Twitter, Facebook, Instagram… les réseaux sociaux jouent ces derniers temps un rôle de premier plan dans la lutte contre le harcèlement et les abus faits aux femmes. Mais leur utilisation dans ce cas précis fait débat : est-ce vraiment leur place ?

Les réseaux sociaux pour lutter contre le harcèlement. Ça peut paraître assez contradictoire puisque le harcèlement sur les forums et les réseaux sociaux eux-mêmes est monnaie courante. En effet, lorsque l’on partage des photos, des statuts, des opinions, qu’il s’agisse d’un compte ouvert au public ou privé, on s’expose et la critique est facile, les insultes et les menaces pleuvent en commentaires, car anonymement ou presque, on se sent assez fort et protégé derrière son écran pour se permettre ce qu’on ne pourrait dire dans la “vraie vie”. Mais ce n’est pas le sujet d’aujourd’hui. Laissons de côté toutes les dérives dont nous pouvons être victimes sur les réseaux sociaux et intéressons-nous de près à l’outil qu’ils deviennent parfois, en soutenant une cause ou en dénonçant des abus et mauvais comportements affectant les femmes, les hommes, notre société.

Les réseaux sociaux aujourd’hui

Ce n’est pas une nouveauté, les réseaux sociaux sont aussi utilisés comme une arme pour défendre des idées, à titre personnel ou pour une association, un parti politique, etc. Ils sont devenus un outil utilisé par toutes les sphères de la population. Twitter, Facebook, Instagram et même YouTube pour les vidéos…  Diffuser un message engagé, quel qu’il soit, est devenu facile et parfois même viral, grâce aux fameux hashtags et mots-clés qui permettent de retrouver rapidement, mais aussi de réunir tout un tas de messages et médias autour d’un sujet. On parle, on partage, on échange, on soutient, on dénonce, on s’engage… Les RS sont devenus notre place publique, où tout le monde peut s’exprimer.

Ces derniers temps, vous l’aurez sans doute remarqué puisque ça a pris une certaine ampleur, les médias sociaux sont devenus le théâtre de la dénonciation du harcèlement moral et sexuel fait aux femmes. Elles sont nombreuses à avoir trouvé dans les RS un lieu pour pointer du doigt toutes les violences physiques et verbales qu’elles peuvent rencontrer au quotidien, qu’il s’agisse de celles faites sur leurs lieux de travail ou même dans la rue.

Les réseaux sociaux pour dénoncer

Harceler n’est pas complimenter

Au lieu de tracer sa route dans l’indifférence, leur répondre sèchement, partir dans de longues explications ou même exploser de rage, une étudiante a décidé de profiter de la popularité des réseaux sociaux pour dénoncer ses harceleurs de rue. Et pour être plus précise, elle détourne la pratique du selfie pour servir la cause. Quand un homme ou un groupe d’hommes l’interpelle pour les raisons évoquées ci-dessus, elle se prend en photo à leurs côtés et partage le cliché sur son compte Instagram.

#dearcatcallers

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Avec #dearcatcallers, la jeune femme a réussi à s’approprier le phénomène du selfie tout en utilisant les réseaux sociaux. Ils permettent de relancer la discussion autour du harcèlement de rue, mais aussi de « sensibiliser à l’objetisation des femmes au quotidien » comme le rappelle l’auteure du compte Instagram. Ce sujet de société a encore besoin de prendre une place importante dans les débats publics et politiques. Certaines réactions négatives et méprisantes envers le combat de cette étudiante en sont la preuve : le problème est incompris et pas toujours pris au sérieux.

#balancetonporc, #myharveyweinstein, #metoo…

Plus récemment encore, l’affaire Weinstein, producteur de cinéma, accusé de harcèlement, agression sexuelle et viol par plusieurs dizaines d’actrices. Le monde de l’audiovisuel est très touché par ces dérives, et ayant pris de l’ampleur, tous les milieux se sont emparés du phénomène. Ce dernier s’est aussi largement répandu grâce au hashtag #balancetonporc. Celui-ci découle lui-même de l’initiative menée sur Twitter de l’autre côté de l’Atlantique avec #MyHarveyWeinstein. Violent, mais certainement nécessaire, il s’accompagne en un tweet, d’un témoignage.

Il a parfois été mal reçu, jugé comme n’étant qu’un lynchage public. Il a aussi donné naissance à des réponses vraiment à côté de la plaque comme #balancetatruie, parce qu’on sous-estime encore une fois les faits, on remet en cause leur véracité. Oui c’est gros, ça arrive aujourd’hui massivement en pleine face de ceux qui jusqu’à présent n’avaient pas conscience de l’ampleur du phénomène, ou l’ignoraient volontairement. Et pourtant, c’est le quotidien des femmes. Je ne connais pas une seule femme qui n’ait pas une douloureuse histoire à raconter à ce sujet. A émergé également celui de #metoo jugé un peu moins « agressif » par certains et certaines, permettant de soutenir la cause et d’ajouter son expérience à ce flot de témoignages.

Un hashtag en appelle un autre, et encore un autre…

Des hommes ont essayé de s’approprier le débat avec plusieurs hashtags, avec des motivations diverses. Le premier à faire surface est le #balancetonmecsupercool, sous-entendu #notallmen, donc « on n’est pas tous comme ça« , se trompant clairement de débat. Les femmes, mais aussi les hommes, ont réagi à cela. Les femmes ne jettent pas leur haine, et pas à tous les hommes. Il est question ici de relater des évènements malheureux avec les hommes, malheureusement encore une fois, ces évènements sont très nombreux. Les réponses à cette reprise, qu’il s’agisse d’hommes ou de femmes, sont assez claires : « Ne vous donnez pas de médaille si vous n’avez rien à vous reprocher de ce côté-là, vous êtes juste normaux. Ne détournez pas le sujet. »

Car jamais les hommes ne doivent prendre la parole à la place des femmes, mais en revanche, ils peuvent les soutenir. Le combat est mené par les victimes, les femmes. Ce sont les concernées qui doivent faire avancer cette lutte. Elles ont besoin du soutien des hommes et surtout de leur écoute, à n’en point douter, mais elles restent maîtresses sur le sujet. Les hommes, ce que vous pouvez faire pour les aider, c’est les accompagner, vous êtes une épaule, un pilier parfois. Mais, au risque de me répéter, car c’est important, c’est une voix féminine qui doit porter ce combat. Nous n’avons pas besoin de héros, de “good boy”, mais d’un ami, d’un père, d’un frère.

#Ivedonethat a ensuite été repris par des hommes essentiellement qui, voulant soutenir les victimes en montrant que ces mauvais agissements sont bien réels, relatent des comportements déplorables qu’ils ont pu avoir dans leur passé. Un exutoire en somme. Je reste mitigée sur l’emploi de ce hashtag. Que traduit-il ? Oui, c’est une réponse qui permet de faire aussi taire ceux qui disent que les femmes en font trop ou inventent puisque le nombre de témoignages est très important et ne cesse de croître. Ça montre aussi que les hommes reconnaissent leurs erreurs. Mais… Cela a aussi créé une nouvelle polémique et n’a pas arrangé les rapports hommes-femmes sur Twitter. Beaucoup de femmes choquées — mais aussi des hommes — par ce mouvement réclament justice et pensent que ce n’est pas ici qu’il faut avouer ses fautes, mais à un commissariat.

Soulever un problème minimisé

Un quotidien pour les femmes

Il est parfois difficile de s’imaginer pour un homme ce que c’est que de se déplacer dans la rue, les transports en commun et autre, quand on est une femme. Ils n’ont pas cette expérience, ce n’est pas leur quotidien. Mais pourtant, c’est une réalité, vraiment. Du regard qui te déshabille, au sourire vicelard, en passant par ces quelques paroles déplacées, un sifflement, des gestes grossiers et autres mains baladeuses… Ça ne paraît rien pour quelques-un d’entre vous et pourtant l’accumulation dans la durée, mais aussi parfois dans une seule et même journée, est irritante, incompréhensible et même blessante. Que ce soit dans la rue, ou dans le milieu professionnel.

https://twitter.com/carolinedehaas/status/921033378836680704

Nous ne sommes pas à votre disposition messieurs

Il y a une chose qu’il est nécessaire de se mettre une bonne fois pour toutes dans le crâne. Non, une femme n’a pas besoin qu’une personne extérieure l’interpelle pour lui dire qu’elle est belle ou entendre tout commentaire sur son physique. De même, si elle a décidé de s’habiller de façon sexy, c’est son droit, ça ne veut pas dire qu’il y ait un message à l’encontre de la population masculine ni un passe-droit pour l’atteindre.

Le harcèlement ≠ la drague

Une femme n’a pas besoin de recevoir l’approbation d’un inconnu pour se sentir belle. C’est tout simplement sexiste de penser qu’en tant qu’homme vous avez le droit d’imposer verbalement votre jugement qu’il soit bon ou mauvais sur l’apparence physique d’une femme que vous ne connaissez pas, dans la rue. La drague est un accord, un consentement mutuel où les deux parties sont complices. Quand un homme débarque sans prévenir pour vous arrêter et vous faire une remarque ou vous demander votre 06, ce n’est pas le cas. C’est du harcèlement, point barre.

Le harcèlement n’a rien à voir avec de la drague

Les réseaux sociaux sont-ils le lieu pour ça ?

Une dure réalité

Le premier reproche que les femmes auteures de ces tweets reçoivent est le suivant : « N’allez pas sur Twitter si vous avez été agressées, allez porter plainte au commissariat ». Mais il suffit de s’attarder un tant soit peu au contenu des tweets de ces femmes ou même plus largement à ce que rapportent ces dernières dans la vraie vie. De cette manière, nous découvrons que porter plainte n’est pas facile en soi, déjà parce que franchir le pas au moment du choc demande une force inouïe et que dans ces moments, on est plutôt plus bas que terre. Mais également parce que malheureusement, les déclarations ne donnent pas toujours suite ou ne sont pas prises au sérieux. Des bâtons dans les roues voilà à quoi nous nous exposons. La lutte est difficile. C’est une réalité.

Une aide pour les victimes

Les RS ne vont pas permettre de rendre justice. Ne nous le cachons pas. Cependant, ils ont un rôle très important à jouer. Par leur force et leur importance dans notre monde actuel, ils permettent de donner la parole à tous ceux et celles qui veulent et peuvent, de s’exprimer, de trouver du soutien, de s’intégrer à des groupes pour lutter efficacement contre ces agressions, petites violences quotidiennes et drames. C’est aussi une possibilité d’y trouver une force, une écoute et aider dans le processus de reconstruction.

Une prise de conscience avant tout

Enfin, et pas des moindres, les RS ont un pouvoir indéniable, par leur aspect viral. Ils sont un média, ils transmettent… ils font prendre conscience. Car souvent tues, parfois moquées ou non pris au sérieux, toutes ces formes de violences doivent sortir de leur silence. C’est un véritable problème de société sur lequel on a trop longtemps fermé les yeux. Car il existe clairement un déni, un rejet, une auto défense quasi systématique de la part de certaines personnes qui ne comprennent pas que ces “petites” choses puissent avoir un impact sur la vie d’une femme et plus généralement des femmes et l’image de celles-ci.

Les hommes ne sont pas, de façon massive, victimes donc il leur est difficile de clairement se mettre en situation. Cela ne peut plus durer. Hommes ou femmes, que les passions se déchaînent, heurtez-vous, bousculez vos croyances, échangez, énervez-vous… l’important est d’en parler, de soulever les problèmes et que le privé, le public, le politique, l’État s’en emparent pour proposer enfin des mesures. Car, après l’émotion, place aux actions. Enfin. C’est un début, mais un début nécessaire.

Un moyen d’éduquer en 2017

Car parmi les tweets, on retrouve des hommes qui s’interrogent, se remettent en question, et prennent conscience de leurs actes et de ceux des autres, et espèrent changer de comportement à l’avenir — qu’ils soient directement impliqués ou témoins –, car maintenant, ils savent, ils n’ont plus d’excuses. Ils connaissent désormais les conséquences de leurs gestes. Je vous l’accorde, c’est un peu triste qu’il ait fallu leur mettre le nez en plein dedans pour qu’ils ouvrent les yeux… Mais oui, comme dit précédemment, c’est un début et dans un monde où longtemps ces sujets sont restés en off, on peut aussi imaginer que les choses changent, et dans le bon sens.

L’éducation dans son sens le plus large — famille, école, politique, média — a un rôle primordial à jouer, et donc cela passe aussi par les réseaux sociaux. Et bonne nouvelle, le mouvement lancé avec #balancetonporc et #metoo s’est exporté dans le monde entier.