Le pape Léon XIV demande de « désarmer l’IA » : Anthropic était là pour écouter

Vatican contre Silicon Valley

 
Avec Magnifica Humanitas, le pape Léon XIV signe la première encyclique consacrée à l’intelligence artificielle et demande de la « désarmer ». Le cofondateur d’Anthropic était dans la salle, et le récit d’un partenariat Vatican-Silicon Valley s’est mis en place dans la foulée.
Crédits : vatican.va

Premier pape de l’histoire à présenter en personne sa propre encyclique, Léon XIV a réuni six intervenants à la salle du Synode ce 25 mai 2026 : trois cardinaux, deux théologiennes et Christopher Olah, cofondateur canadien d’Anthropic, l’éditeur du chatbot Claude. La scène a été largement relayée comme la naissance d’un partenariat entre l’Église et l’industrie de l’IA. Le discours pontifical, lui, dit autre chose.

Magnifica Humanitas, c’est 42 000 mots et un mot d’ordre : « désarmer l’IA ».

Léon XIV se place explicitement dans la suite de son prédécesseur Léon XIII, qui publiait il y a 135 ans Rerum Novarum face aux dégâts de la révolution industrielle.

Aujourd’hui, c’est la concentration du pouvoir technologique « entre les mains de quelques-uns » qui inquiète Rome : algorithmes qui bloquent l’accès aux soins ou à l’emploi sur des données biaisées, armes autonomes « pratiquement hors de portée de tout contrôle humain », réduction de la personne à « la productivité, la performance cognitive ou de simples données ». Le texte appelle à des règles plus strictes sur les entreprises d’IA. Toutes.

Anthropic invitée, pas adoubée

Dans son adresse, Léon XIV remercie Christopher Olah pour « avoir accepté notre invitation », puis répond à la sienne : « marcher ensemble, écouter et parler ». Marcher, écouter, ce n’est pas s’associer. Le mot « partenariat » n’apparaît ni dans l’encyclique ni dans le discours. Christopher Olah, 33 ans et athée revendiqué, était un orateur parmi six, au même titre que la théologienne britannique Anna Rowlands ou le cardinal Víctor Manuel Fernández, préfet du dicastère pour la doctrine de la foi.

L’écart est plus net encore avec le positionnement public d’Anthropic. Dario Amodei, CEO et frère de la cofondatrice, plaide depuis deux ans pour que les démocraties occidentales accélèrent leur IA face à la Chine : exactement la logique de course et de concentration que vise l’encyclique.

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Le Pentagone a d’ailleurs récemment classé Anthropic comme « risque pour la chaîne d’approvisionnement » après son refus d’assouplir ses garde-fous sur l’usage militaire. Sur ce point précis, l’entreprise affiche une éthique réelle, distincte de ses choix géopolitiques.

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Le Vatican ne valide pas Anthropic, il l’utilise comme caisse de résonance morale. La nuance compte : l’encyclique vise l’industrie qui se tenait au premier rang, pas le résumé qu’on en fera.

Dans les prochains jours, on lira beaucoup que « l’Église et l’IA marchent ensemble », on lira moins les 42 000 mots qui demandent à cette industrie d’arrêter de courir.


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