
Aux États-Unis, le gazole teinté en rouge, que les Américains appellent « red-dyed diesel », n’avait jusqu’ici pas le droit d’entrer dans le réservoir d’une voiture ou d’un camion qui roule sur la route.
Ce lundi 5 octobre, Donald Trump a levé temporairement cette interdiction en signant un décret pendant un meeting à Grand Island, dans le Nebraska, d’après une dépêche de l’AFP. Devant la foule, le président américain a d’ailleurs reconnu qu’il ne connaissait pas bien ce carburant : « Je ne sais pas ce que c’est, mais peu importe, c’est censé être très bon ».
Le décret permet surtout à Donald Trump de se passer du Congrès. Selon Bloomberg, ouvrir à tous un carburant déjà exonéré revient en pratique à lever la taxe fédérale de 24 cents par gallon sans passer par la Chambre des représentants ni le Sénat, partis en vacances avant le scrutin.
La Maison Blanche veut surtout alléger la facture des automobilistes, des agriculteurs et des transporteurs avant les élections de mi-mandat de novembre. Pendant la semaine du 21 septembre, le gazole routier a en effet atteint en moyenne 6,529 dollars le gallon (3,8 litres), soit un peu plus de 1,50 euro le litre, selon l’Energy Information Administration (l’agence américaine des statistiques sur l’énergie). L’administration attribue ce record récent à la guerre en Iran.
Les agriculteurs, eux, ne verront pas de différence sur leurs tracteurs, qui roulent déjà au diesel rouge détaxé. Patrick De Haan, analyste chez GasBuddy (un service américain de suivi des prix à la pompe), le soulignait la semaine dernière. Selon lui, la mesure peut faire baisser la facture des véhicules routiers, mais pas celle des exploitations, et le vrai problème vient du manque de gazole disponible, pas des taxes.
Un gazole ordinaire marqué d’un colorant fiscal
Qu’est-ce qui distingue le diesel rouge du gazole vendu à la pompe ? Chimiquement, presque rien. On ajoute simplement au même carburant, au dépôt, un colorant rouge appelé Solvent Red 164. La teinte signale un statut fiscal : ce gazole est vendu sans les taxes routières, parce qu’il fait tourner des machines qui ne roulent pas sur la voie publique, comme les tracteurs, les engins de chantier ou certains groupes électrogènes.
Le colorant sert d’abord aux contrôles. Le département du Revenu du Colorado rappelle que l’État fédéral l’impose pour deux raisons. La première consiste à repérer le carburant sur lequel les taxes n’ont pas été payées. La seconde, moins connue, est de signaler un carburant qui n’est pas prévu pour les véhicules routiers, dans le cadre de la lutte contre la pollution de l’air.

Jusqu’à ce décret, un agent qui trouvait la moindre trace de rouge dans le réservoir d’un véhicule routier tenait donc sa fraude. L’amende fédérale démarre à 1 000 dollars (environ 890 euros), et passe à 10 dollars par gallon quand la quantité en jeu est plus importante.
En France, le principe est le même avec le gazole non routier, le GNR, lui aussi coloré en rouge et surnommé « le rouge ». La douane précise qu’il est désormais taxé au tarif normal dans la plupart des cas, sauf pour les usages agricoles et forestiers, qui gardent un tarif réduit. Le fioul domestique, utilisé pour le chauffage, porte la même teinte.
Une économie bien plus faible qu’en France
Combien économise-t-on avec du diesel rouge ? Aux États-Unis, la taxe fédérale sur le gazole routier s’élève à 24,4 cents par gallon. Les États ajoutent en moyenne 35,86 cents, selon les chiffres de janvier 2026 de l’Energy Information Administration. Au total, on arrive à environ 60 cents par gallon, soit 14 centimes d’euro par litre, ou un peu moins de 10 % du prix moyen de 6,382 dollars le gallon (environ 1,50 euro le litre) relevé fin septembre 2026.
Pour autant, le décret ne touche qu’à la part fédérale, dont il reporte le paiement à la fin de l’année, sans intérêts ni pénalités. Le Trésor est par ailleurs chargé d’étudier une annulation pure et simple de cette somme. Sans geste des États, l’économie tourne donc autour de 6 centimes d’euro par litre, moins de 4 % du prix à la pompe, et elle ne sera acquise que si la taxe reportée est effacée. Les taxes des États relèvent de leur compétence, et la Maison Blanche dit seulement vouloir les encourager à adapter leurs règles.
Donald Trump a pourtant promis sur scène qu’un routier économiserait plus de 100 dollars (environ 89 euros) à chaque plein. La Maison Blanche chiffre elle-même la part fédérale à environ 60 dollars (environ 53 euros) pour un plein de 250 gallons, soit près de 950 litres. Le cap des 100 dollars n’est dépassé que là où l’État renonce aussi à sa taxe.
En France, l’écart entre gazole routier et GNR est bien plus large. L’accise sur le gazole routier atteint 60,75 euros par hectolitre en 2026 selon le Comité national routier, soit environ 61 centimes par litre. Le GNR agricole, lui, est taxé à 3,86 euros par hectolitre, soit à peine 4 centimes par litre. Un agriculteur français paie environ 57 centimes de taxe en moins par litre, à peu près quatre fois l’écart américain, avant TVA.
Côté américain, le Trésor doit encore dire si la taxe fédérale reportée sera un jour réclamée, et chaque État décidera s’il renonce aussi à la sienne, en moyenne plus lourde que la part fédérale. En France, rien ne bouge : le GNR reste réservé aux engins qui ne circulent pas sur le réseau routier.
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