Qui veut la peau de l’anonymat sur Internet ? Visiblement, notre Président de la République aime assez l’idée pour la répéter à plusieurs reprises. Et le débat peut trouver sa justification dans de nombreux abus de ce statut. Pourtant, il reste malgré tout un fondement capital d’Internet.

Bas les masques

Je terminais mon hommage à Google+, « petit réseau parti trop tôt », en évoquant une des fonctionnalités qui avait fait grand bruit à son lancement. Pour utiliser Google+, il fallait un vrai nom. Le choix controversé a suscité de vives critiques et Google a fini par plier. Loin de moi l’idée de faire l’apologie sans réserve de cette fonctionnalité. En revanche, je lui trouvais un côté responsabilisant. En publiant sous son nom, on fait peut-être davantage attention à ce que l’on poste et comment on se comporte en ligne. Ou pas. Le débat est ouvert, et nombre de gens haineux avancent d’ailleurs à visage découvert sur les réseaux sociaux. « Les cons, ça ose tout, c’est même à ça qu’on les reconnaît », hein…

Mais l’image a la vie dure : la horde d’anonymes, planqués derrière leur pseudo, prêts à bondir sur leur proie sans se soucier des conséquences. Et elle correspond à une réalité. Prenez… à peu près n’importe quel cas de personnalité (médiatique, journalistique…) harcelée récemment sur les réseaux sociaux, et vous remonterez presque tout le temps à ce constat. Des gens qui pensaient être à l’abri du pouvoir de leur pseudo, qui leur permet de proférer des menaces de viol ou de mort, sans conséquence. « C’est Internet », « Don’t feed the troll », « c’est juste des gamins », etc. On connaît. Les rageux qui se croient tout permis, c’est une chose que n’importe quelle personne qui exprime une opinion sur Internet est susceptible de rencontrer. Je l’ai croisée, heureusement dans des proportions infiniment moins graves. Et c’est absolument intolérable.

La foule anonyme virtuelle fait peur, c’est naturel. Elle peut être dangereuse. Elle peut polluer un débat avec des propositions hors sujet. Elle peut être le véhicule de fausses informations. Elle peut harceler un individu, mais aussi une entreprise, avec des conséquences parfois graves, voir là encore la partie toxique de la communauté gamer, toujours prête à sortir les fourches et les flambeaux. Elle peut aussi commettre des actes de cyber criminalité, comme ces hackers qui portent systématiquement une capuche pour exécuter leurs méfaits sur leur clavier avec une touche « Virus » et leur écran qui affiche la Matrice. Non, franchement, les créateurs de banques d’images, arrêtez avec ça !

En plus ça ne doit pas être facile de hacker un site quand tu n’as pas de visage !

Anonymat : un rempart contre les jugements

D’accord. Mais l’anonymat sur Internet… C’est aussi un des fondements d’Internet et on serait peut-être bien inspiré de s’en souvenir. L’anonymat, c’est la possibilité de ne pas être traqué à chaque coin de site, d’être un peu oublié par les algorithmes de ciblage. C’est un moyen de se protéger contre des régimes autoritaires qui répriment la liberté d’expression et qui fichent les individus. Et c’est surtout une garantie de se sentir en sécurité pour émettre une opinion qui deviendrait dangereuse si on l’écrivait à visage découvert. Parce qu’on ne peut pas toujours, par peur des représailles, et ça n’est pas qu’une question de courage.

Et même si c’est une question de courage, au-delà de ces cas extrêmes, c’est aussi peut-être tout simplement un moyen d’affirmation de soi. Je masque rarement mon nom et mon prénom sur les réseaux sociaux. Mais ça n’a pas toujours été le cas. Je me souviens – attention on entre dans la phase « Tonton vous raconte les débuts d’Internet » – de l’époque où on se croisait surtout – pour ma part en tous cas – sur les forums. Et sur les forums on ne donnait pas son nom. Jamais. Et toute une culture est née de ça, de gens qui se connaissaient par leurs pseudos et par leurs idées. Et pour en revenir à l’idée de départ, la horde d’anonymes qui se croit à l’abri, elle a aussi son pendant positif. Le masque permet également de se sentir à l’abri, d’exister sans craindre les jugements.

Démasquer ou responsabiliser ?

Il y a un besoin de lutter contre les propos haineux et le cyberharcèlement qui sont inadmissibles dans notre société. Ce qu’il faut avant tout, c’est redonner un sens des responsabilités. Rappeler qu’il y a la loi derrière, et que l’anonymat ne doit pas permettre de faire et d’écrire n’importe quoi. Et heureusement, l’actualité est également remplie de cas qui finissent par des condamnations et c’est peut-être justement la preuve que le système actuel ne marche pas si mal que ça.