aussi le risque de logiciels malveillants ou de failles dans les modèles.

Le Pentagone et le renseignement ne sont pas concernés, car le DHS n’a pas autorité sur eux. Ils avaient de toute façon pris de l’avance. Une loi adoptée en décembre 2025 visait déjà DeepSeek dans les systèmes de sécurité nationale du renseignement. Washington accuse aussi DeepSeek de distillation, une technique qui consiste à entraîner un modèle sur les réponses d’un autre. Anthropic, qui documente régulièrement les détournements de Claude, dit avoir repéré ce genre de tentatives de la part de DeepSeek.

Un modèle open source difficile à chasser

DeepSeek publie les poids de ses modèles V3 et R1 (les paramètres qui font tourner l’IA) sur Hugging Face et GitHub. N’importe qui peut donc les installer sur ses propres serveurs, sans envoyer une seule donnée en Chine. Sur le papier, l’ordre en tient compte, puisqu’il couvre les produits tiers « développés à partir d’implémentations DeepSeek ».

Le texte reste assez flou, il peut viser seulement les logiciels qui appellent DeepSeek par son API (l’interface qui permet de brancher le modèle dans un autre service). Il peut aussi viser une application dont les développeurs se sont servis de DeepSeek pour coder. La notice publiée ne dit pas non plus clairement si un modèle installé en local est concerné.

Sans oublier les passerelles d’IA comme OpenRouter. Ces services envoient chaque requête vers le modèle le moins cher ou le plus performant du moment. Une agence qui ne limite pas la liste des fournisseurs peut donc interroger DeepSeek sans le savoir.

Avec TikTok, la tâche était plus simple : l’administration visait une seule application, éditée par une seule entreprise, qu’il suffisait de retirer des téléphones de service. Un modèle ouvert, lui, peut être modifié, renommé et intégré dans n’importe quel produit. L’ordre demande d’ailleurs aux agences de surveiller les données qui sortent de leurs réseaux et de renforcer leurs journaux d’activité.

Pékin proteste et commande des cartes Nvidia par millions

La Chine n’a pas apprécié. Ce mardi, Mao Ning, porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères, a dénoncé une utilisation abusive du concept de sécurité nationale, comme le rélève TechCrunch.

Côté matériel, la Chine s’adapte aux règles américaines. Reuters a révélé ce mardi que ByteDance, Alibaba et Tencent avaient commandé plus de 3 millions de RTX Pro 5500 pour plus de 35 milliards de dollars (environ 31 milliards d’euros). Cette carte pour station de travail peut être exportée vers la Chine, alors que les H200 et B300 de Nvidia, plus puissantes, y sont interdites ou soumises à licence. Elle a autant de cœurs CUDA qu’une RTX 5090 et 84 Go de mémoire, de quoi faire tourner des modèles d’IA. Nvidia aurait prévenu ses clients qu’il ne pourrait livrer que 5 à 10 % des quantités demandées.

En France, l’ordre ne change rien sur le plan légal : il ne s’applique ni aux entreprises privées ni aux autres gouvernements. La CNIL avait d’ailleurs annoncé le 30 janvier 2025 qu’elle allait interroger DeepSeek, qui stocke les données de ses utilisateurs en Chine.


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