
Posons la scène. Hier soir, sur scène à Mountain View, Liz Reid a présenté la nouvelle vie de Google Search. Vous tapez une question, Google y répond. Vous demandez une réservation, Google appelle pour vous. Vous voulez visualiser un concept, Google fabrique l’interface en direct. À aucun moment, ou presque, il ne vous demande de quitter sa page.

Présenté ainsi, c’est une révolution d’usage. Présenté autrement, c’est la fin programmée de la promesse d’origine du moteur de recherche, celle qui consistait à vous envoyer ailleurs.
Les chiffres ne mentent pas. Selon le Reuters Institute, le trafic envoyé par Google vers les sites d’éditeurs a chuté de 33 % à l’échelle mondiale entre novembre 2024 et novembre 2025. Aux États-Unis, où AI Overviews est déployé à plein régime depuis son lancement, c’est 38 % en moins. En Europe, où le déploiement est partiel, on est encore à 17 % de baisse.
Les responsables des grands médias interrogés en début d’année anticipent en moyenne 43 % de pertes supplémentaires sur les trois prochaines années, et un sur cinq table sur plus de 75 %. Et tout cela, c’est avant l’arrivée des agents annoncés cette semaine, qui ne vont plus simplement résumer une page, mais accomplissent la tâche entière. Un agent qui réserve votre salle de karaoké ne génère pas une impression publicitaire, pas un abonnement, pas un avis utilisateur. Il consomme l’information et part.
Le sursis français, et l’illusion qu’il dure
En France, on regarde tout ça depuis la tribune. AI Overviews et AI Mode sont déployés dans plus de 200 pays, mais pas chez nous, même si des tests ont déjà été repérés sur Google.fr.
Le blocage n’est pas RGPD, pas DMA, pas DSA. Il est spécifiquement français : les droits voisins. La loi de 2019, qui oblige Google à rémunérer les éditeurs pour la reprise d’extraits, n’a jamais été pensée pour des IA qui synthétisent des dizaines d’articles en une réponse unique. Tant que la négociation reste ouverte, Google préfère temporiser.
Pour aller plus loin
« Cet été, aux États-Unis » : la phrase qui résume la Google I/O pour nous en Europe
Nous, les éditeurs français, nous vivons un répit, comme l’Europe entière vit ce Google I/O en différé. Un répit qui n’est pas une stratégie. Quand AI Overviews arrivera, et il arrivera, l’onde de choc sera comprimée en quelques mois, là où les médias américains ont eu deux ans pour encaisser. Et il faut le dire : pendant ce sursis, beaucoup de groupes ne préparent pas grand-chose. Le SEO classique se prolonge, on parle de « GEO » comme on parlait de « mobile first » il y a quinze ans, sans y croire vraiment.
Sauf qu’il y a une donnée plus inquiétante que la baisse du trafic Google. Regardez ce que ChatGPT renvoie déjà aux médias français.

Une étude de l’INA, publiée la semaine dernière, montre que ChatGPT a généré 9,9 millions de visites vers la presse française en 2025. Le Monde, seul média français à avoir signé un accord avec OpenAI en mars 2024, en a capté 2,56 millions. À lui seul. 25,9 % du gâteau, plus d’un clic sur quatre. Le Guardian, autre partenaire historique, prend 8,8 %. Reuters, 3,3 %. Et puis 259 sites se partagent les miettes, 11 % du total à eux tous. Le coefficient de Gini de cette distribution atteint 0,80, un niveau de concentration qu’on retrouve d’habitude dans les pires inégalités de revenus mondiales.
La leçon est nette : dans le monde des LLM, il y a ceux qui ont un accord, et il y a les autres. Et entre les deux, il n’y a pas grand-chose.
La question que personne ne pose vraiment
Cette semaine, en mars dernier en fait, Google a discrètement ajouté à sa documentation un nouveau user-agent baptisé « Google-Agent ».
Pas un robot d’indexation, pas un navigateur. Une troisième catégorie : une machine pilotée par un humain, qui consulte votre page pour le compte de quelqu’un qui ne viendra jamais. Aucun outil analytics n’a été pensé pour ça. Aucune régie publicitaire ne sait le monétiser. Aucun fichier robots.txt n’a de case pour ce cas-là. Le navigateur affichait votre page, l’agent l’absorbe. Et le web marchand n’est pas mieux loti. Quand Vidhya Srinivasan, sur la même scène hier, a présenté l’AP2 et l’universal cart de Google Shopping, elle vendait un confort utilisateur. Elle décrivait aussi, sans le dire, un avenir où les e-commerçants devront négocier leur visibilité auprès d’agents IA, exactement comme les éditeurs ont dû négocier avec OpenAI. Le client final ne visitera plus leur site. Il décrira ses critères, l’agent fera le tour, comparera, achètera.
Que reste-t-il à faire, alors, pour les éditeurs, commerçants et services qui peuplent encore ce qu’on appelle le web ouvert ?
Trois pistes émergent, et aucune n’est confortable. La première, c’est d’avoir quelque chose à vendre qui ne soit pas réplicable par une synthèse. Une enquête, une expertise, une voix, un accès. Un contenu interchangeable peut être servi par une IA à la place de votre site. Un contenu singulier garde une raison d’exister.
La deuxième, c’est d’accepter le rapport de force et d’aller négocier. Le Monde l’a fait, et capte aujourd’hui un quart du trafic IA français. Les médias qui attendent que le marché se régule tout seul collecteront les miettes.
La troisième, plus structurelle, c’est de penser dès maintenant à un modèle économique où le contenu est tarifé à la machine, pas à l’humain. Cloudflare et Google travaillent justement sur un protocole d’authentification cryptographique des agents IA.
Ce sera bientôt techniquement possible de dire : voilà mon prix par requête d’agent. Encore faut-il vouloir et savoir s’en servir, dans un écosystème où Google se présente déjà comme le garant de la transparence de l’IA.
Google n’a pas annoncé hier la mort du web ouvert. Il a annoncé, avec le sourire, sa transition vers autre chose. Un web où l’utilisateur reste chez Google, où les sites deviennent des matières premières pour des agents, où la prime va à ceux qui ont signé tôt et fort.
Pour la France, le sursis est utile à condition d’en faire quelque chose. Or on a déjà perdu beaucoup de temps. Il faut espérer qu’on n’en perde pas encore plus.
Toutes les annonces de la Google I/O 2026 (Gemini et Android XR)
La Google I/O 2026 a été le théâtre d’une multitude d’annonces alors que l’Android Show de la semaine précédente nous avait déjà gâtés. Voici les annonces à retenir autour des évolutions de Gemini et d’Android XR.
- Les immense promesses de Gemini 3.5 Flash et Gemini 3.5 Pro.
- L’ambitieux modèle multimodal Gemini Omni sur lequel Google mise énormément.
- Le puissant agent IA Gemini Spark qui travaille à votre place 24h/24.
- La révolution IA de la barre de recherche de Google.
- Les évolutions du mode AI de Google Search.
- Le nouveau design de l’app Gemini avec Neural Expressive
- L’aperçu officiel des lunettes Android XR de Google et Samsung.
- Le nouvel outil de retouche photo par IA Google Pics.
- Google Shopping bouleverse vos achats en ligne avec Gemini.
- Comment Gmail, Docs et Keep vont se métamorphoser avec la commande vocale de Gemini.
- La nouveauté Daily Brief de Google Gemini.
- Les promesses de Google pour une industrie de l’IA transparente et éthique.
- L’étonnante association de Google Genie et Street View pour mettre l’IA dans le monde réel.
- La fonction très pratique de Gemini sur macOS.
- Les lunettes Android XR de XREAL se concrétisent aussi.
- Les nouvelles formules Google AI Ultra moins chères.
- Les nouvelles limites à connaître sur les utilisations de Gemini.
- L’Europe oubliée pendant la Google I/O 2026.
- Les nouveaux logos des applications Google.
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