L’Arcep, le régulateur des télécoms, vient de réprimander Orange sur sa politique de déploiement de la fibre FTTH. Selon l’Arcep, l’opérateur historique va trop vite dans l’installation de la fibre. Orange n’est pas du tout de cet avis.

Quelle est la mission de l’Arcep ?

L’Autorité de régulation des communications électroniques et des postes (Arcep) est chargée de réguler les communications électroniques et les postes en France. Parmi ses missions, cette Autorité peut sanctionner des opérateurs ne remplissant pas leurs obligations et intervenir pour régler les différends entre opérateurs en matière d’accès au réseau.

Enfin, l’Autorité peut aussi « fixer, dans le cadre légal, des obligations générales s’appliquant à tous les opérateurs, sous réserve qu’elles soient homologuées par le ministre chargé des télécommunications ».

 

Que reproche l’Arcep à Orange et pourquoi ?

L’Arcep reproche à Orange de déployer trop vite sa fibre optique (FTTH). Derrière ce reproche, l’Arcep veut surtout s’attaquer aux « derniers bastions du monopole d’Orange » sur la fibre. Pour l’Arcep, Orange empêche une saine concurrence sur ce marché, comme vous pouvez le lire dans ce rapport publié le 9 janvier dernier — ce sont les conclusions de trois consultations publiques menées ces derniers mois.

L’Arcep prend acte et se félicite de l’effort d’investissement porté par Orange, mais souligne le risque de monopole. Un avis partagé par SFR, Bouygues Telecom et Free qui veulent se battre à armes égales avec celui qui détient aujourd’hui trois quarts du marché de la fibre. Ils accusent Orange de s’appuyer sur son ancien monopole dans le cuivre pour avancer plus vite que tout le monde et ont donc salué les dernières conclusions de l’Arcep.

Au troisième trimestre 2016, Orange comptabilisait 11,1 millions d’abonnés Haut Débit avec 1,3 million d’abonnés Fibre FTTH, soit environ 12 % de la base clients. Au total, Orange a fibré près de 6,3 millions de foyers, ce qui donne une pénétration de la fibre d’environ 21 %. Orange comptabilise donc le plus grand d’abonnés Fibre FTTH avec près de 75 % des clients fibrés en France (un peu moins 2 millions d’abonnés fibrés en France fin octobre).

Quelle est la réponse d’Orange ?

Stéphane Richard, PDF d’Orange, avait déjà réagi lors d’un colloque : « Notre monopole a disparu il y a vingt ans, c’est débile d’agiter cet épouvantail ». Pierre Louette, le directeur général délégué d’Orange, a également réagi dans une interview dans LesEchos : « Laissez-nous déployer la fibre en paix ! ». Il a également réagi violemment sur Twitter en dénonçant les erreurs stratégiques des concurrents.

Orange met en avant la contradiction entre les exigences de l’Arcep et les orientations européennes. Ces dernières demandent aux États d’assouplir les règles d’ouverture à la concurrence des réseaux mis en place à grands frais par les opérateurs. L’Europe veut surtout éviter les « effets d’aubaine », où un opérateur profiterait des investissements des autres pour se créer un réseau à peu de frais. Ce qui est en contradiction avec les souhaits de l’Arcep : le Gendarme veut mettre en place de nouvelles obligations qui obligera Orange d’aider ses concurrents à entrer dans les immeubles où sa fibre est déjà présente.

Orange de son côté ne changera pas de cap, dans l’interview de LesEchos, un porte-parole déclare : « On investit massivement et on continuera à le faire. C’est dans l’intérêt de l’entreprise, de ses 93 000 salariés en France, de ses actionnaires. On ne change pas de cap. Si certains concurrents sont en retard, si des erreurs ont été commises, ce n’est pas à nous de les payer. Laissez-nous déployer en paix ! » Au moins les choses sont clairement dites.