
Ne taxez pas nos kilomètres ! C’est un sentiment de déjà-vu. Pour des centaines de conducteurs ayant répondu à notre appel à témoignages, l’éventualité d’une taxe kilométrique sur les véhicules électriques passe pour une promesse rompue. Rappelons que ce genre d’impôt arrive au Royaume-Uni dès 2028, où les conducteurs devront payer 2,2 centimes par kilomètre parcouru au volant d’un véhicule électrique. Une mesure qui pourrait se dupliquer en France. Nous avons sollicité votre avis.
Pour ce contrat moral qui est de pousser les ménages français à acheter une voiture électrique, l’argument économique à l’usage s’ajoutait à l’argument écologique. Aujourd’hui, si une telle surtaxe venait à naître, il y aurait un petit goût amer. « C’est le coup du diesel 2.0 : on nous incite massivement à sauter le pas pour ensuite réaligner la fiscalité une fois qu’on est engagés. »
En France, rien n’est encore acté. Saisie du sujet, la Cour des comptes a plutôt mis en garde contre une taxation prématurée de l’usage des véhicules électriques, en évoquant une piste de contribution forfaitaire autour de 95 euros par an. De quoi relativiser, pour l’instant, le scénario d’une taxe au kilomètre calquée sur le modèle britannique.
Pour aller plus loin
Taxe au kilomètre pour les voitures électriques : ce que cache l’alternative à 95 € par an évoquée par la Cour des comptes
Des kilomètres taxés, un « piège à con’tribuable » ?
Pour beaucoup de nos lecteurs témoins, l’électricité étant déjà lourdement chargée en taxes et abonnements à la maison comme sur les bornes, ajouter un prélèvement au kilomètre reviendrait à imposer une double peine. De nombreux automobilistes pensent que l’attitude du gouvernement serait « schizophrène », en incitant d’un côté et en punissant peut-être de l’autre dès que la technologie devient majoritaire pour récupérer le manque à gagner de la TICPE (taxes sur les carburants thermiques).


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« L’électricité est notre carburant et elle est déjà taxée. Taxer les kilomètres par-dessus, c’est de l’escroquerie pure et simple ! », s’insurge un répondant. D’autres rappellent qu’entre la hausse récente des tarifs de l’électricité, la fin progressive de la gratuité des cartes grises selon les régions et la fonte des bonus écologiques, l’avantage économique s’effrite déjà à grande vitesse.
Ce sentiment d’injustice touche aussi ceux qui envisagent d’acheter un véhicule vert. Avec un prix d’achat initial nettement plus élevé, un coût de réparation ou d’assurance jugé fort, l’argument de la rentabilité s’effondre. « Si je paie une taxe, je reprends une thermique », tranche un répondant, quand un autre avoue que « le prix d’une voiture électrique est si cher que la rentabilité serait très dégradée à l’usage ensuite. Autant garder mon diesel. »
Un débat économique loin d’être tranché
Au milieu de cette colère, plusieurs contributeurs appellent néanmoins au pragmatisme. La baisse progressive des recettes pétrolières impose de trouver un équilibre financier pour l’État. Un participant calcule ainsi la différence : environ 7 euros de taxes pour 100 km en thermique (diesel/essence) contre seulement 1,2 euro en électrique. « Les conducteurs de voitures thermiques payent donc nettement plus de taxes, il est donc logique d’instaurer progressivement une taxe kilométrique pour les véhicules électriques », avance-t-il, tout en préconisant d’attendre la fin du thermique à l’horizon 2035 pour ne pas briser l’élan.
Le débat n’a rien de théorique, et certains pays ont déjà fait machine arrière. En Australie, deux États avaient instauré une taxe au kilomètre sur les voitures électriques et hybrides rechargeables avant que la Haute Cour du pays ne l’invalide, estimant que seul l’État fédéral pouvait lever ce type d’impôt. Un rappel utile : partout, la mesure reste un terrain politiquement et juridiquement glissant.
Justement, dans l’élan des réponses, vous êtes plusieurs à proposer quelques solutions face à l’instauration d’une potentielle taxe kilométrique sur les véhicules électriques en France.
Et pourquoi pas taxer la batterie ?
En effet, face à une redevance au kilomètre jugée inquisitrice, injuste et difficile à contrôler, les usagers ne se contentent pas de protester, ils avancent des alternatives pour éviter le flicage GPS ou le stress du compteur.
Voici ce qu’il faut creuser selon vous :
-Plutôt que de taxer le kilomètre, taxer la puissance de la batterie pour plus d’équité entre un véhicule à 20 000 euros et un SUV à 50 000 euros.
–Payer via une vignette forfaitaire annuelle liée au gabarit de la voiture électrique, d’un montant fixe et prévisible de 100 à 150 euros maximum par an, pour préserver la liberté de circuler sans sentiment de bridage. Cette mesure est très citée dans vos réponses. L’objectif serait de simplifier l’administration et d’éviter toute triche. Le barème serait calculé selon la puissance de la batterie ou le gabarit du véhicule. « Le retour d’une vignette, liée au poids ou à la batterie est bien plus équitable », souligne un répondant.
-Et aussi faire contribuer le transit étranger en mettant en place une vignette. Enfin, de nombreux contributeurs suggèrent de déplacer le problème vers les flux internationaux. À l’instar de nos voisins suisses ou autrichiens, la mise en place d’une vignette autoroutière pour les véhicules immatriculés à l’étranger traversant le territoire français permettrait de renflouer les caisses dédiées aux infrastructures routières sans alourdir la charge des ménages locaux.
Pour aller plus loin
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–Prélever la taxe directement sur l’électricité consommée lors de la recharge pour prendre en compte l’efficience réelle des véhicules. Plutôt que d’enregistrer la distance parcourue, pourquoi ne pas taxer l’énergie directement consommée pour le transport ? Sur bornes publiques, vous parlez de l’application d’une accise spécifique au moment du branchement et à domicile, de l’utilisation des données des compteurs communicants déjà capables d’identifier la part d’électricité dédiée au véhicule. Cette option inciterait les constructeurs à fabriquer des véhicules plus sobres, là où la taxe kilométrique frappe de la même manière une citadine économe et un gros véhicule de deux tonnes.
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