Parti d’Activision sur fond de scandales, Bobby Kotick hérite du comité de gouvernance de Skydance

Kotick, le retour

 
Bobby Kotick, l’ancien patron d’Activision Blizzard parti en 2023 après des années de scandales, entre au conseil d’administration de Skydance, le groupe né ce mardi 6 octobre de la fusion entre Paramount et Warner Bros. Discovery. Il siégera à côté de ceux qui ont financé le rachat, la famille Ellison et le fonds RedBird en tête.
L’ancien patron d’Activision-Blizard-King, Bobby Kotick // Source : Steven Simko (CC BY-SA 2.0)

Bobby Kotick avait quitté Activision Blizzard fin 2023, après le rachat de l’éditeur de Call of Duty par Microsoft. Il retrouve un siège de pouvoir, cette fois dans le cinéma, la télévision et un peu de jeu vidéo. Le conseil de Skydance l’a nommé administrateur indépendant dès le 4 octobre, avec effet à la finalisation du rachat, d’après un document déposé auprès de la SEC, le gendarme de la Bourse américaine, ce mardi 6 octobre. Le même jour, Paramount a bouclé le rachat de Warner Bros. Discovery, et le groupe fusionné a pris le nom de Skydance.

L’homme qui a dirigé Activision pendant trente-deux ans siège donc désormais au conseil qui supervise HBO Max, Paramount+, CNN, CBS, deux grands studios de cinéma, Paramount Pictures et Warner Bros. Pictures, mais aussi le développement de plusieurs franchises de jeux vidéo. Le rachat est évalué à 110 milliards de dollars, environ 98 milliards d’euros. Pour comparer, Microsoft avait payé 68,7 milliards de dollars (environ 61 milliards d’euros) pour Activision Blizzard, déjà le plus gros rachat de l’histoire du jeu vidéo.

Kotick n’arrive pas seul. Laurene Powell Jobs, veuve de Steve Jobs et fondatrice d’Emerson Collective, un organisme qui mêle philanthropie et investissement, entre aussi au conseil. L’ancien Premier ministre britannique Tony Blair devient conseiller. The Hollywood Reporter parle de deux recrues « très en vue » décrochées par David Ellison, fils du cofondateur d’Oracle Larry Ellison, et président et CEO de Skydance. Ynon Kreiz, ex-CEO de Mattel arrivé ce lundi 5 octobre comme co-CEO à ses côtés, rejoint lui aussi le conseil.

Détesté des joueurs, nommé au comité de gouvernance

Dans le jeu vidéo, Kotick traîne une sale réputation. L’homme d’affaire a quitté l’industrie après une série de scandales. En juillet 2021, une agence de l’État de Californie a attaqué Activision Blizzard en justice pour harcèlement sexuel et discrimination envers ses salariées. En novembre 2021, une enquête du Wall Street Journal a accusé Kotick d’avoir su, pendant des années, que des accusations de harcèlement visaient ses studios, sans en informer son conseil d’administration.

Sans compter les milliers de licenciements sous sa direction et ses menaces envers la presse, que rappelle ActuGaming. La vente à Microsoft lui avait ensuite assuré une sortie très confortable.

Pourtant, Skydance lui confie un rôle précis. D’après le document transmis à la SEC, Kotick siégera au comité des nominations et de la gouvernance, celui qui propose les futurs administrateurs et veille aux règles de fonctionnement du conseil. David Ellison salue de son côté un dirigeant qui a su allier « des choix stratégiques audacieux et une allocation du capital disciplinée ». Dans l’enquête du Wall Street Journal, on apprenais que Bobby Kotick avait menacé de mort l’une de ses assistantes sur son répondeur.

Kotick ne dirigera pas les jeux vidéo du groupe. Skydance regroupe les studios de Paramount et ceux de Warner Bros. Games (Rocksteady, NetherRealm, TT Games, Avalanche Software…) dans une seule division, confiée à Tony Driscoll, passé par Epic Games, qui dirigeait déjà les studios de Paramount depuis juin. Cette division rend tout de même des comptes au conseil où siège Kotick.

Un conseil tenu par ceux qui ont payé le rachat

Le conseil compte treize membres au total et reprend, en dehors des nouveaux venus, celui de Paramount. Le rachat s’appuie sur 47 milliards de dollars (environ 42 milliards d’euros) de nouveaux capitaux apportés par la famille Ellison, le fonds RedBird Capital Partners, la banque d’affaires LionTree et les fonds souverains d’Arabie saoudite, du Qatar et d’Abou Dhabi, détaille Skydance dans son communiqué repris par Variety. Le reste passe par la dette, levée auprès de Bank of America, Citigroup et Apollo. Surtout, la famille Ellison et RedBird détiennent à eux seuls 100 % des actions qui donnent un droit de vote.

Gerry Cardinale, fondateur de RedBird et partenaire de David Ellison dans le rachat de Paramount en 2025, siège donc au conseil, tout comme John Thornton, président de RedBird. Safra Catz, ex-CEO d’Oracle, l’entreprise cofondée par Larry Ellison, en fait aussi partie. Sherry Lansing, ancienne présidente de Paramount Pictures, y représente le Hollywood plus classique.

Côté politique, Larry Ellison est un allié connu de Donald Trump, qui a publiquement salué la fusion. Laurene Powell Jobs, qui a soutenu Kamala Harris en 2024, fait figure de contrepoids sur le papier. Tony Blair, lui, apporte son carnet d’adresses international.

Kotick et Powell Jobs toucheront la rémunération prévue pour les administrateurs non salariés, avec une première part calculée au prorata dès leur nomination, précise le document déposé auprès de la SEC. Les deux nominations sont effectives depuis la finalisation de la fusion, ce mardi 6 octobre.


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