Comment Anthropic Claude tient tête à la première puissance militaire au monde

Défense d'entrer pour la Défense

 
Le Pentagone a l’habitude d’obtenir ce qu’il veut, surtout quand il aligne les centaines de millions. Pourtant, à quelques heures d’un ultimatum historique, Anthropic Claude refuse de baisser les yeux face au secrétaire à la Défense américain, Pete Hegseth.
Source : David B. Gleason from Chicago, IL — The Pentagon, CC BY-SA 2.0

Le face-à-face que personne n’attendait vraiment sous cette forme brutale. Dario Amodei, le patron d’Anthropic, vient de confirmer qu’il ne céderait pas aux exigences du Pentagone. À moins de 24 heures d’un ultimatum fixé à 17h01, la situation est bloquée.

D’un côté, nous avons le ministère de la Défense américain qui veut un accès total et sans restriction à Claude pour « tous les usages légaux ». De l’autre, une start-up qui a bâti son identité sur la sécurité de l’IA et qui refuse de voir son modèle transformé en outil de surveillance de masse ou en cerveau d’armes totalement autonomes.

Anthropic est actuellement la seule entreprise d’IA à disposer de systèmes prêts pour les réseaux classifiés de l’armée. Cela donne à Dario Amodei un levier immense, mais aussi une cible géante sur le dos. Pete Hegseth, le secrétaire à la Défense, ne compte pas se laisser dicter sa conduite par « une entreprise privée ».

Deux lignes rouges

Anthropic refuse que Claude soit utilisé pour deux choses : la surveillance de masse des Américains et les armes létales sans intervention humaine. Dario Amodei l’a écrit noir sur blanc : l’IA n’est tout simplement pas assez fiable aujourd’hui pour confier des décisions de vie ou de mort à un algorithme.

Nous soutenons l’utilisation de l’IA pour des missions légales de renseignement et de contre-espionnage à l’étranger. Cependant, le recours à ces systèmes pour la surveillance massive à l’échelle nationale est incompatible avec les valeurs démocratiques. La surveillance massive fondée sur l’IA présente des risques sérieux et nouveaux pour nos libertés fondamentales. Si cette surveillance est actuellement légale, c’est uniquement parce que la loi n’est pas encore au niveau des capacités en pleine expansion de l’IA. Par exemple, en vertu de la législation actuelle, le gouvernement peut acheter des enregistrements détaillés concernant les déplacements, la navigation sur Internet et les contacts de citoyens américains à partir de sources publiques, sans obtenir de mandat. Cette pratique, comme l’a reconnu la communauté du renseignement, soulève des préoccupations en matière de confidentialité et a suscité l’opposition des deux grands partis [républicain et démocrate] au Congrès. Une IA puissante permet de rassembler ces données dispersées et inoffensives d’un point de vue individuel pour obtenir une image complète de la vie de n’importe quelle personne, de manière automatique et à grande échelle.

C’est là que le Pentagone perd ses nerfs. Emil Michael, le responsable technologique du ministère, a carrément traité le CEO d’Anthropic de « menteur » avec un « complexe de Dieu ». Pour les militaires, la loi américaine suffit comme garde-fou. Ils ne supportent pas qu’une entreprise vienne ajouter sa propre couche de morale par-dessus les règlements fédéraux.

Le Pentagone prétend avoir fait des concessions, comme l’invitation d’Anthropic à son conseil d’éthique. Pour la start-up, c’est de la poudre aux yeux. Les nouveaux contrats proposés contiendraient des clauses permettant d’ignorer les garde-fous « à volonté » en cas de besoin. Bref, un chèque en blanc pour la militarisation totale.

Le chantage à la sécurité nationale

Le Pentagone veut désigner Anthropic comme un risque pour la chaîne d’approvisionnement. C’est un label normalement réservé aux entreprises chinoises comme Huawei. C’est absurde : on traite une entreprise américaine de menace parce qu’elle refuse d’être trop puissante.

Deuxième option : invoquer le Defense Production Act. Cette loi datant de la guerre de Corée permet au président de forcer une entreprise américaine à produire pour la défense nationale. Le Pentagone affirme que Claude est un danger pour la sécurité nationale, tout en hurlant qu’il est tellement indispensable qu’il faut forcer sa production.

La suite ? Si aucun accord n’est trouvé ce soir, le Pentagone pourrait couper le contrat de 200 millions de dollars et forcer ses partenaires comme Boeing ou Lockheed Martin à abandonner Claude. Dario Amodei semble prêt à ce sacrifice. Il propose même une transition douce vers d’autres fournisseurs pour ne pas perturber les opérations en cours.


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